La Société québécoise de science politique (SQSP) tiendra son 62e Congrès annuel à l’Université du Québec à Montréal du 21 au 23 mai 2025. Par ce congrès, qui aura lieu exclusivement en présentiel, la SQSP poursuit son ambition d’être un espace de diffusion et de valorisation de la science politique en français, et ce, dans l’ensemble des champs qui composent la discipline et en font sa richesse.
Nous avons le plaisir de vous présenter le programme du Congrès 2025.
Il est possible de le télécharger en version pdf en cliquant ici.
Pour vous inscrire au congrès, cliquez ici. Pour adhérer à la SQSP, vous trouverez toutes les informations en cliquant ici.
** Dans le respect de l’environnement, la SQSP recommande vivement l’ensemble des participants au congrès à apporter leur propre bouteille et leur tasse réutilisable pour toute la durée de l’événement.**

Au plaisir de vous accueillir à l’UQAM !
Les membres des comités organisateur et scientifique :
- Maude Benoit
- Allison Harell
- Maya Jegen
- Paul May
- Jean-François Payette
- Federica Vairo
Vous avez des questions ?
Veuillez contacter le personnel de la SQSP à l’adresse sqsp@uqam.ca
Partenaires :





MESSAGE DE LA PRÉSIDENTE DE LA SQSP
Message de la Présidente de la SQSP

Chères et chers congressistes,
Bienvenue à l’UQAM pour ce 62e congrès de la Société québécoise de science politique ! Avec une trentaine d’ateliers, de tables rondes et d’événements spéciaux, il est réjouissant de constater que la SQSP réussit à constituer un espace de diffusion et de valorisation de la science politique en français, et ce, dans l’ensemble des champs qui composent la discipline et en font sa richesse. Merci à vous tous et toutes de faire vivre cette association.
Ces lieux de diffusion des savoirs, de discussion collective nuancée et argumentée et de socialisation et de partage d’expériences apparaissent, au moment d’écrire ces mots au printemps 2025, plus vitaux et précieux que jamais. La vie démocratique s’incarne par différents institutions et contrepoids institutionnels certes, mais aussi par une culture civique à laquelle la vitalité des associations, pour reprendre Tocqueville, est cruciale.
L’une des missions au cœur de la SQSP est la valorisation de la relève scientifique. La forte représentation des étudiant∙es parmi les congressistes, mais aussi en tant que responsables d’ateliers et de tables rondes, est enthousiasmant. Le colloque étudiant de la SQSP tenu pour l’une des premières fois sur deux jours en novembre 2024 représente également une réussite. J’en profite pour féliciter le comité scientifique et organisateur à qui l’on doit ce succès : Janika Gilham-Leblanc, Maxime Kertzinger, Estelle Pouliot-Ménard et Francis Therrien, étudiant∙es à la maîtrise et au doctorat en science politique de l’UQAM. Enfin, le congrès annuel sera comme chaque année l’occasion de mettre en lumière l’excellence de mémoire et de thèse rédigés en français par la remise des prix Jenson-Pétry et Bélanger-Andrew.
Je remercie mes collègues de l’UQAM de leur implication dans l’organisation d’ateliers et de tables rondes et plus particulièrement les membres du comité scientifique Allison Harel, Maya Jegen, Paul May et Jean-François Payette. Merci aux nombreuses personnes étudiantes qui ont accepté d’offrir de leur temps pour assurer le bon déroulement de ce congrès. Merci également aux collègues et aux organisations partenaires qui ont généreusement accepté de financer des activités spéciales du congrès : le Département de science politique, la Faculté de droit et de science politique, la revue Politique et Sociétés, la Chaire Raoul-Dandurand, le Laboratoire d’analyse en communication politique et opinion publique, la Chaire de recherche du Canada sur la gouvernance sécuritaire des corps, la mobilité et les frontières, le Centre d’études sur l’intégration et la mondialisation, le Centre d’analyse politique – Constitution et Fédéralisme et le Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie.
Surtout, un merci tout particulièrement à Federica Vairo, doctorante à l’UQAM et coordonnatrice de la SQSP, active autant pour notre association que pour l’organisation du congrès, de son programme scientifique aux moindres détails logistiques. Merci finalement à Gabrielle Lorimier-Dugas, étudiante à la maîtrise, qui s’est jointe à notre petite équipe efficace pour l’organisation de ce congrès, que je nous souhaite fertile et stimulant.
Un excellent congrès et rendez-vous à l’Université de Montréal en 2026 !
Maude Benoit
Président de la Société québécoise de science politique
Département de science politique, Université du Québec à Montréal (UQAM)
MESSAGE DE LA DIRECTRICE DE LA REVUE POLITIQUE ET SOCIÉTÉS
Message de la Directrice de la revue Politique et Sociétés
Cher.e.s congressistes,
La revue Politique et Sociétés est la seule revue générale de science politique francophone en Amérique du Nord.
Revue phare de la Société québécoise de science politique, Politique et Sociétés jouit d’un rayonnement international et d’un prestige académique bien établi.
L’objectif de notre revue est de diffuser la réflexion et la recherche de langue française provenant tant du Québec que de l’étranger. Comme directrice de la revue, c’est avec plaisir que je vous invite à nous soumettre un manuscrit original pour publication, ou encore vos idées de numéro thématiques.
Sule Tomkinson
Directrice de la revue Politique et Sociétés
Département de science politique
Université Laval
Horaire
Pavillons et salles
Pavillons et salles
Les activités du congrès se dérouleront à l’UQAM dans les salles des pavillons :
- Pavillon des Sciences de la gestion (R)
- Pavillon J.-A.-DeSève (DS)
- Pavillon Athanase-David (D)
Cliquez ici pour consulter le plan interactif du campus.
Pavillon des Sciences de la gestion (R)
Le Pavillon R accueillera les activités du congrès et les pauses café dans les salles du Département de Sciences Politiques (3ème étage) :
– Salle R-3570
– Salle R-3465
– Salle R-3540
– Espace commun, Salle R-3110 (pauses café)
Accès :
- 315, rue Sainte-Catherine Est, H2X 3X2
- 1400, R. Saint-Denis, Montréal, QC H2X 3X2
- Métro Berri-UQAM, Pavillon Judith-Jasmin de l’UQÀM – 1400, rue Berri, H2L 2C4
Cliquez ici pour consulter le plan interactif du campus.
Pavillon J.-A.-DeSève (DS)
Le Pavillon DS accueillera les activités du congrès et les pauses café dans les salles (1er étage) :
– Salle DS-1520
– Salle DS-1525
– Salle DS-1540
– Salle DS-1545
– Espace commun, (pauses café)
Accès :
- 320, rue Sainte-Catherine Est, H2X 1L7
- Métro Berri-UQAM, Pavillon Judith-Jasmin de l’UQÀM – 1400, rue Berri, H2L 2C4
Cliquez ici pour consulter le plan interactif du campus.
Pavillon Athanase-David (D)
Le pavillon D accueillera le point d’accueil et d’enregistrement et les événements spéciaux (rez-de-chaussée) :
– Salle D-R200
Accès :
- 1430, rue Saint-Denis, H2X 3J8
- 315, rue Sainte-Catherine Est, H2X 3X2
- 1400, R. Saint-Denis, Montréal, QC H2X 3X2
- Métro Berri-UQAM, Pavillon Judith-Jasmin de l’UQÀM – 1400, rue Berri, H2L 2C4
Cliquez ici pour consulter le plan interactif du campus.
Événements spéciaux
Comprendre et enseigner la politique québécoise et canadienne
21 mai 2025 || 12h15 – 13h45 (Salle D-R200)*
*Places limitées
Discussion autour de la parution prochaine de la 3e édition de La politique québécoise et canadienne : Acteurs, institutions, sociétés
Participant∙e·s :
- Alain-G. Gagnon, Félix Mathieu et Paul May, directeurs de l’ouvrage.
- Audrey Gagnon (populisme), Justin Massie (politique étrangère), Anne Mévellec (municipalités), collaboratrices et collaborateur à l’ouvrage.
Les participants à l’événement spécial bénéficieront d’un lunch offert par la SQSP.

Cocktail de bienvenue et remise de prix
21 mai 2025 || 17h00 – 18h30 (Salle D-R200)*
*Places limitées
Cocktail de bienvenue et remise de prix offerts par la SQSP.

Déjeuner des étudiant.e.s. Enjeux et défis des études de 2e et 3e cycle en science politique
22 mai 2025 || 9h00 à 10h30 (Salle D-R200)
L’activité de socialisation des étudiant.e.s en science politique s’adresse principalement à la communauté étudiant.e.s de 9 h à 10 h 30. Les participants bénéficieront d’un déjeuner offert par la SQSP.

Dessiner la (science) politique : l’utilisation de la BD pour diffuser des savoirs
22 mai 2025 || 12h15 – 13h45 (Salle D-R200)*
*Places limitées
Participant∙e·s :
- Jean-Félix Chénier (Collège de Maisonneuve) et Yoakim Bélanger, co-créateurs de la bande dessinée Résister et fleurir (Écosociété, 2025).
- Emanuelle Dufour et Francis Dupuis-Déri (UQAM), co-créateurs de la bande dessinée Quand les élèves se révoltaient. Manuel d’histoire avant l’Effondrement (Écosociété, 2025).
Animation : Maude Benoit, UQAM
Les participants à l’événement spécial bénéficieront d’un lunch offert par la SQSP.

Assemblée générale annuelle et cocktail
22 mai 2025 || 17h00 – 19h00 (Salle D-R200)*
*Places limitées
Les participants à l’Assemblée générale bénéficieront d’un léger goûter et d’une consommation offerts par la SQSP.

L’ébranlement des démocraties libérales : quand la fin de l’histoire n’est pas celle annoncée
23 mai 2025 || 12h15-13h45 (Salle D-R200)*
*Places limitées
Participant∙e·s :
- Marie-Eve Carignan, professeure au département de communication de l’Université de Sherbrooke et cotitulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents.
- Frédérick Gagnon, professeur au Département de science politique de l’Université du Québec à Montréal, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand et directeur de l’Observatoire sur les États-Unis.
- Frédéric Mérand, professeur et directeur du Département de science politique de l’Université de Montréal.
Animation : Maude Benoit, professeure au Département de science politique de l’Université du Québec à Montréal.
Les participants à l’événement spécial bénéficieront d’un lunch offert par la SQSP.

Ateliers
A1 || Regards critiques sur le Rapport du Comité consultatif sur les enjeux constitutionnels du Québec au sein de la fédération canadienne
Responsables :
- Félix Mathieu (University of Winnipeg)
- Dave Guénette (Université de Sherbrooke)
Type d’activité : Atelier
Section thématique : Politique québécoise, canadienne et autochtone
Horaire et salle :
- A1.1 : 21 mai 2025, 10h45 – 12h15 (Salle R-3540)
- A1.2 : 21 mai 2025, 13h45 – 15h15 (Salle R-3540)
- A1.3 : 21 mai 2025, 15h30 – 17h00 (Salle R-3540)
Résumé : En juin 2024, le gouvernement du Québec a mis sur pied le Comité consultatif sur les enjeux constitutionnels du Québec au sein de la fédération canadienne. Rendu en novembre 2024, son Rapport a pour objectif de recommander diverses mesures visant « à protéger et promouvoir les droits collectifs de la nation québécoise, à assurer le respect de ses valeurs sociales distinctes et de son identité distincte, à garantir le respect des champs de compétence du Québec et à accroître son autonomie au sein de la fédération canadienne ». Les panélistes qui vont intervenir dans le cadre de cet atelier jetteront autant de regards critiques sur les retombées de l’exercice et débattront de la valeur des recommandations formulées. Il s’agira à la fois de situer les perspectives soulevées par le Rapport dans le sillage des revendications traditionnelles du Québec en matière de politique constitutionnelle et de réfléchir aux possibilités autant qu’aux limites qui sont associées à celles-ci.
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A1.1 || Panel 1 : Table ronde avec les membres du Comité constitutionnel
21 mai 2025, 10h45 - 12h15 (Salle R-3540)Panel 1
Animation : Félix Mathieu (University of Winnipeg)
Avec la participation de Amélie Binette, Luc Godbout, Catherine Mathieu et Guillaume Rousseau.
Amélie Binette est professeure au Département de droit de l’Université du Québec en Outaouais. Ses travaux portent sur la désuétude des normes en droit constitutionnel canadien, dont l’essentiel a été rédigé il y a plus de 150 ans. Elle cherche à y définir les tenants et aboutissants de ce phénomène en mobilisant le cadre théorique de la force et de la densification normatives. Depuis octobre 2016, je siège à la Commission des services juridiques du Québec, organisme chargé de l’application de la Loi sur l’aide juridique et sur la prestation de certains autres services juridiques au Québec.
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Luc Godbout est professeur titulaire au Département de fiscalité de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques.
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Catherine Mathieu est professeure à la Faculté de science politique et de droit de l’Université du Québec à Montréal. Elle a également occupé un poste d’auxiliaire juridique à la Cour suprême du Canada auprès de l’honorable juge en chef Beverley McLachlin, puis a travaillé à titre d’avocate en litige civil et commercial chez Woods. Sa thèse de doctorat porte sur les enjeux soulevés par l’interrelation et les chevauchements entre la législation provinciale et fédérale en matière de protection du consommateur. Ses champs d’intérêt sont le droit administratif et le droit constitutionnel, plus particulièrement l’interaction entre ces deux domaines de droit et le droit de la consommation.
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Guillaume Rousseau est professeur titulaire à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke et directeur des programmes de droit et politique appliqués de l’État. Au cours des dernières années, il a été conseiller à l’Assemblée nationale du Québec, notamment au moment des consultations autour de l’avant-projet de loi sur le nouveau Code de procédure civile.
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A1.2 || Panel 2
21 mai 2025, 13h45 - 15h15 (Salle R-3540Panel 2
Animation : Dave Guénette (Université de Sherbrooke)
Stéphanie Chouinard
Le Québec se conçoit-il toujours comme un « État-parent »? Le Rapport du Comité consultatif au prisme des relations franco-canadiennes
Depuis les deux dernières décennies, un rapprochement significatif s’est opéré dans le discours du gouvernement du Québec à l’égard des francophones hors Québec. De la Politique en matière de francophonie canadienne signée par Benoît Pelletier en 2006 jusqu’au préambule de la Loi 96 adoptée en 2022, en passant par la Politique d’affirmation du Québec et des relations canadiennes signée par Jean-Marc Fournier en 2016, cette évolution a porté certains observateurs à émettre l’hypothèse d’un nationalisme transfrontalier québécois renouvelé, agissant tel un « État-parent » à l’égard des francophones hors Québec. Cette communication évaluera la cohérence du Rapport du Comité consultatif au regard de cette trajectoire, mettant en lumière une cassure avec le discours tenu par le Québec durant les vingt dernières années. Stéphanie Chouinard est professeure agrégée de science politique au Collège militaire royal et à l’Université Queen’s, à Kingston. Ses recherches portent sur le fédéralisme, la constitution, la politique judiciaire, et les droits des minorités linguistiques et des peuples autochtones.
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Jeremy Elmerich
« Il faut cultiver son jardin » : De l’autonomisme pragmatique et nationaliste de la CAQ et du rapport du comité consultatif sur les enjeux constitutionnels du Québec au sein de la fédération canadienne
Depuis la fin des années 1990, l’horizon de l’indépendance, regardé par les uns comme la terre promise et par les autres comme un mirage, semble s’être éloigné, en même temps que le Canada entrait dans un long hiver constitutionnel. Descendante en ligne directe de l’ADQ, la CAQ s’est définie comme parti « nationaliste » et « pragmatique », voire autonomiste, ce qui a valu à François Legault quelques comparaisons avec l’ancien chef de l’Union nationale, Maurice Duplessis. Le nationalisme se comprend comme une idéologie associant une conception de la nation (une identité) à un projet – politique et/ou constitutionnel – donné (dont l’indépendance est le plus évident). Quant au premier volet, la CAQ n’a pas manqué de faire la preuve de sa verve, que l’on songe à l’attention portée à la question de l’immigration, à la loi 21 sur la laïcité de l’État, à la loi 96 sur la langue française, ou encore au projet de Musée national d’histoire du Québec. Quant au second volet, le bilan est plus mitigé et s’est porté à un autonomisme essentiellement défensif et concentré sur la sauvegarde du pré-carré. Il aura donc fallu attendre le mitan du second mandat de premier ministre de François Legault pour que la Coalition avenir Québec délègue au Comité consultatif sur les enjeux constitutionnels de présenter une feuille de route au gouvernement. Notre communication consistera à analyser les propositions du rapport à l’aune de la longue tradition des commissions royales et comités partisans sur le thème constitutionnel, depuis celui de la Commission Tremblay jusqu’au document Québécois, notre façon d’être Canadiens du PLQ, mais également des balises unionistes fixées par le mandat adressé au comité afin d’envisager, dans le cadre de la discussion, son potentiel de réalisation.
Jérémy Elmerich est chercheur postdoctoral à l’Université de Sherbrooke. Il a consacré sa thèse de doctorat à l’étude des rivalités Québec/Canada et Écosse/Royaume-Uni et des imaginaires nationaux. Ses recherches actuelles portent sur l’unionisme et sur le fédéralisme dans une perspective comparée.
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Maxime St-Hilaire
Le rapport Proulx-Rousseau : entre hardiesse juridique et stratégie politique
Le 26 novembre 2024, le Comité consultatif sur les enjeux constitutionnels du Québec au sein de la fédération canadienne a publié la version définitive de son rapport. Celui-ci ne contient pas moins de 42 recommandations, dont le degré de précision varie sensiblement, mais à l’ensemble desquelles une certaine hardiesse préside, qui va au-delà de l’ « ambition » revendiquée par la démarche. Celle-ci suscite l’interrogation, qui peut porter sur sa légitimité : mode de constitution, degré d’indépendance et méthode de travail du comité; portée, durée et nature du mandat, qui par exemple fait l’économie des questions autochtones; caractère fédérativement unilatéral d’un projet débouchant sur certaines positions arrêtées qui concernent des intérêts qui dépassent ceux du seul Québec. On peut aller jusqu’à se demander s’il n’existe pas quelque décalage entre les objectifs déclarés de la démarche et ses éventuel objectifs réels, notamment pour ce qui concerne les recommandations d’adoption de résolutions parlementaires de proposition de modification constitutionnelle réelle, c’est-à-dire « multilatérale » et visant à la modification de la loi suprême, résolutions devant avoir pour effet de lancer formellement la procédure de modification constitutionnelle, alors que, contrairement à la pratique canadienne, aucune entente politique intergouvernementale n’a été conclue. Il s’agit sans doute d’une tentative de recentrement parlementaire du processus de modification constitutionnelle au moyen de l’obligation de négociation qu’a forgée la Cour suprême du Canada dans son avis de 1998 sur la sécession du Québec. Encore là, l’interprète de la démarche peut hésiter entre la thèse de la candeur et celle de la stratégie, mais, dans ce dernier cas, au service de quelle fin précise? Enfin, la recommandation première, en l’occurrence celle de « doter le Québec d’une constitution codifiée » n’est pas dépourvue d’ambiguïtés, ce qui, encore une fois, peut s’expliquer de diverses façons, parmi lesquelles des motivations plus politiques que juridiques, mais l’exercice a pour grand mérite scientifique « négatif » de s’abîmer dans les failles, trop nombreuses et profondes, de la jurisprudence et de la science constitutionnelles canadiennes, qui échouent même à définir leur principes premiers et leur objet.
Maxime St-Hilaire est professeur titulaire à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke, où il enseigne le droit constitutionnel et les fondements du droit. Il est le directeur pour le Canada français de la Runnymede Society. Il siège au conseil scientifique de l’Institut de droit parlementaire et politique et est chercheur associé au Centre for Constitutional Law and Legal Studies, de l’University of British Columbia. Il est l’auteur, entre autres, des Positivismes juridiques au XXe siècle (PUL, 2020, Prix de la recherche et de la création de l’UdeS), de La lutte pour la pleine reconnaissance des droits ancestraux: problématique juridique et enquête philosophique (Yvon Blais, 2015, Prix Minerve) et d’une trentaine d’articles et chapitres. Il a co-dirigé la publication de deux ouvrages : Attacks on the Rule of Law from Within (LexisNexis, 2019) et Unwritten Constitutionalism (LexisNexis, 2023).
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A1.3 || Panel 3
21 mai 2025, 15h30 - 17h00 (Salle R-3540)Panel 3
Animation : Audrey Gagnon
Dave Guénette
Adopter et modifier une constitution provinciale : des choix importants pour le constituant québécoisDans tout État, choisir comment procéder pour adopter une nouvelle constitution et établir un processus de modification de celle-ci représentent des décisions difficiles et extrêmement importantes. À la lumière du Rapport Proulx-Rousseau et de l’intention claire du gouvernement du Québec d’aller de l’avant avec l’adoption d’une Constitution québécoise formelle et codifiée, ce sont aussi des choix que le Québec devra faire très prochainement. Ainsi, nous nous attarderons d’abord, dans le cadre de cette communication, sur le processus d’adoption de cette Constitution québécoise, afin de faire ressortir les options qui existent pour le gouvernement du Québec, de même que les impératifs qui en ressortent. Ensuite, nous traiterons de la procédure de modification que cette Constitution pourrait mettre de l’avant, ici aussi en examinant les différentes options, ainsi que les forces et les écueils de chacune.
Dave Guénette est professeur à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke depuis 2023. Il est également chercheur régulier au Groupe de recherche sur les sociétés plurinationales (GRSP), au Centre d’analyse politique : Constitution et Fédéralisme (CAP-CF) et au Centre de recherche Société, Droit et Religions de l’Université de Sherbrooke (SoDRUS). Avec le professeur Félix Mathieu, il codirige la collection Prisme, aux Presses de l’Université Laval. Ses travaux portent notamment sur le fédéralisme canadien et comparé, sur la démocratie consociative, sur les conditions du vivre-ensemble dans les sociétés fragmentées ou multinationales et sur les procédures de révision constitutionnelle au Canada et ailleurs.
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Guy Laforest
Pour une stratégie de moyen-long terme du Québec dans les relations intergouvernementales avec Ottawa et l’ensemble du Canada
Le rapport du Comité consultatif sur les enjeux constitutionnels du Québec au sein de la fédération canadienne, ou rapport Proulx-Rousseau, du nom des deux co-présidents du comité, a innové notamment en proposant une approche multidimensionnelle au gouvernement du Québec sur les questions constitutionnelles, et, plus largement dans le champ des relations intergouvernementales. Mon propos visera à approfondir les aspects d’une telle approche, et à insister sur sa pertinence dans le cadre des incertitudes au cœur du pouvoir à Ottawa et face aux menaces que la nouvelle administration Trump fait peser sur le Canada dans son ensemble et également sur le Québec.
Guy Laforest est professeur émérite en science politique de l’Université Laval et président-désigné de l’Académie des sciences sociales de la Société royale du Canada. Formé en pensée politique à McGill, il a enseigné quelque trente ans à l’Université Laval avant de devenir chef d’établissement à l’ENAP de 2017 à 2022. Depuis, il œuvre comme mentor, analyste et expert-conseil en affaires universitaires et relations gouvernementales. On trouve un résumé de sa carrière dans son profil public sur le site internet de l’ACFAS. Ses principaux champs d’intérêt sont l’analyse critique de l’évolution de l’État au Canada, les relations Québec-Canada, l’histoire intellectuelle au Québec et au Canada, l’interprétation des œuvres politico-philosophiques de Pierre Elliott Trudeau et Charles Taylor, une réflexion sur la nature du libéralisme pluraliste et l’engagement des intellectuels et des universités dans la sphère publique.
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François Rocher
Défendre son pré carré… en partie si le gouvernement fédéral le veut bien
Le blocage, voire l’impossibilité d’une réforme en profondeur de la Constitution canadienne informe implicitement les conclusions du rapport du Comité consultatif. Le Québec demeure néanmoins un membre de la fédération canadienne, ce qui n’est pas sans imposer plusieurs contraintes quant à la volonté des autorités politiques de réaliser leurs ambitions d’affirmation. Cette présentation aborde trois questions ou axes complémentaires. La première question est celle de savoir si l’esprit qui anime le rapport et la plupart de ses recommandations illustre le statut d’un « Québec exilé dans la fédération », pour reprendre l’expression du politologue Guy Laforest. La deuxième question porte sur la nature de la contribution que le Québec pourrait apporter à l’évolution de la fédération canadienne et, de manière concomitante, l’idéal fédéral auquel elle se rattache. La dernière question aborde plus spécifiquement les recommandations du rapport, nombreuses, dont la réalisation dépend en grande partie de la volonté de les mettre en œuvre par les autres partenaires de la fédération, à savoir le gouvernement fédéral et les autres provinces et territoires. Nous présentons un tableau synthétique plaçant chacune des recommandations en fonction des trois axes qui structurent l’exposé.
François Rocher est professeur émérite de science politique à l’Université d’Ottawa. Ses travaux portent sur la diversité pluriculturelle, plurinationale et plurireligieuse au Canada et sein d’autres États multinationaux. Il s’est intéressé aux enjeux politico-institutionnels liés aux processus de modification constitutionnelle et à l’évolution des relations entre les ordres de gouvernement au Canada, au Royaume-Uni et en Espagne. Ses nombreuses publications sont à l’intersection entre la science politique, la sociologie et le droit.
A2 || Le Québec et l’immigration : Perspectives majoritaires et minoritaires
Responsable :
- Antoine Bilodeau (Université Concordia)
Type d’activité : Atelier
Section thématique : Politique québécoise, canadienne et autochtone
Horaire et salle :
- A2.1 : 21 mai 2025, 9h00 – 10h30 (Salle R-3570)
- A2.2 : 21 mai 2025, 10h45 – 12h15 (Salle R-3570)
Résumé : Même lorsque les nouveaux arrivants s’installent dans une collectivité, la population et les autorités ne les accueillent pas nécessairement comme des membres à part entière de la collectivité. Ainsi, après avoir franchi les frontières physiques du Québec, le défi se poursuit et les immigrants et les réfugiés doivent réussir à franchir les frontières imaginaires de l’appartenance à la nation. Ce concept est souvent utilisé dans les recherches sur l’immigration, chaque société étant construite autour d’un arrangement complexe de frontières imaginaires « saillantes » et « floues » (Alba, 2005) qui dictent les conditions d’appartenance.
L’Initiative de recherche sur l’immigration, financée par le Secrétariat aux relations canadiennes du Gouvernement du Québec, propose un atelier en deux séances qui discutera des perspectives et expériences des groupes majoritaires et minoritaires au Québec en lien avec l’immigration. La première séance met l’accent sur la relation des Québécois et des politiques publiques au Québec avec l’immigration. La deuxième séance examine quant à elle les relations des immigrants à la société québécoise et à ses politiques publiques en lien avec l’immigration et l’identité québécoise.
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A2.1 || Panel 1. Perspectives minoritaires
21 mai 2025, 9h00 - 10h30 (Salle R-3570)Panel 1. Perspectives minoritaires
Sur la variété des expériences institutionnelles et leurs impacts sur la confiance politique: Une comparaison des effets de rétroaction politique entre immigrants et citoyens
Valérie-Anne Mahéo Le Luel (Université Laval) et Alexander Ross (Université Laval)
Alors que la recherche sur les effets de rétroaction des politiques publiques (policy feedback effects) a établi que les expériences avec les services publics influencent les attitudes politiques, peu d’attention a été accordée à la façon dont le statut d’immigrant peut modérer ces effets. Nous nous appuyons sur deux ensembles de données complémentaires – une enquête par panel en trois vagues auprès d’immigrants récents et de citoyens nés au Canada, et quatre vagues de l’enquête Democracy Checkup auprès d’immigrants de longue date et de citoyens nés au Canada (Consortium on Electoral Democracy) – pour comparer les effets de rétroaction des politiques au sein de trois populations distinctes : les immigrants récents, les immigrants de longue durée et les Canadiens de naissance.Nous mesurons les résultats liés à la confiance dans le gouvernement et à la conviction que le gouvernement peut fournir des services de manière efficace. Notre recherche examine spécifiquement comment la fréquence et la qualité des interactions avec les services gouvernementaux influencent la confiance institutionnelle et la perception de la réactivité du gouvernement. Nous théorisons que le statut d’immigrant et la durée de résidence modifient fondamentalement la façon dont les expériences de service se traduisent en attitudes politiques. En comparant ces trois populations, nous cherchons à savoir si les immigrants récents, qui découvrent les institutions canadiennes pour la première fois, développent des attitudes politiques par le biais d’interactions avec les services différemment des immigrants de longue date ou des citoyens nés dans le pays qui ont déjà accumulé de multiples expériences de service au fil du temps.
Parler de son accent : l’expérience subjective des journalistes francophones « ayant un accent » au Québec – Le cas des journalistes immigrants
Clément Lechat (Université Concordia)
Au Québec, le français est au cœur de nombreux débats. Dans le domaine des médias, la langue parlée par les journalistes a été fréquemment étudiée et sa qualité évaluée (Rochette & Bédard, 1984; Reinke, 2005; Maurais, 2005; Olsen, 2024), mais l’accent y apparaît comme un grand oublié. La recherche sur ce sujet s’est concentrée sur les représentations sociolinguistiques des membres du groupe majoritaire, laissant de côté l’expérience des locuteurs stigmatisés (Freynet & Clément, 2018). Cette présentation examine l’expérience subjective de journalistes francophones « ayant un accent » au Québec dans leur milieu de travail. Elle se penche sur la relation entretenue avec leur accent, leurs façons d’évoluer dans leur environnement professionnel et d’appréhender leurs identités. Les résultats d’une analyse thématique réflective (Braun & Clarke, 2006) d’une dizaine d’entretiens semi-structurés menés avec des personnes immigrantes et non-immigrantes laissent entrevoir une relation ambivalente à l’accent, suscitant à la fois des complexes dans la vie professionnelle, tout en éveillant une fierté identitaire et une envie de s’exprimer authentiquement. Ces journalistes font part de la pression des normes ressenties dans le milieu du journalisme pour dissimuler leur accent ainsi que de multiples formes de stigmatisation et d’autostigmatisation.
Que signifie appartenir? Identification nationale et sentiment d’acceptation chez les groupes minoritaires au Québec
Antoine Bilodeau (Université Concordia) et Stephen White (Université Carleton)
Toutes sortes d’outils conceptuels et d’instruments de mesure ont été développés pour étudier la manière dont les membres du groupe majoritaire perçoivent les minorités et s’ils les considèrent comme faisant partie du groupe national, tels que les types de frontières du groupe, l’appartenance partagée. Plus rarement, cependant, les chercheurs se sont intéressés aux perceptions des minorités quant à la mesure dans laquelle elles se considèrent comme faisant partie du groupe national, c’est-à-dire si elles se considèrent comme des membres du groupe et si elles pensent que les autres les considèrent comme des membres du groupe. Nous étudions cette question en proposant une enquête sur l’identification des minorités au groupe national et sur leurs perceptions d’être reconnues comme membres du groupe. Nous examinons le cas des groupes minoritaires au Québec en nous appuyant sur un échantillon stratifié de 1129 immigrants de première génération et de 1286 immigrants de deuxième génération.
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A2.2 || Panel 2. Perspectives majoritaires
21 mai 2025, 10h45 - 12h15 (Salle R-3570)Panel 2. Perspectives majoritaires
Ressemblances et dissemblances du cadrage médiatique de l’enjeu migratoire chez des chroniqueurs influents de la droite identitaire au Québec et en France (2020-2024)
François Rocher (Université d’Ottawa)
Cette communication vise à identifier les principaux marqueurs discursifs qui alimentent les débats portant sur les enjeux migratoires tels qu’énoncés par des chroniqueurs influents de la droite identitaire qui s’expriment dans la presse écrite au Québec et en France au cours de la période 2020-2024. Il s’agit, dans un premier temps, de définir les contours de la droite identitaire et de mettre en évidence ce qui distingue chaque espace politico-national. Dans un deuxième temps, la présentation s’articule autour d’un certain nombre de questions. Par exemple, pour chacun des espaces : Quels sont les thèmes qui apparaissent de manière récurrente ? En quels termes le contexte général de l’immigration est-il présenté ? Quelles sont les idées et les thématiques le plus souvent associées aux enjeux migratoires ? Quelles solutions sont mises de l’avant ? Quels sont les principaux marqueurs discursifs communs et quels sont ceux qui distinguent chacun des deux espaces retenus ? Cette communication repose sur une analyse de contenu d’opinions exprimées par cinq chroniqueurs ou chroniqueuses du Québec et cinq personnalités médiatiques françaises qui s’expriment régulièrement dans des journaux grand public.
La dimension identitaire du nationalisme de la CAQ :Vers un contrôle des frontières imaginées de la nation québécoise
Audrey Gagnon (Université d’Ottawa)
Cet article s’intéresse à la forme de nationalisme proposée par le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ). Comment la dimension identitaire de ce nationalisme s’est-elle concrétisée dans son action gouvernementale et comment l’interpréter ? Grâce à une analyse qualitative du contenu des interventions des élus caquistes lors des débats parlementaires à l’Assemblée nationale du Québec (2018-2023), nous situons et identifions les caractéristiques du « nationalisme identitaire » de la CAQ. Nous avançons que les discours et politiques de la CAQ reflètent l’articulation et la défense d’une forme de nationalisme qui, au lieu d’aspirer à contrôler les « frontières géographiques » de la province, vise à contrôler ses « frontières imaginées », c’est-à-dire à définir les marqueurs d’appartenance à la nation québécoise.
Attitudes à l’égard des immigrants au Québec: Un regard sur les variations territoriales et générationnelles
Antoine Bilodeau (Concordia) et Luc Turgeon (Ottawa)
Résumé : Depuis une dizaine d’années, les débats sur l’immigration et la diversité ethnoculturelle et religieuse sont au cœur de la vie politique québécoise. Ils ont mis en évidence l’insécurité culturelle des Québécois et, selon certains, un sens plus étroit de l’identité nationale. Ces débats ont également donné l’impression qu’il existe des disparités régionales dans la manière dont l’immigration est perçue, certains identifiant un effet de halo où les Québécois résidant à la périphérie de Montréal seraient les plus insécurisés par rapport à l’immigration dans la province. Simultanément, on croit souvent que les jeunes générations et les générations plus âgées s’opposent quant à leurs points de vue sur la contribution de l’immigration et de la diversité ethnoculturelle.
Cet article réexamine ces questions à l’aide d’un échantillon de 11 000 Québécois du groupe majoritaire stratifié dans 55 localités de la province en 2019 et 2020. Cet échantillon stratifié au niveau régional nous permet d’examiner en profondeur les variations territoriales et générationnelles au Québec, et d’étudier ce qui explique ces variations. Cet article est un chapitre d’un projet de livre plus vaste. Dans l’article proposé, nous étudions les attitudes à l’égard de l’augmentation ou de la diminution du nombre d’immigrants, ainsi que les attentes en matière d’intégration.
Le cadrage des droits : Le pouvoir des droits humains et valeurs nationales
Allison Harell (UQAM) and Irene Bloemraad (UBC)
Les recherches sur l’opinion publique documentent régulièrement les préjugés dans la manière dont le public applique les droits aux groupes dans la société, recréant des inégalités bien connues qui désavantagent les minorités racialisées et les non-citoyens. Les spécialistes du mouvement social se sont longtemps concentrés sur la manière dont les stratégies de cadrage problématisent ces inégalités en faisant appel à des valeurs. Quelle est l’efficacité de ces stratégies pour faire évoluer les attitudes du public afin qu’il (1) reconnaisse un problème et (2) soutienne des mesures correctives ? Utilisant une série d’enquêtes menées au Canada entre 2020 et 2022, nous évaluons le sens et efficacité des appels à deux cadres communs : les droits humains et les valeurs nationales. Tout d’abord, en utilisant des question à la fois fermée et ouverte, nous documentons l’attrait de tels cadres. Dans l’abstrait, les deux valeurs se chevauchent considérablement dans leur signification. Les cadres de valeurs nationales ont cependant un contenu plus affectif et chargé de normes prosociales. Deuxièmement, nous utilisons deux expériences d’enquête préenregistrées pour tester l’efficacité des cadres à minimiser les distinctions entre les citoyens et les personnes migrantes d’origine racisée différente. Nous trouvons que le cadre des valeurs nationales a la capacité d’augmenter la reconnaissance d’un problème (aux moins pour les droits sociales). Mais aucun des deux cadres n’a réussi à accroître le soutien à mesures correctives, qu’il s’agisse de lutter contre l’insécurité alimentaire ou d’une violation des droits civiles par la police, ni de minimiser les préjugées dans la population entre les groupes différents. Nous trouvons ainsi de réelles limites aux cadres de valeurs, y compris les appels à l’universalité, à inciter le public à agir, du moins à court terme.
A3 || La solidarité : entre horizon normatif et instrument de pouvoir
Responsables :
- Tristan Boursier (Université du Québec en Outaouais & Sciences Po Paris)
- Milan Bernard (Université de Montréal)
Type d’activité : Atelier
Section thématique : Théories et pensées politiques
Horaire et salle :
- A3.1 : 23 mai 2025, 9h00 – 10h30 (Salle R-3465)
- A3.2 : 23 mai 2025, 10h45 – 12h15 (Salle R-3465)
- A3.3 : 23 mai 2025, 13h45 – 15h15 (Salle R-3465)
Résumé : Au cœur des transformations sociales, politiques et économiques du XIXe siècle (Blais 2007), la notion de solidarité semble cependant aujourd’hui quelque peu désuète (Alexander 2014; Wilde 2007). Bien qu’elle ait regagné une certaine attention académique et politique lors de la pandémie de COVID-19 (Foran et al. 2021; Sèze 2020; Tomasini 2021), ce retour en grâce reste limité, n’échappant pas à l’image d’un concept vague, souvent utilisé de manière rhétorique. Cet atelier vise à interroger notre capacité à penser la solidarité en dehors de ces moments de crise où son évocation est similaire à une invocation dont les concrétisations intentionnelles sont parfois faibles sinon absentes. Nous aimerions inviter les auteur.e.s à s’interroger sur l’utilité, scientifique et politique, de ce concept aujourd’hui. Ce questionnement part d’un double constat. Du côté des mouvements sociaux, elles semblent parfois perçues avec un œil critique (Sénac 2017; Conway et al. 2021). En effet, la solidarité a été utilisé par de nombreux États pour contrôler leur population (Esping-Andersen 2015), tout en soutenant des processus de nationalisation. Cela se manifeste aujourd’hui par la perpétuation de discriminations au sein des systèmes sociaux (Quadagno 1994). Son utilisation pour désigner des actes aussi différents que l’État social, la posture d’allié ou encore la signature d’une tribune accentue la difficulté de penser la solidarité comme un concept clairement identifiable. Pourtant, des tentatives de définir la solidarité comme un concept émancipateur ne manquent pas. On pense notamment aux travaux sur la solidarité agonistique (Bernard et Devette 2023), à la solidarité transraciale comme pratique anticoloniale, évoquée par Franz Fanon (1969), et aux conception féministes (Talpade 2003). Avec cet atelier, nous souhaitons créer un espace de dialogue et de construction entre la philosophie politique et les autres disciplines des sciences sociales. L’objectif est de croiser les réflexions autour de la notion de solidarité et les interrogations sur la manière dont elle s’incarne dans des configurations sociales particulières. La solidarité sera comprise ici de manière large, bien que les perspectives théoriques et politiques soient privilégiées. Les propositions explorant une ou plusieurs des interrogations suivantes retiendront particulièrement notre attention : *La solidarité est-elle un concept suffisamment critique ou radical pour les mouvements sociaux contemporains ? Quel est son intérêt par rapport à d’autres approches de l’entraide présent dans les mouvements féministes et décoloniaux comme celui de l’allyship ? *Comment comprendre la solidarité face au défi politique que constituent les bouleversements climatiques ? Est-elle un horizon normatif adapté à cet enjeu ? *La solidarité est-elle une vertu ? Comment se rattache-t-elle à d’autres vertus traditionnellement identifiées dans la philosophie ? *Quelle est la part sombre de la solidarité ? Dans quelle mesure peut-elle être mobilisée à des fin d’oppression et de contrôle social, plutôt que vecteur d’émancipation ? Qu’est-ce que cela nous dit de la désirabilité de ce concept ? *Enfin, quels sont les liens entre solidarité et démocratie ? La démocratie est-elle nécessairement solidaire ? Quel genre de solidarité une démocratie idéale devrait-elle promouvoir ? Est-ce que la solidarité politique passe nécessairement par des institutions étatiques ?
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A3.1 || Panel 1 – Solidarités et résistances collectives
23 mai 2025, 9h00 - 10h30 (Salle R-3465)Panel 1 – Solidarités et résistances collectives
- Milan Bernard (Université de Montréal) et Tristan Boursier (Université de Montréal) : Introduction : pour une conception démocratique de la solidarité
- Tarik Chami (Université de Béjaia) : Les solidarités transnationales autour de la question du gaz de schiste en Algérie
- Mahir Ergun (UQAM) : Un nouveau nom des alliances de résistance locale : « solidarité »
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A3.2 || Panel 2 – Émancipation et solidarités transnationales
23 mai 2025, 10h45 - 12h15 (Salle R-3465)Panel 2 – Émancipation et solidarités transnationales
- Ahmed Hamila (Université de Montréal) : Décoloniser la solidarité : dynamiques transnationales LGBTQI+ et héritages coloniaux
- Jacques Fleming Mandeng Nyobe (Université de Yaoundé II) : Les montages généalogiques du droit en matière la solidarité internationale financière à l’égard de l’Afrique
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A3.3 || Panel 3 – Les horizons normatifs de la solidarité
23 mai 2025, 13h45 - 15h15 (Salle R-3465)Panel 3 – Les horizons normatifs de la solidarité
- Lino Castex (Sciences Po Paris) : Solidarité et bien commun. Y’a-t-il un retour de l’éthique dans le discours contemporain ?
- Saja Farhat (Université de Montréal) : Solidarité et responsabilité sociale des facultés de médecine
- Quentin Pasetti (Université de Mons) : La philosophie du travail pour comprendre l’emploi en tant que concept politique : Solidarité économique et justice sociale environnementale
A4 || Regards croisés sur la santé démocratique : élections, participation citoyenne et légitimité politique
Responsables :
- Allison Harell (UQAM)
- Maxime Coulombe (Université Concordia)
L’atelier est organisé conjointement avec le Laboratoire d’analyse en communication politique et d’opinion publique (LACPOP), le Centre pour l’étude de la citoyenneté démocratique (CECD) et le Consortium de la démocratie électorale (C-Dem).
Type d’activité : Atelier
Section thématique : Politique québécoise, canadienne et autochtone, Politique comparée, Sociologie et comportements politiques, Médiatisation et communication politiques
Horaire et salle :
- A4.1 : 22 mai 2025, 10h45 – 12h15 (Salle DS-1525)
- A4.2 : 22 mai 2025, 13h45 – 15h15 (Salle DS-1525)
- A4.3 : 23 mai 2025, 9h00 – 10h30 (Salle DS-1525)
- A4.4 : 23 mai 2025, 10h45 – 12h15 (Salle DS-1525)
- A4.5 : 23 mai 2025, 13h45 – 15h15 (Salle DS-1525)
Résumé : Cet atelier vise à explorer les défis auxquels font face les démocraties contemporaines et à examiner comment les citoyennes et citoyens participent et interagissent dans un environnement politique en mutation. La démocratie est confrontée à des défis majeurs, marqués par le recul des valeurs démocratiques, la persistance des inégalités dans la participation, la montée de la polarisation, la remise en question de la légitimité de la classe politique, ainsi que par un environnement communicationnel de plus en plus complexe. Ces enjeux soulèvent plusieurs questions fondamentales sur la santé démocratique. Comment les citoyennes et citoyens réagissent-ils aux tensions et transformations politiques actuelles ? Comment se construit le débat politique lors des élections ? Quels sont les facteurs qui favorisent ou freinent la représentation politique de différents segments de la population ? Cet atelier rassemble des recherches portant sur l’état de la santé démocratique et à partir d’une perspective citoyenne. À travers l’atelier, nous sommes particulièrement intéressés à des communications abordant les thématiques suivantes : La nature et l’évolution de la participation politique électorale et non-électorale ; Les sources de tensions et de légitimités dans les démocraties occidentales ; Les dynamiques de communications entre les citoyens, les partis politiques et les élus ; L’opinion publique face aux enjeux d’égalité et d’inclusion en politique. Cette liste n’est pas exhaustive, et toutes les communications qui traitent de questions liées à la santé démocratique à partir d’une perspective des citoyens sont les bienvenues. Nous cherchons, en particulier, les travaux empiriques (focus groupes, sondages, études expérimentales, analyse de contenu, etc.).
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A4.1 || Panel 1 : Le lien entre l’élite et l’électorat
22 mai 2025, 10h45 - 12h15 (Salle DS-1525)Panel 1 : Le lien entre l’élite et l’électorat
Président : Maxime Coulombe (Concordia)
Commentateur : Dominic Duval (UQAM)- Benjamin Ferland (Ottawa) et Jack Lucas (Calgary) : La représentation des citoyens dans les circonscriptions électorales fédérales au Canada
- Marc André Bodet (Laval), Lauriane Blanchette (Laval), François Vachon (Laval) et Katherine Labonté (Laval) : Comprendre l’interaction entre les enjeux politiques, la cognition et le vote
- Tania Gosselin (UQAM) : Une question de compétence ou de moralité ? Les caractéristiques attribuées aux chefs de partis par les électeurs et les électrices et dans les médias
- Marin Fortin-Bouthot (Montréal) : Balados et politique : analyse comparative des stratégies communicationnelles des candidatures présidentielles américaines de 2024
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A4.2 || Panel 2 : La communication politique en contexte électoral
22 mai 2025, 13h45 - 15h15 (Salle DS-1525)Panel 2 : La communication politique en contexte électoral
Présidente : Valérie-Anne Mahéo (Laval)
Commentateur : Benjamin Ferland (Ottawa)- Laurianne Martin (Laval), Marc André Bodet (Laval) et Marie Neihouser (Paris I) : L’amour ne s’achète pas : Slogans et campagnes politiques dans une démocratie libérale
- Thi Huong Dang (Sherbrooke), Perrine Hely (Sherbrooke), Simon Thibault (Montréal), Marie-Eve Carignan (Sherbooke) et Sylvain Bédard (Sherbooke) : Élections présidentielles américaines de 2024 : les radios parlées de Québec jouent-elles un rôle dans la circulation de fausses informations ?
- Fanny Martin (Laval) : L’immigration en campagne présidentielle
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A4.3 || Panel 3 : Le populisme et la construction de l’Autre
23 mai 2025, 9h00 - 10h30 (Salle DS-1525)Panel 3 : Le populisme et la construction de l’Autre
Présidente : Tania Gosselin (UQAM)
Commentateur : Marc André Bodet (Laval)
- Victor Bardou-Bourgeois (UQAM) : Prendre le jeu au sérieux : comprendre la radicalisation d’extrême droite américaine au sein de la communauté vidéoludique en ligne.
- Dominic Duval (UQAM), Joanie Bouchard (Sherbrooke) et Katryne Villeneuve- Siconnelly (Laval) : Comprendre les opinions antagonistes des citoyens qui adhèrent aux idées populistes
- Eduardo Monteiro (UQAM) : Populisme de droite et exclusion sociale : perspectives croisées de terrain à Rio de Janeiro (Brésil) et l’approche comparative qualitative
- Frédérick Bastien (Montréal), Jozef Rivest (Montréal) et Normand Landry (TÉLUQ) : Aide-toi, le ciel t’aidera! » Le rôle du mérite, de l’identité partisane et des médias dans l’imputabilité d’une atténuation de la pauvreté
- Eduardo Monteiro (UQAM) : Populisme de droite et exclusion sociale : perspectives croisées de terrain à Rio de Janeiro (Brésil) et l’approche comparative qualitative
- Frédérick Bastien (Montréal), Jozef Rivest (Montréal) et Normand Landry (TÉLUQ) : Aide-toi, le ciel t’aidera! » Le rôle du mérite, de l’identité partisane et des médias dans l’imputabilité d’une atténuation de la pauvreté
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A4.4 || Panel 4 : La socialisation et l’engagement politique
23 mai 2025, 10h45 - 12h15 (Salle DS-1525)Panel 4 : La socialisation et l’engagement politique
Présidente : Joanie Bouchard (Sherbrooke)
Commentateur : Maxime Coulombe (Concordia)- Emmanuel Choquette (Sherbrooke) et Sophie Lachance (Sherbrooke) : « Ça doit être une des affaires qui m’intéresse le moins » : les jeunes et la politique partisane au Québec
- Maïlys Papeil (Montpellier) La participation des jeunes générations à la vie politique Valérie-Anne Mahéo (Laval), Anne Imouza (McGill) et Alexander Ross (Laval) Immigration familiale : Comment les interactions avec l’école façonnent-elles le processus d’intégration des parents immigrants ?
- Evens Mensah (UQAM) : Une mémoire exclusive : comment les discours révisionnistes sur la colonisation créent-ils des conditions de non-appartenance à la nation française pour les citoyens afro-descendants ?
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A4.5 || Panel 5 : Les sources et les formes de la participation politique
23 mai 2025, 13h45 - 15h15 (Salle DS-1525)Panel 5 : Les sources et les formes de la participation politique
Président : Frédérick Bastien (Montréal)
Commentatrice : Allison Harell (UQAM)- Judith Carvalho-Gélinas (UQAM) : Ecoanxiété et engagement environnemental Maxime Coulombe (Concordia), Antoine Bilodeau (Concordia) et Audrey Gagnon (Ottawa) : Au-delà des urnes: Analyse de la participation politique conventionnelle et marginale
- Louis Levasseur-Thériault (Montréal) : Le bien-être socioéconomique : déterminant du vote des peuples autochtones au Québec
- Valérie-Anne Mahéo (Laval), Thomas Gareau-Paquette (Cornell), Alexander Ross (Laval) : Participer aux activités d’intégration et participer à la société québécoise : Une étude des programmes d’intégration et leurs impacts sur l’intégration des immigrants récents
A5 || Une extrême droite bien ordinaire. Convergences idéologiques et normalisation de l’extrême droite contemporaine
Responsables :
- Tristan Boursier (UQO / CEVIPOF)
Type d’activité : Atelier
Section thématique : Sociologie et comportements politiques, Médiatisation et communication
Horaire et salle :
- A5.1 : 21 mai 2025, 13h45 – 15h15 (Salle R-3570)
- A5.2 : 21 mai 2025, 15h30 – 17h00 (Salle R-3570)
- A5.3 : 22 mai 2025, 9h00 – 10h30 (Salle R-3570)
- A5.4 : 22 mai 2025, 10h45 – 12h15 (Salle R-3570)
Résumé : Depuis 2015, les recherches sur l’extrême droite se sont intensifiées. Alors que les thèmes traditionnels comme le vote et la normalisation restent centraux, de nouvelles perspectives se sont développées, notamment autour de l’« alt-right » et des succès électoraux récents. La variété des termes pour décrire cette mouvance – populiste, radicale, néo-fasciste, postfasciste – montre la difficulté de cerner ses expressions contemporaines. Parmi ces termes, « radical » est souvent confondu avec « extrême ». Certains chercheurs l’utilisent pour souligner la violence, bien que ce concept demeure vague (Wondreys et Zulianello 2024). Par exemple, des auteurs associent la « droite radicale » à des idéologies autoritaires et xénophobes, portées par des partis qui semblent faire le jeu de la démocratie tandis que l’expression « extrême droite » semble de plus en plus réservée à des actions spectaculaires de groupuscules, tel que les actions d’Atalante ou les vidéos de l’influenceur Papacito. La médiatisation du terme « radical » sert parfois à adoucir l’image de cette mouvance, tandis que le terme « extrême droite » devient plus sulfureux. Cet atelier propose de s’intéresser aux formes « ordinaires » de l’extrême droite , en suggérant que certains discours peuvent être violents et liés à cette mouvance sans être intrinsèquement radicaux. En effet, une compréhension philosophique du terme « radical » le définit comme une pensée qui s’enracine dans une idéologie et suit ses principes jusqu’à leurs conclusions logiques (Bonnet et al. 2020). Cependant, l’extrême droite actuelle se caractériserait moins par cette radicalité que par une macédoine idéologique qui l’associe à d’autres courants de pensée (Hemmila et Perliger 2024) comme l’antiféminisme, le libertarianisme ou l’écologisme, contribuant à son intégration dans les discours et pratiques du quotidien (Prinz 2024; Campion 2023; Debras et Bouazza Léa 2024). Ce phénomène de banalisation a permis la diffusion des idées d’extrême droite dans des espaces auparavant éloignés de cette mouvance, comme la télévision publique, la presse et les réseaux sociaux (Dézé 2015). Ce qui était autrefois perçu comme marginal devient ordinaire, qu’il s’agisse de soutenir des idées d’extrême droite dans les urnes (Faury 2024) ou de consommer du contenu d’extrême droite en ligne (Schradie 2019). Cet atelier invite les chercheurs à examiner ces manifestations ordinaires de l’extrême droite, en s’intéressant aux phénomènes de normalisation, aux intersections idéologiques avec d’autres courants (féminisme, libéralisme, etc.), ainsi qu’aux formes d’expression de cette mouvance dans des espaces quotidiens comme l’école, le travail ou les loisirs. L’objectif est de contribuer à la littérature qui considère l’extrême droite comme un mouvement social étendu (Castelli Gattinara et Pirro 2019) ou un style de vie (Cammelli 2017), au-delà de ses expressions spectaculaires. Les propositions de communication peuvent également explorer les mécanismes de cette normalisation et le concept de radicalité dans les courants conservateurs et réactionnaires, en questionnant leur efficacité comme stratégie politique notamment à travers l’idée de métapolitique (Bures 2023).
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A5.1 || Panel 1 – Métapolitique, guerre culturelle et accélérationisme
21 mai 2025, 13h45 - 15h15 (Salle R-3570)Panel 1 – Métapolitique, guerre culturelle et accélérationisme
- Emmanuel Casajus (LCSP Paris VII) : De 1990 à aujourd’hui, comment la « contre-culture enracinée » de droite radicale s’est diffusée dans la société française ?
- Arnaud Miranda (CEVIPOF, Sciences Po) : De Deleuze à la néo-réaction : l’accélérationnisme hybride de Nick Land
- Angèl Sanchez Rodriguez (Université de Montréal) : Adaptation ? Manipulation ? Confusion ? Le cas de la « métapolitique » d’Alain de Benoist ou comment ne pas penser l’extrême droite
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A5.2 || Panel 2 – L’extrême droite en démocratie
21 mai 2025, 15h30 - 17h00 (Salle R-3570)Panel 2 – L’extrême droite en démocratie
- Pierre Camus (Nantes Université) : La formation comme outils de respectabilisation des élus locaux de l’extrême droite française
- François Debras (Université de Liège) : Le chant des sirènes : quand l’extrême droite parle de démocratie
- Luca Sollai (Université de Montréal) : S’adapter aux institutions : l’extrême droite italienne et l’Union européenne
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A5.3 || Panel 3 – Les nouvelles frontières idéologiques de l’extrême droite
22 mai 2025, 9h00 - 10h30 (Salle R-3570)Panel 3 – Les nouvelles frontières idéologiques de l’extrême droite
- Julien Giudicelli (Université de Bordeaux) : Extrêmes droites : substrats idéologiques
- Jean-Pierre Pichard-Stamford (Université de Bordeaux) : Extrêmes droites : instrumentalisation économique
- Samantha T. Simon (Université de Lorraine): L’extrême droite au secours des animaux, ou l’inverse ? Étude sur les rapports entre extrême droite et animalisme en Europe.
- Alexis St-Maurice (Centre international pour la prévention de la criminalité de Montréal): La Nouvelle Alliance : Jeunesse, Nationalisme Romantique et Stratégies de Respectabilité
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A5.4 || Panel 4 – Banalisation de l’extrême droite en contexte numérique et médiatique
22 mai 2025, 10h45 - 12h15 (Salle R-3570)Panel 4 – Banalisation de l’extrême droite en contexte numérique et médiatique
- David Grondin (Université de Montréal) : Décortiquer la normalisation et le mainstreaming d’une idéologie fasciste avec le retour de Donald Trump à la présidence et le discours nationaliste MAGA: analyse des décisions exécutives, des tactiques médiatiques et des stratégies politiques de l’administration Trump pour redéfinir le gouvernement fédéral américain
- Benjamin Tainturier (Médialab, Sciences Po Paris) : Vers un front anti-gauche ? « Islamo-gauchisme », « wokisme » et « cancel culture » dans la normalisation de l’extrême droite.
- Maryse Potvin (UQAM), Convergences populistes et conspirationnistes dans les discours de trois groupes identitaires québécois et du chroniqueur Mathieu Bock-Côté sur la loi 21 et le racisme systémique.
- Emilie El Khoury (Queen’s University) & Luc Cousineau (UQAM) : Quand des idéologies extrémistes dérapent vers la violence : Une analyse anthropologique.
A6 || Pouvoirs locaux et participation citoyenne
Responsables :
- Geoffrey Grandjean (Université de Liège et École de droit de Sciences Po Paris)
- Caroline Patsias (Université du Québec à Montréal)
- Vincent Aerts (Université de Liège)
- Loïc Perrin (Fonds national de la Recherche scientifique Université de Liège)
Type d’activité : Atelier
Section thématique : Politiques et administrations publiques, Politiques locales et urbaines
Horaire et salle :
- A6.1 : 21 mai 2025, 13h45 – 15h15 (Salle R-3540)
- A6.2 : 21 mai 2025, 15h30 – 17h00 (Salle R-3540)
Résumé : Dans un contexte de méfiance envers les institutions, différents acteurs revendiquent une participation accrue des citoyens à la prise de décision politique. Ce tournant participatif et délibératif de l’action publique se concrétise notamment au niveau local, ce dernier étant souvent considéré comme un laboratoire de la démocratie. En effet, les expériences participatives et délibératives – telles que les assemblées citoyennes, les mini-publics, les consultations populaires et les budgets citoyens – se multiplient, et redéfinissent le lien entre les élus politiques, l’administration et les citoyens. Dans ce contexte, le discours sur le concept de gouvernance joue un rôle central : il attribue aux représentants politiques la fonction de médiateur entre différentes parties prenantes (administration, citoyens, société civile) visant une co-construction des politiques publiques. Toutefois, derrière ce discours, les dispositifs participatifs au niveau local sont-ils réellement vecteurs d’une ouverture de la prise de décision aux citoyens ? En s’intéressant à différentes expérimentations concrètes de participation citoyenne, nous cherchons à analyser les reconfigurations du lien entre représentants politiques et citoyens. L’objectif de cet atelier est d’appréhender ces expériences de participation citoyenne en mobilisant une approche critique. Nous cherchons à comprendre en quoi consistent ces dispositifs et comment ils sont utilisés par les citoyens et les élus. Nous étudions les motivations qui les poussent à s’engager dans de telles expériences, et la répartition concrète du pouvoir de décision entre élus et citoyens. Finalement, nous nous intéressons aux conséquences et impacts concrets de ces dispositifs sur l’action publique locale, et au regard que les citoyens portent sur les expériences participatives à l’issue du processus.
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A6.1 || Panel 1 : les citoyens face aux institutions politiques
21 mai 2025, 13h45 - 15h15 (Salle R-3540)Panel 1 : les citoyens face aux institutions politiques
- Jessy Bailly (Institut Catholique de Paris) : « L’OCDE, l’UE et la démocratie délibérative au local »
- Clément Bourdeau (Université Laval) : « La participation politique des individus en situation de pauvreté socio-économique »
- Assma Ahmyiane (Rabat Social Studies Institute) : « La participation citoyenne et les pouvoirs locaux au Maroc : En quête d’une démocratie participative »
- Issaadi Abdelghani (Université Paris VIII) : « L’impact des réseaux sociaux sur la participation citoyenne au pouvoir local : le cas de Bouandas »
- Marie Zegierman-Gouzou (Université Lumière Lyon 2) : « La production d’un militantisme respectable en contexte participationniste »
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A6.2 || Panel 2 : faire dialoguer les participations thématiques locales
21 mai 2025, 15h30 - 17h00 (Salle R-3540)Panel 2 : faire dialoguer les participations thématiques locales
- Andréanne Gadbois (Université Laval) et Denis Savard (Université Laval) : « La répartition du pouvoir entre les acteurs des instances de gouvernance des centres de services scolaires au Québec »
- Margot Heyman (Université de Mons) et Loredana Cultrera (Université de Mons) : « Entre engagement et hésitation : l’investissement des Belges dans le coopératif »
- Christian Mushagalusa Nkunzi (Collège Boreal) : « Le transfert et la réception des instruments d’action publique dans les administrations publiques africaines : une étude de cas du budget participatif en République démocratique du Congo »
- Maxime Poirion (Université de Lille) : « Une “innovation démocratique” au service de la participation citoyenne à la transition énergétique ? Le cas d’une “société citoyenne” dans le nord de la France »
A7 || Politique(s) et santé : transformation des discours et de l’action publique depuis la pandémie de COVID-19
Responsables:
- Carole Clavier, (Université du Québec à Montréal)
- Elisabeth Martin (Université Laval)
Type d’activité : Atelier
Section thématique : Politiques et administrations publiques, Médiatisation et communication politiques
Horaire et salle :
- A7.1 : 22 mai 2025, 13h45 – 15h15 (Salle R-3570)
- A7.2 : 22 mai 2025, 15h30 – 17h00 (Salle R-3570)
Résumé : En 2020, la pandémie de COVID-19 a propulsé la santé et la maladie au cœur de toutes les sphères de la vie quotidienne des citoyens, tout en devenant la préoccupation-clé de tous les secteurs de l’action publique. Au-delà des soins de santé nécessaires au traitement de la COVID-19, le revenu disponible, les conditions de logement, l’éducation, les interactions sociales et les habitudes de vie ont aussi clairement montré leurs incidences sur la gestion de la pandémie. Ainsi, l’ensemble de la société a découvert ce que les spécialistes savaient déjà : les inégalités dans une société expliquent davantage les inégalités de santé entre des groupes de population que les soins. Les politiques des différents paliers de gouvernement adoptées dans l’urgence ont reflété, avec des effets certes mitigés, l’importance de ces déterminants avec des prestations financières spéciales, l’aménagement des espaces publics ou encore des changements dans l’organisation du travail.
Cinq plus tard, nous proposons de revenir sur les liens entre santé et politique(s), en tenant compte des transformations du contexte dans lequel ils se déploient, tels que la polarisation, la perte de confiance envers les institutions publiques, l’inflation, l’évolution des valeurs sociales ou la croissance des inégalités. Comment médias, citoyens ou acteurs politiques parlent-ils de santé, que ce soit dans les premiers mois de la pandémie ou aujourd’hui? Les mécanismes de concertation entre le fédéral, les provinces et les territoires ont-ils facilité la prise en compte de la santé dans les institutions de divers secteurs d’action publique? Les rapports de pouvoir entre le gouvernement provincial, les fédérations médicales et les autres acteurs du système de santé permettent-ils d’accorder une plus grande place à la prévention? Cet atelier invite des communications portant sur deux axes principaux, soit : 1) les changements des façons de parler de la santé dans l’espace public et politique, et 2) les changements des façons d’agir pour ou sur la santé des populations. Les contributions peuvent être empiriques ou théoriques. Elles peuvent aussi porter sur la façon dont la science politique s’est saisie de ces phénomènes.
Axe 1. Les politisations de la santé
Cet axe rassemble des communications sur les liens entre la santé et la politique (politics), à partir de réflexions sur la place et le sens de la santé dans les campagnes électorales ou dans les discours d’élus, de groupes d’intérêt, d’experts, etc. Par exemple, comment parle-t-on de santé dans la sphère publique, les médias ou dans les assemblées élues? Observe-t-on une politisation partisane plus importante autour des enjeux liés aux soins et à la santé?
Axe 2. Les transformations de l’action publique en santé
Cet axe rassemble des communications sur les liens entre la santé et les politiques (policy), à partir d’analyses du rôle des « nouveaux » acteurs de la santé (municipalités, patients partenaires, etc.), de l’intégration de la santé dans différents secteurs d’action publique ou des réformes du système de santé et services sociaux (par exemple le projet de loi 15 créant l’agence Santé Québec).
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A7.1 || Axe 1. Les politisations de la santé
22 mai 2025, 13h45 - 15h15 (Salle R-3570)Axe 1. Les politisations de la santé
- Morgane Gabet et Alexie Kim : Réformes de l’organisation de l’accès aux soins en santé mentale depuis la COVID-19 : quelle place pour l’équité ?
- Tania Gosselin et Carole Clavier : Les formes de la politisation de la COVID-19 dans les médias sociaux.
- Alizée Pillod, Antoine Lemor et Matthew Taylor : Le cadrage des effets sur la santé des changements climatiques dans les médias écrits canadiens reflète-t-il les divisions linguistiques et régionales ?
Réformes de l’organisation de l’accès aux soins en santé mentale depuis la COVID-19 : quelle place pour l’équité ?
Morgane Gabet, professeure adjointe, École de santé publique – Département de gestion, d’évaluation et de politique de santé, Université de Montréal
Alexie Kim, doctorante, École de santé publique – Département de gestion, d’évaluation et de politique de santé, Université de MontréalAssurer un accès équitable aux services de santé mentale est essentiel pour garantir une société en bonne santé sur le long terme. En plus des déterminants sociaux, tels le niveau de revenu, l’éducation, ou le logement, divers déterminants structurels ont un impact majeur sur les résultats de santé des communautés. Parmi ceux-ci, les politiques publiques, leur élaboration et leur implantation, demeurent des éléments peu étudiés. Il existe pourtant des standards scientifiques et bonnes pratiques pour guider les politiques publiques de santé dans une perspective d’équité, même si ceux-ci sont dans une moindre mesure appliqués à la santé mentale. Au Québec, le manque de transparence et de documentation de ces processus empêche leur évaluation selon ces références établies, freinant ainsi leur amélioration et limitant les résultats de santé – ici l’accès aux soins de santé mentale – pour la population. Cette étude propose ainsi l’analyse comparée des discours en matière d’équité de trois politiques publiques visant une réforme majeure de l’organisation de l’accès aux soins en santé mentale au Québec, soient le Plan d’action interministériel en santé mentale (2022-2018), le Programme québécois pour les troubles mentaux (2021) et le Cadre de référence sur les mécanismes d’accès en santé mentale (2022). Une hypothèse majeure est qu’il existe une certaine convergence des discours d’équité dans les trois politiques, mais que les pratiques prescrites varient grandement. Aussi bien dans les discours que dans les pratiques prescrites, l’équité verticale (allocation de ressources supplémentaires aux groupes les plus en difficulté) semblerait être moins considérée que l’équité horizontale (accès égal pour des besoins similaires). Analyser rétrospectivement les processus d’élaboration des politiques publiques de santé mentale, en particulier leurs discours et pratiques prescrites, permet de mieux comprendre les logiques aboutissant à l’organisation des soins dans un système donné et ultimement améliorer ce dernier dans une perspective d’équité.
Les formes de la politisation de la COVID-19 dans les médias sociaux
Tania Gosselin, professeure, département de science politique, UQAM
Carole Clavier, professeure, département de science politique, UQAMAu Canada et au Québec, la pandémie et les mesures sanitaires ont donné lieu à un rare moment de consensus interpartisan (Merkley et al., 2020). Les critiques, qu’elles proviennent des partis d’opposition ou d’ailleurs, sont perçues comme pouvant miner le leadership nécessaire à la bonne gestion de la crise (voir Laflamme et al. 2023). Ce relatif consensus est toutefois d’une durée limitée et, surtout, il ne freine pas les discussions sur les médias sociaux face aux mesures gouvernementales telles que le confinement, le passeport vaccinal, le couvre-feu, la fermeture des écoles, etc. Les interactions et rapports de pouvoir entre les acteurs politiques (premiers ministres, ministres de la Santé) et les directeurs nationaux de santé publique alimentent aussi un questionnement sur la politisation de la pandémie et de l’expertise (MacAuley et al., 2021).
La définition de la politisation ne fait pas consensus. Au-delà d’une certaine saillance dans la sphère publique, la politisation est souvent pensée comme l’association d’un enjeu avec des acteurs et des institutions liés au gouvernement ou au système partisan (Zhou, 2023). Dans d’autres travaux, la politisation correspond plutôt à la problématisation d’enjeux et de solutions collectifs (Hamidi 2023), autant par les citoyens que les acteurs de la sphère politique dite « traditionnelle ».
Cette communication se penche sur la forme que prend la politisation de la pandémie dans les médias sociaux au Québec à partir de l’analyse d’un échantillon de publications utilisant les mots-clés #covid19quebec ou #covid19qc tirées de Twitter (désormais X) entre avril 2020 et mai 2021. Elle explore les liens entre les thèmes de la pandémie (mesures gouvernementales, leadership, statistiques, etc.), les publics concernés par les mesures gouvernementales (familles et enfants, personnels du réseau de la santé, etc.), les émetteurs des tweets (citoyens, journalistes, etc.) et les acteurs considérés comme responsables, en particulier le gouvernement et la santé publique.
Le cadrage des effets sur la santé des changements climatiques dans les médias écrits canadiens reflète-t-il les divisions linguistiques et régionales ?
Alizée Pillod, Antoine Lemor, et Matthew Taylor
Doctorant.es, département de science politique, Université de MontréalCet article explore comment les changements climatiques sont représentés dans la presse écrite francophone et anglophone à travers le Canada. Les médias jouent un rôle clé dans la formation de l’opinion publique et l’influence des agendas politiques. La manière dont les changements climatiques sont cadrés dans les médias affecte donc la compréhension publique de la question ainsi que les solutions politiques proposées pour y remédier. Pourtant, les recherches précédentes ont accordé peu d’attention aux variations de couverture en fonction des provinces et des langues. Notre article vise à clarifier cette problématique. En nous appuyant sur une base de données pancanadienne inédite de plus de 17 000 articles de presse issus des 20 plus grands quotidiens du pays (couvrant la période de 2000 à aujourd’hui), nous utilisons des techniques d’apprentissage automatique — entraînées sur plus de 3 000 annotations manuelles — pour détecter les cadrages médiatiques, entre autres catégories. D’une part, nous mettons en évidence des preuves substantielles de similitudes et de différences à travers la fracture linguistique. Alors que les changements climatiques sont principalement cadrés comme une question politique dans tout le pays, les médias francophones présentent souvent cette problématique sous un angle économique, tandis que les médias anglophones ont tendance à en souligner davantage les aspects scientifiques. Les cadrages émergents, comme celui décrivant les effets des changements climatiques sur la santé, peinent à se faire une place. Bien que ce dernier soit utilisé plus fréquemment dans les dernières années, nos résultats indiquent, par exemple, que le cadrage santé demeure sous-représenté à l’échelle du pays, que ce soit dans les médias anglophones ou francophones. D’autre part, nous observons également des différences substantielles dans la couverture entre les journaux francophones situés au Québec et ceux situés hors du Québec, notamment en ce qui concerne la mobilisation des cadrages politique, économique et de justice sociale. Cela souligne que le contexte régional, en plus de la langue, peut jouer un rôle significatif.
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A7.2 || Axe 2. Les transformations de l’action publique en santé
22 mai 2025, 15h30 - 17h00 (Salle R-3570)Axe 2. Les transformations de l’action publique en santé
- Geneviève David et Audrey L’Espérance : La participation citoyenne dans les politiques publiques de santé.
- Alexie Kim et Morgane Gabet : Organisations frontières et intégration de l’expérience vécue dans l’élaboration des politiques de santé relatives à la dépendance : de « nouveaux » acteurs dans le Plan d’action interministériel sur les dépendances du Québec (2018-2028) ?
- A. Dadly Borvil et al : Enjeux de pérennisation des initiatives intersectorielles mises en place pendant la pandémie COVID-19 pour répondre aux besoins des migrants vulnérables à Montréal, Sherbrooke et Toronto (projet RÉAC)
La participation citoyenne dans les politiques publiques de santé
Geneviève David, Directrice Centre d’excellence sur le partenariat avec les patients et le public, Carrefour de l’innovation, Centre de recherche du CHUM et doctorante en administration publique, École nationale d’administration publique
Audrey L’Espérance, Professeure adjointe en gestion de la santé et des services sociaux, École nationale d’administration publiqueContexte. La participation citoyenne à la santé et services sociaux, que ce soit dans les soins, la recherche ou les organisations, a évoluée et changée de formes au cours des dernières décennies. L’Organisation mondiale de la santé affirme le « droit et le devoir des individus de participer individuellement et collectivement à la planification et à la mise en œuvre de leurs soins de santé ». Face à diverses crises qu’a connus nos systèmes de santé, plusieurs mouvements sociaux ont exigé une approche plus démocratique de la santé et l’inclusion des personnes concernées par les décisions. Ainsi, une évolution s’est opérée vers une gouvernance participative et l’émergence d’un nouvel acteur : le patient partenaire. Cette participation a permis d’améliorer la qualité de la recherche en santé, des soins de santé et des interventions de santé publique.
Problématique. Une littérature croissante s’est développée sur la participation citoyenne en santé. Cependant, cette participation n’est pas uniforme, reste quelques fois ad hoc et s’actualise parfois par une loi, un cadre de référence ou une directive formelle et à d’autres moments s’opérationnalise seulement par des pratiques. Il existe une multitude d’approches à la participation citoyenne en santé au Québec et il n’y a pas de consensus clair sur les principes, méthodes, moments et objectifs de cette participation. Ainsi, l’objectif de cette étude est de décrire les pratiques de participation citoyenne en santé et services sociaux telles qu’elles sont présentées et explicitées dans les lois, les documents officiels des ministères et organismes publics et les politiques organisationnelles produites par les bureaux de partenariat des établissements de santé du Québec.
Méthodologie. Cette étude est une analyse des politiques publiques qui repose sur une analyse documentaire. Nous avons analysé les approches de participation citoyenne dans les lois de la santé, les plans d’action, cadres de référence, politiques, et stratégies de santé des ministères et organismes, et bureaux de partenariat des établissements de santé du Québec. Dans l’analyse, nous nous sommes intéressés au vocabulaire de la participation citoyenne en termes de niveau de participation (information, consultation, collaboration, partenariat, délégation) et de désignation des acteurs (patients, usagers, proches aidants, citoyens) à travers le temps.
Résultats. Cette étude offre une analyse approfondie de l’état de l’art sur la participation citoyenne en santé et services sociaux dans les politiques publiques québécoises. De plus, cette étude fourni une liste de suggestions pour les recherches futures.
Enjeux de pérennisation des initiatives intersectorielles mises en place pendant la pandémie COVID-19 pour répondre aux besoins des migrants vulnérables à Montréal, Sherbrooke et Toronto (projet RÉAC)
Dadly Borvil*, Ibrahima Diallo, Bessiranthy Armel Ouffouet, Carly Jackson, Shinjini Mondal, Erica Di Ruggiero, Nassera Touati, Lara Gautier
*Stagiaire postdoctorale, École nationale d’administration publiquePendant la pandémie de COVID-19, différentes instances de collaboration intersectorielles réunissant des acteurs institutionnels et communautaires ont été créées pour faire face à la détérioration des conditions de vie des migrants vulnérables (des réfugiés, les demandeurs d’asile et les migrants sans statut), à travers des initiatives intersectorielles. Ces instances de collaboration avaient à prendre des décisions importantes quant au type d’initiatives à prioriser dans cette période d’urgence et d’incertitudes pour répondre adéquatement aux nouveaux besoins des migrants.
Le projet de recherche RÉAC ! consistait en une étude de cas multiples (1 cas = 1 initiative de collaboration intersectorielle) à Montréal, Sherbrooke et Toronto. L’objectif de cette sous étude était: a) de vérifier si la pandémie de COVID-19 a modifié les inégalités de pourvoir habituellement observées dans les instances de collaboration intersectorielles et b) d’analyser de manière prospective dans quelle mesure ces inégalités peuvent faciliter ou contraindre la pérennisation des initiatives intersectorielles mises en place pendant la pandémie. Nous avons collecté des données auprès de 82 personnes (intervenants et gestionnaires des secteurs publics et communautaires, agents de services publics et bailleurs de fonds). Les résultats ont démontré que des efforts ont été faits pour équilibrer les relations entre les acteurs dans les moments les plus critiques de la pandémie. Cependant, ces efforts ont été temporels et, dans un certain sens, ont conduit à l’affaiblissement du pouvoir communautaire. Il ressort également que les inégalités de pouvoir récurrentes peuvent faire obstacle à la pérennisation des initiatives. Ces relations inégalitaires se manifestent à la fois dans les institutions publiques (entre gestionnaires et intervenants), dans le choix des priorités et sur le terrain (entre intervenants du public et du communautaire).
Organisations frontières et intégration de l’expérience vécue dans l’élaboration des politiques de santé relatives à la dépendance : de « nouveaux » acteurs dans le Plan d’action interministériel sur les dépendances du Québec (2018-2028) ?
Alexie Kim, doctorante, École de santé publique – Département de gestion, d’évaluation et de politique de santé, Université de Montréal
Morgane Gabet, professeure adjointe, École de santé publique – Département de gestion, d’évaluation et de politique de santé, Université de MontréalLes organisations frontières jouent un rôle clé dans l’application et la mobilisation des connaissances et fournissent un espace institutionnel pour le travail collaboratif et intersectoriel dans l’élaboration des politiques publiques. Ce travail inclut souvent l’engagement de groupes faisant partie de populations dites vulnérables, ainsi que la synthèse de divers types de données, y compris l’expérience vécue de personnes concernées par les problématiques mises à l’agenda dans ces politiques. Bien que l’activité de ces organisations frontières et l’engagement des personnes ayant une expérience vécue soient largement encouragés dans le domaine de la santé mentale et de la dépendance, peu d’études évaluent la portée réelle de ces « nouveaux acteurs » dans les discours des politiques. Ce projet vise ainsi à documenter les acteurs des organisations frontières et leurs rôles dans le Plan d’action interministériel sur les dépendances du Québec (2018-2028). À partir d’une analyse de discours de la politique appuyée par un focus group (n=10) avec des membres des organisations frontières citées dans le plan, cette étude descriptive documentera la participation et les expériences d’acteurs non traditionnellement impliqués dans l’élaboration des politiques publiques, notamment ceux ayant une expérience vécue en dépendance. Des hypothèses concernant les écarts entre les discours et les pratiques seront également formulées à partir des cadres théoriques liés à l’engagement et les processus de consultation utilisés en santé publique. Alors que de nombreux acteurs se mobilisent pour une plus grande cohérence et pertinence des interventions en matière de dépendance au Québec, il est essentiel de mieux comprendre les discours et les pratiques supposées par lesquels les savoirs de certains acteurs non-traditionnels dans l’élaboration des politiques publiques sont intégrés et négociés.
A8 || L’Université comme espace de production et de résistance à la colonialité du savoir
Responsables :
- Dimitri M’bama, (INRS et CAPED)
- Missila Izza (candidate au programme de doctorat en science politique à l’UdeM)
Type d’activité : Atelier
Section thématique : Théories et pensées politiques
Horaire et salle :
- A8.1 : 22 mai 2025, 9h00 – 10h30 (Salle DS-1520)
- A8.2 : 22 mai 2025, 10h45 – 12h15 (Salle DS-1520)
- A8.3 : 22 mai 2025, 13h45 – 15h15 (Salle DS-1520)
- A8.4 : 22 mai 2025, 15h30 – 17h00 (Salle DS-1520)
- A8.5 : 23 mai 2025, 9h00 – 10h30 (Salle DS-1520)
- A8.6 : 23 mai 2025, 10h45 – 12h15 (Salle DS-1520)
- A8.7 : 23 mai 2025, 13h45 – 15h15 (Salle DS-1520)
- A8.8 : 23 mai 2025, 15h30 – 17h00 (Salle DS-1520)
Résumé : Les sciences ont été un facteur important du colonialisme. En développant des méthodes de travail et cadres d’analyse ethnocentrés, elles ont contribué à objectifier les populations du « Sud Global » et à disqualifier des savoirs jusque-là considérés comme légitimes (Mudimbe 2021). Leur participation à la diffusion de l’idéologie raciste constitue également aujourd’hui un fait bien documenté (Guillaumin 2002). En tant qu’espace de production des connaissances, l’université a donc constitué une institution de pouvoir stratégique, qui a construit et pérennisé l’hégémonie de l’Occident au fil du temps (Foucault 1976). Les injustices épistémiques (Fricker 2009), ainsi que l’instrumentalisation des discours subalternes (Spivak 2009) témoignent de leur côté d’un « temps long » de la colonisation, perceptible à travers un ensemble de mécanismes de domination qui continuent de se perpétuer en son sein. A contrario, les dernières années ont aussi vu l’émergence de programmes de recherche qui ne se contentent pas uniquement de remettre en cause les “points de vue” dominants (Haraway 1988), mais qui critiquent aussi les conditions de formation du savoir scientifique, laissant envisager la possibilité de transformations d’ampleur (Harding 2023 ; Collins 2021). D’où les questions générales que nous placerons au centre de cet atelier : en tant qu’institution entretenant des liens avec les états coloniaux (financements, partenariats, recherche), l’université peut-elle être subvertie? Quelles “tactiques” (Certeau 1990) ou “guerre de position” (Gramsci 2021) mettre en place pour faire de celle-ci un lieu d’émancipation? Et comment abolir la frontière artificielle entre “savant” et “politique” qui continue à dissimuler la responsabilité sociale des chercheur.se.s (Weber, 1919) ?
Plusieurs enjeux pourront être soulevés au cours de cette journée : entre autres, la relation entre sciences sociales et colonialisme, c’est-à-dire les différentes manières dont le “suprémacisme blanc” (Mills 2023) s’est matérialisé à travers les disciplines philosophiques, historiques, anthropologiques, ethnologiques ou encore sociologiques ; la nécessité de bâtir des “contre-épistémologies” ou épistémologies alternatives, susceptiblesde renverser les modes classiques de formation de la connaissance (Dussel 2023 ; Ajari 2021) ; la question de la positionnalité et ses implications éthiques, englobant par exemple le rapport entre recherche et engagement militant (Coulthard 2018) ; les possibilités d’alliance – ou au contraire de rupture – entre théories critique, post-coloniale, décoloniale, féministe et queer (Thiam 2024); la mise en place de dispositifs d’enseignement en dehors de l’académie, par exemple fondés sur des modèles de démocratie radicale ou de co-construction des savoirs ; enfin, et de façon plus large, le rôle ambigu de l’université, qui paraît aussi bien pouvoir servir à la reproduction d’idéologies conservatrices qu’à de profonds changements structurels (Chamayou 2018). En définitive, cet atelier offrira l’occasion à des chercheur.se.s de différent.e.s disciplines d’envisager leurs pratiques sous un angle réflexif, et de réfléchir à des moyens de mettre en échec la “colonialité du savoir” (Mignolo 2011).
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A8.1 || Panel 1 – L’université comme machine impériale
22 mai 2025, 9h00 - 10h30 (Salle DS-1520)Panel 1- L’université comme machine impériale
- Cloaking Racial Violence: Black Enslavement in the McGill Household & the Ethics in Responsible History-Making, par Melissa N. Shaw (McGill University)
- « Colonisation = chosification » : les sciences sociales comme disciplines de production de l’altérité, par Dimitri M’bama (INRS)
- L’université entre reproduction des inégalités et moteur de transformation sociale, par Liza Bouchebbah (INRS)
- Les pratiques quotidiennes qui perpétuent la colonialité du savoir, par Evens Mensah Ouvor (UQAM)
Cloaking Racial Violence: Black Enslavement in the McGill Household & the
Ethics in Responsible History-Making, par Melissa N. Shaw (McGill University)
Résumé. When James McGill died in 1813, he bequeathed 10,000 pounds and his summer home in Montréal towards founding McGill College, officially established in 1821. However, McGill’s triumphant history as a world-renowned university dramatically changes when we account for the fact that its founder, James McGill, a lauded fur trader, merchant, politician, and philanthropist, was an enslaver. This paper critically examines the irresponsible historiography that has failed to acknowledge the prevalence of slavery in Montréal and has adopted a complacent tone in the historiography of Black slavery in the McGill household. It is crucial to acknowledge the history of enslavement, as it continues to shape anti-Black racism in scholarship and the context of Black survival modalities in early Canada.
Biographie. Dr. Melissa N. Shaw is an Assistant Professor in McGill University’s Department of History and Classical Studies, specializing in Black Canadian and Black North American history. Her work, which has been published in esteemed journals such as the Journal of African American History, Histoire Sociale/Social History, and Race & Class, is at the forefront of academic research on Black Canadian history. Her first monograph, tentatively entitled Unblemished Citizenship:Black Canadian Women’s Fight for Racial Justice, 1S1S-1S3S, is a ground-breaking chronicle of the largely unknown story of women’s activism in Ontario during the tumultuous interwar years. Unblemished Citizenship argues that women’s race politics centred on establishing the interpersonal relationships necessary for ethnically diverse Black people to see themselves as a collective that could work together to develop new political strategies to fight anti-Black racism in Canada.
« Colonisation = chosification » : les sciences sociales comme disciplines de production de l’altérité, par Dimitri M’bama (INRS)
Biographie : Dimitri M’Bama est chercheur en science politique. Ses travaux actuels portent sur les techniques mises en place par les populations colonisées pour combattre le capitalisme racial. Son travail de thèse s’était auparavant penché sur le thème de la résistance individuelle au sein de la philosophie européenne, avec la volonté de critiquer les mécanismes d’oppression classistes, racistes et sexistes constitutifs de la société néolibérale.
L’université entre reproduction des inégalités et moteur de transformation sociale, par Liza Bouchebbah (INRS)
Résumé. Dans le cadre de cet atelier, je souhaite explorer comment l’université peut, d’une part, reproduire des idéologies conservatrices et, d’autre part, catalyser des changements structurels profonds (Giroux, 2006). Mon intervention s’appuiera sur mon expérience personnelle en France et au Canada, ainsi que sur mes recherches portant sur l’inclusion sociale dans l’espace urbain. Je propose d’examiner les biais des études en urbanisme, souvent focalisées sur des enjeux techniques comme la mobilité et les infrastructures, tout en négligeant des perspectives essentielles liées à la cohabitation sociale dans l’urbain. Ces perspectives incluent des dimensions telles que la race, l’ethnicité et les identités culturelles (Dorais, 2020). Cette marginalisation peut être attribuée à l’homogénéité des corps professoraux – à dominance blanche –, et plus profondément, au tabou persistant autour des études critiques, notamment celles portant sur l’esclavage transatlantique et ses répercussions contemporaines (idem). De plus, les programmes universitaires mettent fréquemment en avant des perspectives occidentales, invisibilisant ainsi les savoirs issus de cultures non occidentales (Eadie, Fardin, Solbiac, 2011). Au Canada, par exemple, la sous-représentation des personnes autochtones et racialisées dans le corps professoral (Statistique Canada, 2021) limite la diversité des approchesenseignées. Par ailleurs, il convient de souligner que l’université, au-delà de son rôle detransmission de savoirs idéologiques, reflète souvent des dynamiques de lutte des classes (Reay, Crozier, Clayton, 2009). Elle tend à reproduire les hiérarchies sociales, notamment en favorisant les élites dominantes. Des facteurs tels que les frais de scolarité élevés ou les défis financiers et culturels rencontrés par les étudiants issus de milieux modestes renforcent ces inégalités (Marginson, 2016). Cependant, je tiens également à mettre en avant le potentiel transformateur de l’université. Celle-ci peut devenir un espace de contestation en intégrant des savoirs marginalisés et des perspectives critiques (Giroux, 2006). Les approches décoloniales et les études critiques sur la race, bien que minoritaires, constituent des outils essentiels pour déconstruire les idéologies dominantes et promouvoir une véritable inclusion sociale (Dorais, 2020; Eadie, Fardin, Solbiac, 2011). Mon intervention visera ainsi à initier un dialogue autour de ces enjeux, en mobilisant des exemples concrets et des références académiques, tout en appelant à une réflexion sur le rôle de l’université
dans une société aspirant à une justice sociale et épistémique.
Les pratiques quotidiennes qui perpétuent la colonialité du savoir, par Evens
Mensah Ouvor (UQAM)
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A8.2 || Panel 2. La question africaine(s)
22 mai 2025, 10h45 - 12h15 (Salle DS-1520)Panel 2. La question africaine(s)
- Enseigner les féminismes d’Afrique. Une remise en question des discours homogénéisant les luttes pour les droits des femmes, par Désirée Deneo (INRS)La décolonisation des savoirs est-elle possible dans les universités africaines ? par Ernest-Marie Mbonda (UMoncton, UQTR, UQAM)
- De quoi la qualification du rejet de la politique française de l’Afrique comme un « sentiment » est-il le nom dans les milieux universitaires? Par Julio César Dongmo (Université de Montréal)
- L’influence du colonialisme sur l’émergence des droits africains, par Jonathan Kayembe (Université de Kinshasa)
Enseigner les féminismes d’Afrique. Une remise en question des discours homogénéisant les luttes pour les droits des femmes, par Désirée Deneo (INRS)
Résumé. Dispenser un cours sur les féminismes d’Afrique pendant l’hiver 2023 à l’École d’Innovation Sociale Elisabeth Bruyère et à l’Institut Universitaire d’Abidjan au printemps 2024 a été un moyen de présenter la pensée féministe africaine noire quasi absente des études féministes et de décrire la réalité de la femme africaine longtemps réduite dans l’imaginaire occidentalo-européen comme celle qui subit et qui est restée en dehors des luttes pour les droits des femmes. Ce cours a consisté à regarder autrement la situation des femmes africaines en amenant du point de vue historique les figures féminines africaines noires qui se sont opposées à la colonisation (Vidovich 2013), mais surtout à présenter l’évolution des luttes féminines africaines et la construction des féminismes africains. En faisant lire des livres tels que La parole aux négresses d’Awa Thiam (1978) ou encore des écrits récents tels que Les traditions prétextes de Constance Yaï (2014) et Féminismesafricains de Rama Salla Dieng (2021) aux étudiant.es, il était question de bousculer leurs perceptions et leurs connaissances sur la femme africaine noire. Ce cours s’est voulu interactif et engagé en ce sens où, le long du trimestre, plusieurs militantes féministes et professeures africaines ont été invitées pour partager leurs expériences et la réalité de leur engagement et de leurs recherches avec les étudiant.es. À travers cette présentation, il sera question non seulement de montrer comment un cours sur les féminismes d’Afrique donné par deux enseignant.e.s afrodescendant.e.s a contribué à produire un autre modèle de savoir à l’École d’Innovation Sociale Elisabeth Bruyère d’une part, et de présenter d’autre part comment il a bousculé le département de Science Politique de l’Institut Universitaire d’Abidjan dominé par des hommes en devenant le premier cours sur le féminisme dans le monde universitaire ivoirien.
Biographie. Désirée Deneo est doctorante en Études Urbaines à l’Institut National de la Recherche Scientifique à Montréal. Ses travaux portent sur les femmes dans les villes frontalières de l’espace du Mano River. Militante féministe, elle est cofondatrice et Secrétaire Générale de La Ligue Ivoirienne des Droits des Femmes, première organisation féministe de Côte d’Ivoire. Elle est la première enseignante à dispenser des cours sur les féminismes africains en Côte d’Ivoire. Elle se définit comme une féministe africaine intersectionnelle.
La décolonisation des savoirs est-elle possible dans les universités africaines ? par Ernest-Marie Mbonda (UMoncton, UQTR, UQAM)
Résumé. La thématique de la décolonisation des curricula est de plus en plus présente dans les réflexions sur la décolonisation des savoirs. Des auteurs comme Ramon Grosfoguel par exemple utilisent la notion de « Westernized universities » plutôt que celle d’« universités africaines » qui, au regard de la place qu’y occupent les programmes occidentaux, ne serait qu’un euphémisme. À partir de cette donnée, je voudrais soulever les deux questions suivantes : 1/ Les institutions scientifiques africaines jouent-elles un rôle dans la décolonisation des savoirs? 2/ Si elles ne le font pas, devraient-elles le faire? La première question renferme la difficulté à établir les indicateurs de la décolonisation des savoirs, ce qui suppose que soit clarifiée la signification de ce concept. Or celle-ci n’est pas aussi univoque qu’elle paraît. La seconde question est normative, puisqu’il y s’agit d’un devoir-être, ce qui suppose aussi que l’on puisse établir la validité d’une telle norme. Sur ce point non plus, la réponse ne va pas de soi L’objectif de cette présentation sera d’examiner cette double difficulté.
Biographie. Ernest-Marie Mbonda est professeur de philosophie au Cégep de Sherbrooke. Il est par ailleurs professeur associé à l’Université de Moncton, à l’UQAR et l’UQAM où il enseigne l’éthique, la philosophie sociale et politique et la philosophie africaine. Il a publié un certain nombre d’ouvrages, dont Pouvoir, droits et justice en Afrique. Essais de philosophie politique appliquée (L’Harmattan, 2024), et Une décolonisation de la pensée. Études de philosophie afrocentrique (Sorbonne Université presses, 2021).
De quoi la qualification du rejet de la politique française de l’Afrique comme un « sentiment » est-il le nom dans les milieux universitaires? Par Julio César Dongmo (Université de Montréal)
Résumé. Accusée de pratiques néocoloniales, la France est particulièrement visée dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne. Dans une logique d’invisibilisation voire de discrédit des griefs soulevés par les néo-panafricanistes, la rhétorique politico-médiatique française associe cette dynamique à un « sentiment anti-français ». Et à l’observation, cette terminologie est parfois reprise sans réelle remise en question dans certains contenus publiés dans les revues supposées scientifiques ou dans des supports documentaires associés aux instituts universitaires. Je soutiens que cette posture voulue ou inconsciente est doublement problématique. Tout d’abord, ce qui se joue n’est pas de l’ordre du sentiment, ce dernier saisi comme quelque chose qui relève de l’émotion et de l’intuition, mais de l’ordre de la réalité, c’est-à-dire, du rejet ou du refus de la politique française de l’Afrique. Et comme les politiques, en assimilant le rejet ou le refus au sentiment, l’on procède à un étirement conceptuel, avec le risque de contribuer à construire des « vérités » en réalité sous-tendues par une distorsion avec les réalités. Enfin, une telle appropriation de la notion renforce une réalité universitaire qui a contribué à perpétuer les préjugés sur les dynamiques africaines : l’ouverture des supports de publication des analyses universitaires aux politiciens et une politisation des intellectuels qui amène certains à raisonner comme des relais politiques dans le monde universitaire.
L’inffuence du colonialisme sur l’émergence des droits africains. Analyse épistémologique de déconstruction, par Jonathan Kayembe (Université de Kinshasa)
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A8.3 || Panel 3 – Incarner la recherche. Sortir du piège de la neutralité
22 mai 2025, 13h45 - 15h15 (Salle DS-1520)Panel 3 – Incarner la recherche. Sortir du piège de la neutralité
- Critiquer le tourisme au Maroc à partir d’une perspective épistémologique particulière : le métissage culturel, par Maria Dakli
- Créer du savoir sans trahir les sien.ne.s. Corporalité, féminismes et posture critique, par Sonia Alimi
- Aborder le problème de l’adoption avec une perspective trans-raciale, par Chalit Cyrenne-Dussault
Critiquer le tourisme au Maroc à partir d’une perspective épistémologique particulière : le métissage culturel, par Maria Dakli
Résumé. Pour se dire décoloniale dans une recherche nécessite de recentrer les systèmes de productions de connaissances subalternes. Ce processus demande de remédier à la question des épistémicides et de la réduction au silence de certaines méthodes (Omodan 2024). Cette proposition vise à justifier l’apport du savoir situé dans les études postcoloniales, plus précisément dans la mobilisation de l’Orientalisme comme outil de production de savoir subalterne. Donna Haraway (1988) présente la position du chercheur comme facteur contribuant à la production de savoir. De ce fait, ma proposition analyse la relation entre le savoir situé et les recherches sur l’Orientalisme. Les motivations de Saïd dans la construction de « L’Orientalisme » évoquent une disparité constante ressentie dans son expérience d’Arabe et les représentations de cela dans l’art et la littérature. La recherche développée dans le cadre de ma maîtrise s’est interrogée sur les points de jonctions entre colonialisme, capitalisme et impérialisme dans la construction du tourisme au Maroc. Afin de saisir cette construction, il est important de nommer les disparités entre l’objet marocain et sa représentation et son existence dans le cadre du tourisme. Considérant la nature des rapports inégaux dans le tourisme Nord-Sud, ma perspective épistémologique est située, en raison de mon métissage culturel québécois-marocain. La méthodologie de cette recherche et son intérêt scientifique se sont appuyés entre autres sur ma position de chercheuse comme sujet producteur de connaissances (Haraway 1988). La connaissance de la langue, des codes culturels et des lieux sont souvent bénéfiques dans ce type de méthodologie regroupant revue d’archives, analyse de discours et analyse d’imageries.
Ma recherche aborde la décolonialité de manière à valoriser les méthodologies et les modèles de recherches plus engagés. De cette manière, il est possible de remettre en question le rôle de chercheur en rejetant les méthodes de recherches extractivistes afin de recentrer les méthodes engagées pour mieux répondre à la décolonisation des lieux de production de la connaissance.
Biographie. Je termine présentement ma maîtrise à l’Université de Montréal sous la direction de Pascale Devette. Mes intérêts de recherches sont axés sur les théories critiques en science politique, notamment les théories postcoloniales. Mes intérêts en recherche ont donc surtout influencé par les travaux de Spivak, Fanon, Saïd,Mignolo, Sondarjee et Ferdinand. Mon mémoire de recherche porte sur la construction coloniale du tourisme au Maroc dans lequel je m’intéresse aux points de jonctions entre colonialisme, capitalisme et impérialisme. Je m’intéresse également à ce qui fait l’objet de consommation dans le tourisme et comment l’Autre devient objet de consommation à travers le tourisme. Dans mes temps libres, j’ai développé un intérêt pour la vulgarisation scientifique. À cet effet, j’ai co-animé une émission de radio (Ça vous choc ?) sur les ondes de CISM 89,3 traitant de divers enjeux politiques et sociaux à l’aide d’experts et chercheurs sur des sujets comme le White Saviorism dans le développement international, la question de la Palestine ou encore la décroissance. Finalement, convaincue que le milieu académique et le militantisme doivent se nourrir mutuellement pour que la recherche scientifique serve les enjeux sociopolitiques, j’ai toujours cultivé un intérêt pour l’engagement militant, notamment à travers le une implication au sein du comité de Solidarité pour les droits humains des Palestiniens et Palestiniennes à l’UDEM.
Créer du savoir sans trahir les sien.ne.s. Corporalité, féminismes et posture critique, par Sonia Alimi (UǪAM)
Je viens tout juste d’entamer une maîtrise en philosophie à l’Université de Montréal.Mes intérêts se situent à l’intersection des études postcoloniales et de la philosophie féministe. Je tente actuellement d’élaborer une question de recherche relative à l’adoption transraciale, qui guidera éventuellement la rédaction de mon mémoire.Dans cette présentation, j’aborderai l’adoption transnationale et transraciale en prenant le contre-pied des discours façonnés par le White saviorism (complexe du sauveur blanc) et des approches qui réduisent l’adoption à un regard objectivant, psychologisant, moralisant, centré sur les intérêts des personnes adoptantes et imposant une injonction à la reconnaissance.Je partagerai des réflexions pour penser l’adoption depuis l’intérieur, comme une expérience incarnée, d’injustice épistémique, ainsi que comme un prolongement systémique de la colonialité.Aborder le problème de l’adoption avec une perspective trans-raciale, par Chalit Cyrenne-Dussault (UǪAM)
Je viens tout juste d’entamer une maîtrise en philosophie à l’Université de Montréal.Mes intérêts se situent à l’intersection des études postcoloniales et de la philosophie féministe. Je tente actuellement d’élaborer une question de recherche relative à l’adoption transraciale, qui guidera éventuellement la rédaction de mon mémoire.Dans cette présentation, j’aborderai l’adoption transnationale et transraciale en prenant le contre-pied des discours façonnés par le White saviorism (complexe du sauveur blanc) et des approches qui réduisent l’adoption à un regard objectivant, psychologisant, moralisant, centré sur les intérêts des personnes adoptantes et imposant une injonction à la reconnaissance.Je partagerai des réflexions pour penser l’adoption depuis l’intérieur, comme une expérience incarnée, d’injustice épistémique, ainsi que comme un prolongement systémique de la colonialité. -
A8.5 || Panel 5 : Contre-épistémologies de résistance
23 mai 2025, 9h00 - 10h30 (Salle DS-1520)Panel 5 : Contre-épistémologies de résistance
- L’Invention de la ville en Afrique. Une contre-épistémologie des études urbaines, par Fassou David Condé (UDEM)
- Les épistémologies noires dans les études urbaines francophones, par Leslie Touré Kapo (INRS)
- Critiquer l’idée de Progrès. Vers un paradigme de temporalité décolonial, par Missila Izza (UDEM)
L’Invention de la ville en Afrique. Une contre-épistémologie des études urbaines, par Fassou David Condé (UDEM)
Biographie. Candidat au doctorat en science politique à l’UdeM, Fassou David Condé est titulaire d’une double maîtrise dont une en science politique de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et une autre en gestion de projets de développement durable au Sud de l’Université Paris Saclay. Dans le cadre sa thèse de doctorat, il travaille sur les enjeux d’exclusion urbaine en Afrique et les modalités de la contestation y liées.
Les épistémologies noires dans les études urbaines francophones, par Leslie Touré Kapo (INRS)
Biographie. Professeur-chercheur en études urbaines à l’INRS, Leslie Touré Kapo se spécialise sur les enjeux de la race, de la classe et du genre et de leurs impacts sur les trajectoires de vie des habitants des quartiers populaires et d’immigration. Sa thèse de doctorat intitulée « Les aventures ordinaires des jeunes Montréalais.e.s racialisé.e.s » a été recompensée par le Prix de la meilleure thèse 2020-2021 du Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS et le Prix de la meilleure thèse dans les domaines des sciences humaines et sociales, des arts et des lettres 2020-2021 de l’Association des doyennes et des doyens des études supérieures au Québec.
Critiquer l’idée de Progrès. Vers un paradigme de temporalité décolonial, par Missila Izza (UDEM)
Biographie : Missila Izza termine sa thèse portant sur la critique de l’idée de progrès dans le cadre d’un dialogue croisé entre Hannah Arendt, Theodor Adorno et Walter Benjamin, et ce, d’un point de vue décolonial et féministe. L’idée de progrès est considérée certes comme porteuse de contenu idéologiques, mais aussi comme scientifiquement paradigmatique de la modernité. Sa critique implique alors de repenser les sciences humaines et sociales, le canon philosophique occidental et avant tout la vision moderne de l’histoire qui fonde la conscience historique qui en découle. Elle est titulaire d’un master en Études politiques de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), ainsi que d’un baccalauréat en Science politique et philosophie (PEP) de l’Université de Montréal. Sa thèse est dirigée par Pascale Devette et Augustin Simard.
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A8.6 || Panel 6 – La recherche comme pratique de (re)-création
23 mai 2025, 10h45 - 12h15 (Salle DS-1520)Panel 6 – La recherche comme pratique de (re)-création
- Au-delà de l’académie : construire une recherche participative émancipatrice, par Bénédict Nguiagain-Launière (Observatoire des communautés noirs du Québec)
- La prise de position dans un projet de recherche-création : Face à la colonialité dans la création d’un corpus patrimonial en Amérique latine, par Ximena Miranda (ULaval)
- La recherche-création comme pratique réparatrice, décoloniale et féministe : la fabrication d’un film documentaire familial auto-ethnographique, par Joséphine Klaa (UDEM)
Au-delà de l’académie : construire une recherche participative émancipatrice, par Bénédict Nguiagain-Launière (Observatoire des communautés noirs du Québec)
Résumé. Dans le contexte académique, la recherche a historiquement marginalisé les communautés racisées, objectifiant leurs expériences tout en minimisant leurs savoirs. Face à cette colonialité persistante, Tuck et Yang (2014) proposent le « refus » comme réponse critique et constructive. Cette posture analytique questionne l’extractivisme académique et plaide pour une déconstruction des cadres coloniaux de production des savoirs. L’Observatoire des communautés noires du Québec (OCNQ) incarne cette démarche à travers une recherche-action participative (RAP) menée en dehors des institutions universitaires, avec et par les communautés
noires. En s’appuyant sur une approche afrocentrée et émancipatrice, l’OCNQ remet en question les asymétries de pouvoir et valorise les contre-récits (counter-narratives). Ces pratiques visent à renforcer l’autonomie collective et à construire des savoirs ancrés dans les réalités vécues. Cette communication explore les défis et les opportunités qu’implique la RAP au-delà du cadre académique : décoloniser les méthodologies, créer des espaces de réciprocité, et bâtir des alliances durables. Les initiatives de l’OCNQ illustrent comment des pratiques communautaires hors académie peuvent répondre aux enjeux éthiques et épistémiques soulevés par Tuck et Yang, tout en affirmant la pertinence des savoirs afrodescendants. En conclusion, la RAP se révèle être une stratégie de transformation sociale, capable de remettre en cause les dynamiques de pouvoir traditionnelles tout en offrant des alternatives inclusives et collaboratives. Elle appelle à une reconfiguration des rôles et des responsabilités des chercheur.euse.s, tout en soulignant que les institutions universitaires, bien qu’importantes, ne sont pas l’unique lieu légitime de production
des connaissances.
Biographie. Bénédict Nguiagain-Launière, historienne et sociologue de formation, détient une maîtrise en histoire appliquée ainsi qu’un doctorat en sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM). Actuellement chercheuse à l’Observatoire des communautés noires du Québec, elle agit également comme consultante en recherche et développement. Par ailleurs, elle siège au conseil d’administration de l’Afromusée. Ses recherches s’articulent autour de thématiques telles que l’immigration, la discrimination, la décolonisation et la décolonialité, le racisme systémique, ainsi que l’inclusion sociale et économique des personnes racisées, plus particulièrement celles issues des communautés afrodescendantes au Canada. Ses domaines d’expertise incluent la sociologie de l’immigration, l’histoire afro-canadienne, le racisme anti-noir et la recherche-action participative (par, pour et avec).
La prise de position dans un projet de recherche-création : Face à la colonialité dans la création d’un corpus patrimonial en Amérique latine, par Ximena Miranda (ULaval)
La recherche-création comme pratique réparatrice, décoloniale et féministe : la fabrication d’un film documentaire familial auto-ethnographique, par Joséphine Klaa (UDEM)
Résumé. Ma recherche-création porte sur le développement d’une pratique documentaire féministe et décoloniale « réparatrice ». Je cherche à explorer dans quelles mesures la réalisation d’un film documentaire, dans toutes les étapes de sa fabrication, peut agir comme une forme thérapeutique collective et politique. Je me demande dans quelles mesures les pratiques documentaires peuvent-elles participer à la réparation des violences politiques ? Cette recherche est également une exploration des épistémologies féministes (Puig de la Bellacasa 2017, Haraway 2013, Larrère 2017, Rose 1983) et décoloniales (Barkawi 2016, Fanon 1967). Les concepts de care (Tronto 1993, Puig de la Bellacasa 2017) et d’intimité me permettent de réfléchir à une approche critique et subversive des relations traditionnelles entre savoir et pouvoir (Fricker 2007, Azoulay 2013). Mon sujet d’exploration est ma famille, une famille mixte franco-algérienne. J’y étudie les rapports de pouvoir ; notamment postcoloniaux, qui se jouent dans l’intime, dans la transmission, et dans nos rapports intergénérationnels. Par l’exploration des dispositifs documentaires, je cherche dans quelles mesures la caméra me permet de créer un environnement où la parole et l’écoute (Corradi Fiumara 1990, Lipari 2014, Parks 2018) se mettent en place différemment. Le dispositif documentaire occupe une place de médiation du dialogue (Brodeur 2021), et ouvre un lieu de rencontre(s). Je réfléchis les pratiques documentaires comme des lieux de recherche d’agentivité et de dialogues. À travers les différentes étapes de fabrication du film, je m’intéresse aux concepts d’écoute, de care et de réparation. Ma recherche porte sur l’opérationnalisation de ces concepts dans les pratiques documentaires et dans les méthodes de recherche-création. L’objectif principal est de développer une pratique de recherche-création cinématographique réparatrice, non-extractive et éthique. Je souhaite également développer une pratique collective de la réparation, ancrée dans les sphères intimes (familles, amis, amour), défendant le dialogue, la reconnaissance de vérités / réalités plurielles, et qui puisse offrir une piste de résistance et de réflexion à la polarisation croissante de nos sociétés (Rughani 2022).
Biographie. Joséphine Klaa est étudiante en recherche-création en maîtrise à l’Université de Montréal en sciences de la communication. Née en France, elle gradue de son baccalauréat en Études Internationales à l’UdeM en été 2023. Passionnée par le cinéma, elle intègre une formation à l’Institut National de l’Image et du Son en 2024, et réalise son premier court-métrage documentaire Salvatore (2024). Présentement, elle travaille sur le potentiel réparateur des pratiques documentaires dans des contextes féministes et décoloniaux. Elle a notamment réalisé Mon P’tit Cœur (2024) où elle explore le concept de narratif restauratif dans les enjeux de santé mentale.
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A8.7 || Panel 7 – Discussion 2 – La recherche comme réparation?
23 mai 2025, 13h45 - 15h15 (Salle DS-1520)Panel 7 – Discussion 2 – La recherche comme réparation?
Avec la participation de Pierrot Ross-Tremblay, “Lettre à un jeune chercheur autochtone, ou comment naviguer l’hyper-colonialité académique”
Biographie. Pierrot Ross-Tremblay (Innu Essipit) est professeur à l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en traditions intellectuelles et autodétermination des Premiers Peuples. Ses recherches portent sur la mémoire et l’oubli, les traditions orales et les prototypes d’autodétermination effective. Son livre Thou Shalt Forget: IndigenousSovereignty, Resistance and the Production of Cultural Oblivion a été publié aux Presses de l’Université de Londres.
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A8.4 || Panel 4 – Discussion collective sur le thème des « frontières »
22 mai 2025, 15h30 - 17h00 (Salle DS-1520) -
A8.8 || Panel 8 – Mots de conclusion
23 mai 2025, 15h30 - 17h00 (Salle DS-1520)
A9 || La Cédéao a 50 ans : diagnostic d’une institution en crise
Responsables:
- Issiaka Mandé (Université du Québec à Montréal, GIERSA)
- Nicolas Klingelschmitt, (UQAM, CERIUM, GIERSA)
- Ismaël Traoré (UQAM, GIERSA)
Type d’activité : Atelier
Section thématique : Politiques et administrations publiques, Relations internationales et politiques mondiales
Horaire et salle :
- A9.1 : 22 mai 2025, 13h45 – 15h15 (Salle DS-1540)
- A9.2 : 22 mai 2025, 15h30 – 17h00 (Salle DS-1540)
Résumé :
Objectif de l’atelier : Cet atelier propose de faire un bilan critique des 50 ans de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), une organisation fondée le 28 mai 1975 avec l’ambition de promouvoir l’intégration économique et la stabilité politique au sein de l’Afrique de l’Ouest. Face aux défis sécuritaires grandissants, notamment la montée du terrorisme, les coups d’État successifs et les crises politiques, la Cédéao est aujourd’hui en proie à de profondes divisions internes. Ce diagnostic vise à identifier les facteurs structurels et politiques qui limitent l’efficacité de l’organisation et menacent son unité, notamment avec la création de l’Alliance des États Sahéliens (AES) qui remet en question la cohésion de l’organisation. Les trois panels de l’atelier permettront des échanges interdisciplinaires faisant dialoguer des spécialistes de la politique mondiale, de la sécurité régionale, de l’économie, de la sociologie et de l’histoire politique qui partageront les résultats de leurs recherches autour de plusieurs axes croisés de réflexion.
Axes de réflexion :
- Intégration économique et politique : Analyse des succès et des échecs de la Cédéao en matière d’intégration régionale et de coopération économique. Cet axe mettra en lumière les ambitions initiales de l’organisation et les défis rencontrés pour harmoniser les politiques économiques et législatives des États membres.
- Crise sécuritaire et inefficacité institutionnelle : Les échecs de la Cédéao à répondre efficacement à la montée du terrorisme dans la région ouest-africaine, malgré l’existence de nombreux accords de sécurité, soulèvent des questions sur la capacité de l’organisation à assurer la stabilité régionale.
- Dynamique des relations intra-régionales et rôle de l’AES : Discussion sur les tensions internes qui divisent la Cédéao, particulièrement la scission introduite par l’AES, regroupant des États sahéliens, et ses implications pour l’avenir de la Cédéao. Cet axe explorera également la relation de l’organisation avec l’UEMOA et l’Union Africaine, et les tensions croissantes liées aux intérêts nationaux divergents qui menacent l’unité des institutions.
- Recommandations : Cet axe vise à identifier des pistes pour renforcer la résilience de l’organisation face aux défis sécuritaires et politiques contemporains.
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A9.1 || Panel 1 : Diagnostic d’une communauté en crise dans une région en conflit
22 mai 2025, 13h45 - 15h15 (Salle DS-1540)Participants :
- Ibrahime Koulibaly, diplômé de la maitrise en science politique de l’UQAM, membre étudiant du GIERSA : « La CEDEAO face à la récurrence des coups d’État en Afrique de l’Ouest »
- Ismaël Traoré, candidat au doctorat en science politique de l’UQAM, chercheur étudiant au GIERSA : « La CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel : entre tensions nationalistes et visions panafricaines »
- Nicolas Klingelschmitt, candidat au doctorat en science politique de l’UQAM, chargé de recherche Afrique au CÉRIUM : « On n’est pas subordonnés, hein ! » Enjeux de coordination entre la CEDEAO et l’Union Africaine dans le cadre de la gestion des crises sahéliennes
- Walid Ferguen, candidat à la maitrise en science politique de l’UQAM, chercheur émergent au Réseau d’Analyse Stratégique : « Médiation algérienne au Mali : entre principes africains et résistances régionales »
Modération (à confirmer) : Issiaka Mandé, professeur au département de science politique de l’UQAM, membre du GIERSA
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A9.2 || Panel 2 : L’après-crise : Maintien des acquis et perspectives d’avenir de la CÉDÉAO
22 mai 2025, 15h30 - 17h00 (Salle DS-1540)Participants :
- Sebastien Moutou Nkounkou, Candidat au Doctorat : « L’intégration économique dans l’espace CEDEAO : analyse des défis structurels et conjoncturels »
- Charlie Martineau, Conseillère, Direction Afrique et Moyen-Orient, MRIF : « Québec et Afrique : Dialogue, coopération et diplomatie. Quelles perspectives en Afrique de l’Ouest ? »
- Dr. Mady Ibrahim Kanté, enseignant-chercheur, Université des Sciences juridiques et Politiques de Bamako (Mali) : « CEDEAO / AES : une coopération (im)possible pour l’avenir de la sécurité régionale ? »
Modération (à confirmer) : Nicolas Klingelschmitt, candidat au doctorat en science politique de l’UQAM, chargé de recherche Afrique au CÉRIUM
A11 || Populisme, enjeux et émotions au Québec et dans le monde
Responsables :
- Camille Arteau-Leclerc (Université Laval)
- Jérémie Drouin (Université Laval)
- Thierry Giasson (Université Laval)
- Thomas Larochelle (Université Laval)
- Fanny Martin (Université Laval)
- Catherine Ouellet (Université de Montréal)
Type d’activité : Atelier
Section thématique : Sociologie et comportements politiques
Horaire et salle :
- A11.1 : 22 mai 2025, 10h45 – 12h15 (Salle R-3540)
- A11.2 : 22 mai 2025, 13h45 – 15h15 (Salle R-3540)
- A11.3 : 22 mai 2025, 15h30 – 17h00 (Salle R-3540)
Résumé: Des travaux récents sur les émotions en politique indiquent qu’elles sont associées à la polarisation partisane, la formation d’attitudes politiques ainsi que l’opinion publique (Webster et Albertson dans Shah, 2022). Une littérature prolifique couvre l’utilisation, l’activation et la prévalence des émotions dans les discours populistes ainsi que l’impact de ces émotions sur les comportements des électeurs, particulièrement ceux de l’extrême droite.
Une part importante des travaux sur les émotions en politique est consacrée à l’étude des émotions négatives telles que la colère, la peur ou l’anxiété (Shah, 2024), en particulier en lien avec la communication politique populiste (par ex. Vasilopoulos et al., 2019 ; Tokdogan, 2020 ; Jacobs, Sandberg & Spierings, 2020). Cependant, des recherches émergentes abordent d’autres questions liées à l’affect et aux émotions comme l’importance de la mise en valeur de l’authenticité, la personnalisation dans la communication politique ou le recours aux émotions positives (enthousiasme, fierté, etc.). L’humour est également de plus en plus étudié en raison de sa capacité à agir comme levier émotionnel.
Ce panel propose de réunir des travaux d’analyse récents consacrés au recours aux émotions dans les discours dits populistes.
Panélistes et communications :
- Thomas Bergeron et Thomas Galipeau (candidats au doctorat, Université de Toronto) : Au-delà des bonnes intentions : les effets divergents de l’empathie cognitive et affective sur la polarisation affective.
- Morgane Beaumier (candidate au doctorat, Université Laval) : La présence d’émotions dans le discours populiste de gauche et de droite en France et aux États-Unis.
- Sylvain Bédard, Marie-Eve Carignan, David Morin (Université de Sherbrooke, Chaire UNESCO-PREV) : Attitude populiste et méfiance épistémique : les dynamiques affectives de la désinformation.
- Camille Arteau-Leclerc, Thomas Larochelle, Jérémie Drouin, Thierry Giasson et Catherine Ouellet (Groupe de recherche en communication politique) : Une étude de cas sur l’humour et l’activation émotionnelle dans la communication en ligne d’un parti dit populiste : le cas du Parti conservateur du Québec.
Panel 1 : Le populisme comme mode émotionnel de communication politique
Panel 2 : Les enjeux politiques dans les discours populistes
Panel 3 : Les réactions émotionnelles aux messages politiques
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A11.1 || Panel : Le populisme comme mode émotionnel de communication politique. Les enjeux politiques dans les discours populistes
22 mai 2025, 13h45 - 15h15 (Salle R-3540) -
A11.2 || Panel 2
22 mai 2025, 15h30 - 17h00 (Salle R-3540)
A13 || Revisiter l’histoire, redéfinir la mémoire, reconcevoir l’identité : représentations collectives et politiques culturelles au Québec
Responsables :
- Jérémy Elmerich (Université de Sherbrooke)
- Julien Doris (Université d’Ottawa)
Type d’activité : Atelier
Section thématique : Politique québécoise, canadienne et autochtone
Horaire et salle :
- A13.1 : 23 mai 2025, 9h00 – 10h30 (Salle R-3570)
- A13.2 : 23 mai 2025, 10h45 – 12h15 (Salle R-3570)
- A13.3 : 23 mai 2025, 13h45 – 15h15 (Salle R-3570)
- A13.4 : 23 mai 2025, 15h30 – 17h00 (Salle R-3570)
Résumé de l’activité : Depuis les années 1990, le Québec est entré dans un nouveau cycle politique. Dans une société de plus en plus diversifiée, entretemps traversée par la crise des accommodements raisonnables, s’y font jour diverses conceptions du Nous. Ce débat, loin d’être soldé, confronte un variété de récits et d’interprétations concurrentes sur fond d’une histoire commune. À cet égard, les approches historiographiques et les prémisses épistémologiques jouent à plein. D’un côté, désireux d’ouvrir l’espace de la nation québécoise aux nouveaux arrivants, les tenants d’un courant ouvertement favorable à la diversité (« l’école québécoise de la diversité ») ont entrepris de réexaminer les termes de la mémoire, du récit collectif, de façon à le rendre plus inclusif. De l’autre, soucieux de redonner sens à l’idée de nation québécoise, les tenants d’un courant continuiste s’efforcent de la relier à ses sources vitales et insistent sur la permanence d’une intention nationale, d’une culture commune à laquelle les nouveaux arrivants sont invités à rejoindre. Dans le droit fil de ces débats historiographiques qui postulent les termes de la définition du Nous au Québec, les gouvernements successifs ont engagé divers projets, via la refonte des programmes d’histoire, les cours d’éthique et culture religieuse puis de culture et citoyenneté québécoise, sans parler de la loi 96, de la loi sur la laïcité de l’État ou encore du projet d’une politique d’interculturalisme semble-t-il renvoyé aux calendes grecques. À cela il faut encore ajouter les développements récents, incarnés par la mise sur pied d’un comité consultatif sur les enjeux constitutionnels du Québec au sein de la fédération canadienne, et la création projet d’un Musée national d’histoire du Québec. À travers chacune de ces politiques comme au sein de mouvements issus de la société civile se dégagent à leur tour diverses représentations du Québec, des termes d’après lesquels vivre ensemble et se définir politiquement, que le présent atelier entend examiner en mettant en dialogue chercheuses et chercheurs établis comme celles et ceux issus d’une relève qui reprend le flambeau de la discussion démocratique.
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A13.1 || PANEL 1 : Enjeux sociaux et politiques actuels des représentations historiques, ou la mémoire comme « temps présent des choses passées »
23 mai 2025, 9h00 - 10h30 (Salle R-3570)Panel 1 : Enjeux sociaux et politiques actuels des représentations historiques, ou la mémoire comme « temps présent des choses passées »
Éloïse Desaulniers-Goulet (Étudiante de deuxième cycle en Droit et politique appliqués de l’État, U. Sherbrooke) : Mémoire d’une nation sans constitution : généalogie de l’identité constitutionnelle du Québec
Depuis la Conquête britannique de 1760, passant par le rapatriement unilatéral de la Constitution canadienne en 1982, jusqu’aux derniers actes unilatéraux récents, le Québec entretient une relation complexe avec le cadre juridique canadien. Exclu des négociations de 1982, il n’a jamais ratifié la Loi constitutionnelle, cristallisant un sentiment d’aliénation politique. Pourtant, à travers des lois fondatrices, diverses actions et une mémoire collective ancrée dans la résilience, le Québec cherche à se distinguer au sein du droit constitutionnel canadien. Cette réalité soulève une question : le Québec a-t-il une identité constitutionnelle propre et, si oui, comment s’est-elle façonnée ?
Pour y répondre, il faut retracer une généalogie juridique et politique marquée par la tension entre unité canadienne et spécificité québécoise. Dès l’Acte de Québec de 1774, qui préserve le droit civil français, se dessine une tradition singulière. Le régime confédératif de 1867 renforce cette dualité en octroyant aux provinces des compétences exclusives en droit civil, éducation et santé. La Révolution tranquille catalyse une refonte institutionnelle avec la Charte des droits de 1975 et la Charte de la langue française de 1977, véritables piliers d’une constitution matérielle québécoise. L’identité se forge aussi par la résistance : le refus de 1982 légitime des stratégies unilatérales, comme la doctrine Gérin-Lajoie ou le recours à la clause dérogatoire avec les lois 21 et 96.
L’idée d’une constitution québécoise, proposée par Jacques-Yvan Morin en 1985 et relancée par le rapport Proulx-Rousseau en 2024, constitue une voie crédible pour concrétiser cette identité. Le comité propose d’enchâsser les lois fondamentales dans un texte unique, s’appuyant sur l’article 45 de la Loi constitutionnelle de 1982. François Legault s’est dit « ouvert » à un tel projet d’ici 2026, y voyant un moyen d’affirmer l’autonomie normative du Québec. Cependant, cette démarche soulève des défis. Elle nécessiterait un consensus politique autour de principes clivants, comme la laïcité, et l’absence de reconnaissance fédérale limiterait sa portée symbolique. Néanmoins, l’adoption d’une constitution représenterait un aboutissement logique à des siècles de résilience juridique, transformant une identité fragmentée en un récit constitutionnel cohérent et un cadre normatif pleinement assumé, où le Québec deviendrait l’auteur – et non plus le sujet – de son destin constitutionnel.
Pierre-Yves Leclerc (Étudiant de deuxième cycle en sociologie, UQAM) : Théories décoloniales et tensions entre mémoire et histoire au Québec
Plusieurs controverses au Québec, au cours des vingt dernières années, ont ramené les tensions entre l’histoire et la mémoire à l’avant-scène de débats publics et scientifiques. Le vandalisme de statues et de monuments historiques (2020), la découverte de sépultures anonymes sur d’anciens sites de pensionnats autochtones (2021) et la visite de réconciliation du pape François (2022) ont alimenté de nombreux débats. Les polarisations observées s’avèrent révélatrices de tensions liées à la compétition entre divers imaginaires à propos de la communauté politique québécoise et de son rapport – passé et présent – au colonialisme.
Afin d’éclaircir notre compréhension des controverses mémorielles portant sur le colonialisme au Québec, cette communication propose d’observer les tensions à même la théorisation et la conceptualisation du colonialisme chez les intellectuels. En étudiant deux corpus d’analyses issus de contextes sociohistoriques et sociopolitiques distincts (1959-1980 et 2010-2024), nous souhaitons tester l’hypothèse selon laquelle les controverses mémorielles portant sur le colonialisme au Québec sont en partie exacerbées par des facteurs générationnels.
L’étude des analyses d’ensembles générationnels distincts peut servir à comprendre comment des représentations différentes du Québec peuvent mener à des interprétations divergentes du colonialisme. Cette communication constitue une opportunité de réfléchir aux divers éléments alimentant les controverses mémorielles portant sur le colonialisme, notamment la compétition de différentes représentations de la nation québécoise ainsi que les enjeux qui lui sont propres, la position historique et présente occupée par les Québécois d’héritage canadien-français dans la structure coloniale, ou encore les différentes représentations de ce qui devrait être inclus et/ou mis de l’avant dans le récit national, etc.
Vincent Vallée (Étudiant de deuxième cycle en Droit et politique appliqués de l’État, U. Sherbrooke) : Je me souviens : construction et occultation dialectiques de la mémoire au Québec
La thèse dominante qui est sous-jacente à la politologie et la sociologie concernant le Québec est que celui-ci s’est bâti par une rupture avec le lien à la France. Rupture anticoloniale nécessaire pour embrasser son américanité : un fait naturel, positif et volontaire, voire téléologique. Puis, de l’autre côté, l’américanité québécoise, coloniale, se serait construite contre les Autochtones selon un schéma qui serait commun à toutes les sociétés coloniales des Amériques. Pourtant, lorsqu’on se penche sur les sources historiques et l’historiographie portant sur le Québec, on constate des apories. Nous utiliserons celles concernant les relations québeco-autochtones et les relations franco-québécoises comme clés d’entrée pour une réinterprétation plus générale des problématiques au cœur – de la mémoire et – de la nation québécoise.
Nous montrerons que, dans les deux cas, loin d’entretenir un rapport univoque et construit en toute quiétude entre le Québec et ces deux pendants de la québécitude, nous avons à faire au résultat d’une dialectique complexe, largement occultée par les processus discursifs dominants des différentes périodes concernées. Ces phénomènes ont été surdéterminés par la pression et la domestication mise en place dès les lendemains de la conquête et réactualisés périodiquement jusqu’à nos jours. Ils laissent des traces jusque dans notre littérature savante actuelle. Nous les éclairerons en utilisant d’une manière nouvelle les travaux des historiens notamment en ce qui concerne les peuples autochtones (Denys Delâge, Richard White et d’Avignon) et la France (Edouard Baraton, Gilles Havard, Joseph Gagné).
Gabriel Jarvis (Étudiant au doctorat en histoire, UQAM) : Église catholique et État québécois sous la loupe du discours scolaire : Regard sur la transition entre l’époque duplessiste et la Révolution tranquille de 1967 à 2017
L’école joue un rôle majeur dans la socialisation, en plus de transmettre des valeurs à travers l’acquisition de connaissances fondamentales nécessaires au fonctionnement d’une société. C’est le cas au Québec, comme ailleurs. Un champ historiographique qui a fait couler beaucoup d’encre est celui de la période séparant l’époque duplessiste et la Révolution tranquille, où s’illustre la relation complexe que les Québécois entretiennent avec leur passé, entre autres choses quant à la place du religieux.
En effet, le Québec est notamment passé d’une société fortement cléricalisée à une société qui déconfessionnalisait progressivement ses structures. Il est possible de voir, en observant ce phénomène, que les représentations véhiculées par les programmes et manuels scolaires varient d’une réforme à l’autre, et selon la sensibilité des auteurs. L’analyse des représentations de l’Église catholique et de son rapport avec l’État à travers les réformes de l’enseignement de l’histoire de 1967 et de 1982 nous permet de constater, d’une part, que le rapport à la religion évolue au gré du changement de la société québécoise, qui devient de moins en moins pratiquante et plus diverse sur le plan ethno-religieux, et, d’autre part, que l’État québécois s’est implanté comme référent commun.
Cette communication prolongera les recherches effectuées dans mon mémoire de maîtrise en analysant brièvement le matériel de la réforme du programme d’histoire de 2017. De cette manière, nous aurons l’occasion d’analyser les ruptures et les continuités des représentations du rapport entre l’État et l’Église catholique durant la transition entre la période duplessiste et la Révolution tranquille à la lumière des valeurs d’une société qui prétend à la fois se laïciser et respecter sa diversité religieuse, et d’en actualiser le compte-rendu.
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A13.2 || Panel 2 : Table-ronde : Histoire, mémoire et identité québécoises en débat
23 mai 2025, 10h45 - 12h15 (Salle R-3570)Jacques Beauchemin (sociologue, UQAM) : Que faire de l’histoire nationale ?
Les sociétés contemporaines semblent toutes mal assurées quant à la définition de l’identité collective. L’une des expressions peut-être les plus significatives du malaise dont elles souffrent est manifeste dans leur rapport au passé. Non pas parce qu’elles seraient indifférentes vis-à-vis de lui, mais, au contraire, parce qu’elles sentent confusément que le rapport à l’histoire est important mais en même temps problématique comme en témoignent au Québec les débats entourant la création du Musée national de l’histoire du Québec, la défense des valeurs québécoises au centre desquelles se trouveraient la langue et la laïcité des institutions publiques, et même la sacralisation du hockey comme sport national et repère mémoriel.
Les incertitudes relatives à l’interprétation de l’histoire et plus particulièrement à la place que doit y occuper la mémoire canadienne-française sont peut-être le signe d’une tourmente interprétative résultant du fractionnement de la société québécoise en ayants-droits mémoriels. Cette fragmentation constitue un enjeu particulièrement sensible au sein des petites sociétés qui ne peuvent s’offrir d’autres remparts que celui d’un ressassement de leur histoire et d’une valorisation de la mémoire collective d’autant plus affirmés qu’elles se sentent menacées. Ainsi par exemple, la menace américaine que l’imposition de tarifs à l’exportation fait peser sur l’économie québécoise semble raviver les réflexes de défense ancestraux et presque ataviques d’un recours à la mémoire en tant que réassurance de soi-même.
Micheline Cambron (professeure émérite en littérature, UDEM) : Littérature, histoire littéraire et lieux communs.
Depuis 1990, le regard que nous portons sur la littérature québécoise et les pratiques historiographiques qui lui sont rattachées a changé. Pensons à la notion de littérature migrante, qui est passée d’étiquette commode utilisée dans des manuels, à concept problématique, ou encore à la définition de la relation que la littérature québécoise a entretenue et entretient avec le monde autochtone. Ces discussions sont entremêlées de récits, qui mettent en jeu des conceptions du nous. Elles mettent aussi en circulation des lieux communs qui, malgré leur rôle essentiel dans la discussion, entravent le travail historiographique et brouillent l’horizon épistémologique. Nous entendons, à partir de quelques exemples, explorer la nature des lieux communs qui entravent la réflexion et examiner leur impact sur les pratiques épistémologiques.
Camille Robert (historienne, Université Concordia) : Musée national de l’histoire du Québec : écueils et défis
L’annonce de la création du Musée national de l’histoire du Québec, au printemps 2024, a suscité de vives réactions dans les milieux historiens. Bien que les expositions soient encore en cours de préparation, l’orientation qui se dégage – centrée sur la nation québécoise – soulève plusieurs questions, d’abord sur l’idée même de continuité historique de l’appartenance à cette nation. En effet, l’identité nationale québécoise est relativement récente et elle s’appuie sur des bases différentes de celles de la Nouvelle-France ou du 19e siècle. Ensuite, cet angle tend à occulter la présence des nations autochtones et de nombreuses communautés sur le territoire avant et dès les débuts de la colonisation, dont les histoires sont intrinsèquement liées à celle des Canadiens français. En d’autres termes, ces communautés n’ont pas évolué de manière isolée, et leurs interactions font partie d’un passé commun. Compte tenu de ces lacunes, il semble important de mettre de l’avant une histoire plurielle, multidimensionnelle et ouverte à des interprétations concurrentes. Cette démarche doit être menée en dehors de toute ingérence politique et en collaboration avec les milieux de la recherche historique, de l’histoire publique, des archives institutionnelles et communautaires, ainsi qu’avec divers groupes et organismes.
Martin Pâquet (historien, Université Laval) : La nostalgie n’est plus ce qu’elle était. Rapports au temps dans le Québec contemporain.
Le lien politique est d’emblée temporel. Il implique non seulement une filiation avec un passé mais aussi une congruence avec le présent et une projection vers l’avenir. À partir de la pluralité des expériences, pluralité condition consubstantielle du politique, les rapports au temps permettent de nouer du commun entre les citoyens.
Ce lien temporel est de quelle nature ? Au-delà de l’histoire comme compréhension et de la mémoire comme appartenance, la culture politique québécoise contemporaine semble être saisie par une expression singulière des rapports au temps, celle de la nostalgie. Dans un contexte effervescent où les références sont peu consensuelles et où les repères se distinguent difficilement, la nostalgie se nourrit du rappel des luttes passées, plus particulièrement des émotions engendrées par ces luttes. Elle repose ensuite sur la légitimation passée de l’autorité présente, afin que celle-ci puisse se prolonger dans l’avenir. Elle renvoie aussi au sentiment de notre propre finitude, sentiment qui alimente le sens donné à notre expérience.
Des controverses mémorielles aux entreprises d’édification d’une version officielle du passé, la nostalgie se manifeste de plusieurs manières dans le champ politique québécois. Cette communication veut explorer ses arcanes en posant une question : comment la nostalgie peut créer du commun à partir de la pluralité, y compris parmi ceux et celles qui n’ont pas connu l’expérience des événements passés ?
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A13.3 || Panel 3 : « Un gouvernement nationaliste » ? L’action gouvernementale de la CAQ en matière d’identité au prisme de la pensée politique et des politiques publiques
23 mai 2025, 13h45 - 15h15 (Salle R-3570)Panel 3 : « Un gouvernement nationaliste » ?
L’action gouvernementale de la CAQ en matière d’identité au prisme de la pensée politique et des politiques publiques
Mathieu Laflamme-Boucher (politologue, Université de Montréal) : Politiques migratoires et gestion de la diversité au Québec : toujours le même dilemme ?
Ma communication consiste à présenter l’état de mes recherches portant sur l’immigration et les minorités majoritaires. Plus spécifiquement, je discuterai du cadre d’analyse que j’utiliserai pour traiter du contexte migratoire québécois des deux dernières décennies.
La question de l’immigration au Québec a beaucoup évolué, ouvrant la porte à la création d’un dilemme lié à l’accueil et à la gestion de cette nouvelle diversité. Bien que l’enjeu, surtout dans le contexte des nations minoritaires comme le Québec, a été l’objet de nombreuses études, la littérature ne dégage toujours pas de consensus sur la façon dont ces communautés nationales subétatiques construisent leurs politiques d’intégration des minorités.
Il s’agira dans un premier temps de dresser un portait des politiques publiques en lien avec l’immigration et l’intégration au Québec (dans une fenêtre temporelle allant de 2004 à 2022). Cette première étape servira de base à la fois pour l’analyse de l’évolution de la position du gouvernement québécois sur la question, mais également pour isoler les moments critiques qui auraient pu avoir un impact sur la trajectoire des politiques. Dans un deuxième temps, je présenterai l’essentiel du cadre d’analyse que j’utiliserai pour traiter de l’enjeu.
L’objectif est donc de disposer d’une analyse solide du contexte migratoire québécois, pouvant servir autant de bilan des dernières années que de base sur laquelle pourraient s’appuyer de futures recherches sur la question.
Marie-Eve Ouimette (science des religions, UQAM) : Refonte du programme ÉCR : un miroir des tensions sociopolitiques québécoises
La « réforme en profondeur » du programme Éthique et culture religieuse (ÉCR) en Culture et citoyenneté québécoise (CCQ) offre un point d’observation privilégié des mutations du rapport de la société québécoise au religieux et de la manière dont elle se conçoit. Depuis la mise en place d’ÉCR en 2008 dans une optique de « laïcité ouverte », nous sommes témoins d’un infléchissement des politiques scolaires en matière de diversité religieuse et de formation citoyenne. Ce changement de cap s’inscrit dans un contexte plus large de recomposition des fractures politiques, marqué par une polarisation accrue autour des enjeux identitaires et religieux.
Dans cette communication, je présenterai les fondements et la méthodologie de ma recherche en cours, qui vise à analyser la genèse et les contenus du programme CCQ sous l’angle des transformations de la laïcité québécoise et de ses implications pour l’éducation à la citoyenneté. Mon travail s’appuie sur une analyse de discours des mémoires déposés lors de la consultation publique sur la réforme d’ÉCR ainsi que sur une analyse de contenu des documents ministériels liés au programme. Cette double approche permettra d’interroger la manière dont les tensions idéologiques actuelles se traduisent – ou non – en choix pédagogiques et en cadres normatifs destinés à structurer l’éducation à la citoyenneté des élèves du Québec.
À travers cette recherche, il s’agit d’examiner comment l’école demeure un espace de reconfiguration du “Nous” québécois, et en quoi le programme CCQ témoigne des arbitrages opérés par l’État face aux dynamiques de diversité et aux nouvelles lignes de fracture sociétales.
Linda Cardinal (science politique, Université d’Ottawa) : Le français, langue commune : bilan de la Loi 96
De tous les temps, le français fait l’objet de débats publics et de tensions politiques au Québec tout comme dans le reste du Canada. À ce jour, le régime linguistique québécois a pris appui sur différentes approches, allant du laisser-faire dans certains secteurs à l’affirmation du français comme langue officielle dans d’autres. La Loi 101 a permis de fonder l’action du gouvernement québécois sur un équilibre entre le renforcement de l’identité linguistique de sa population, la reconnaissance des droits de la minorité anglophone ainsi que des langues autochtones. Dans le débat sur la justice linguistique, pendant les années 1990, la Loi 101 avait été présentée comme une façon moderne de réconcilier le nationalisme avec le libéralisme.
Or, la Loi 96, adopté au Québec en 2023, annonce-t-elle un nouveau cycle en matière de politique identitaire au Québec, en rupture avec les années 1990 ? La présente communication tentera de répondre à cette question.
Dans un premier temps, elle proposera un bilan des perspectives concurrentes au sujet de la nature de la Loi 96 sur le français langue officielle et langue commune du Québec dans le débat public afin de répondre à cette question. Dans un deuxième temps, nous reprendrons ce bilan pour voir comment le débat en cours permet de faire la lumière sur les rapports de continuité et de changement dans le contexte de la mise en œuvre de la Loi 96. Dans un troisième temps, nous tenterons d’insérer le débat sur la Loi 96 dans le contexte plus large de l’historiographie des petites nations. Ces dernières sont souvent caractérisées par leur vulnérabilité, laquelle peut être source de créativité ou de repli. La Loi 96, cependant, pourrait marquer une rupture avec les années 1990, mais elle présente aussi beaucoup d’élément de continuité avec celle-ci.
Marc Chevrier (science politique, UQAM) : Les limites du constructivisme juridique dans un empire
La loi 21 (Loi sur la laïcité de l’État) a suscité beaucoup d’études et de commentaires divers sans que l’on se penche pour autant sur le type d’intervention législative dont elle est la marque. Or, elle s’inscrit dans une série de lois, dont plusieurs ont une portée quasi constitutionnelle, que le gouvernement de la CAQ a adoptées (Loi 96, projet de loi 84 sur l’intégration nationale, loi 64 instituant le Musée national d’histoire du Québec) dans le but, ce que nous tâcherons de montrer, de contrer le constructivisme juridique canadien mis au service de l’édification nationale (nation-building) depuis la Déclaration canadienne des droits de 1960. Ces lois québécoises qui élaborent un contre-constructivisme à dimension nationale butent cependant sur plusieurs limites, qui ne sont pas strictement juridiques. La communication tentera de cerner plusieurs de ces limites, qui viennent restreindre l’efficacité et l’effectivité de ces lois, dont la loi 21.
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A13.4 || Panel 4 : Table-ronde Nation québécoise et diversité
23 mai 2025, 15h30 - 17h00 (Salle R-3570)Panel 4 : Table-ronde
Nation québécoise et diversité
Sivane Hirsch (science de l’éducation, Université Laval) : Pourquoi et comment prendre en compte la diversité ethnoculturelle, religieuse et linguistique à l’école ? Une proposition théorique et pratique
Alors que la diversité ethnoculturelle, religieuse et linguistique est de plus en plus visible dans toutes les régions du Québec (Hirsch et Borri-Anadon, 2023), le besoin d’inclure les expériences et les perspectives des communautés minoritaires dans les programmes d’enseignement des sciences humaines et sociales se fait davantage sentir par les différentes personnes intervenant dans le milieu scolaire québécois. Or, cette pratique représente souvent un défi pour les enseignants de ces disciplines (Moisan, 2024). Tout d’abord, ils sont confrontés aux représentations sociales que les étudiants et les enseignants se font de l’histoire (et du présent) de leur société. Ceci est d’autant plus important que les étudiants peuvent être issus des mêmes communautés, ce qui représente une diversité sociale dans la classe. Ils nous invitent à considérer les relations de pouvoir qui sous-tendent les relations entre les groupes majoritaires (selon le contexte étudié) et minoritaires dans la société. Ils posent également des défis pédagogiques importants, notamment le manque de connaissances sur ces communautés spécifiques, l’investissement en temps nécessaire pour mettre en place les accommodements requis et le manque de ressources adéquates.
Dans ma présentation, je propose de réfléchir au contexte d’enseignement qui exige cette prise en compte de la diversité, la place que lui accorde le Programme de formation de l’école québécoise – et plus particulièrement le programme Culture et citoyenneté québécoise -, mais aussi les défis que cette pratique peut imposer au personnel enseignant.
Hirsch, S., & Borri-Anadon, C. (2023). Making Diversity in Rural Areas Visible: A Changing Perspective for Rural Schools in Québec. In C. Banack & D. Pohler (Eds.), Building Inclusive Communities in Rural Canada (pp. 47-72). University of Alberta Press.
Moisan, S. (2024). Approche antiraciste pour l’enseignement de l’histoire – l’exemple de l’esclavage transatlantique. Traces, 62(3).
Félix Mathieu (U Winnipeg, politologue) : L’interculturalisme au Québec : un projet toujours actuel
Au cours des deux dernières décennies, tous les partis politiques représentés à l’Assemblée nationale se sont prononcés, à un moment ou un autre, en faveur de l’interculturalisme comme modèle d’intégration de la diversité au Québec. Pour diverses raisons, il est aujourd’hui rejeté par la CAQ et le PQ, et ne reçoit qu’un appui timide de la part du PLQ et de QS.
Dans la société civile, ses détracteurs appartiennent autant à la droite républicaine, conservatrice et identitaire qu’à la gauche antiraciste et décoloniale. Perçu comme étant trop similaire au multiculturalisme canadien pour les uns, alors que d’autres le voient comme l’incarnation d’une autre philosophie coloniale et raciste, le modèle interculturel constitue néanmoins une philosophie et un projet équilibrés et porteurs pour envisager la société québécoise. Dans cette communication, je défendrai la position qu’il est souhaitable que le Québec se dote d’une politique contraignante en matière d’interculturalisme et je discuterai des principes directeurs qui devraient l’animer.
Maryse Potvin (UQAM, science de l’éducation, sociologue et politologue) : Le projet de loi 84 est-il un « modèle d’intercultualisme québécois » ? Regard critique et comparatif avec les politiques antérieures
Depuis les années 1970, le Québec a développé un discours public inclusif sur la diversité et a mis en œuvre un important dispositif en matière de droits de la personne et d’intégration des immigrants. Au moment où il adoptait la Charte des droits et libertés de la personne et la Charte de la langue française, qui marqueront le passage sociologique des francophones au statut de « groupe majoritaire », le Québec développait une conception officielle de « convergence culturelle » (1978), puis passait par l’approche du « contrat moral » (1991) autour d’une culture publique commune avec l’Énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration, pour ensuite, en 2002, tendre vers un « contrat civique commun », un projet de « citoyenneté québécoise » qui n’a pas abouti. Le terme d’« interculturalisme » a été de plus en plus utilisés pour identifier le nouveau cadre normatif au Québec, un modèle inclusif et pluraliste de vivre-ensemble, de citoyenneté et de libéralisme renouvelé, dont les balises ont été posées par les gouvernements successifs depuis plus de 40 ans, notamment dans l’Énoncé de politique de 1991. Ce cadre voulait répondre aux limites supposées de deux idéologies concurrentes, soit le multiculturalisme et le jacobinisme (ou républicanisme) (Conseil de l’Europe ; Lomomba et White).
Le récent projet de loi-cadre no. 84 sur l’intégration nationale, déposé en janvier 2025, prétend se situer dans le prolongement de cette vision québécoise de « l’interculturalisme ». Or, comme l’ont soulevé plusieurs experts et observateurs dans les médias récemment, le PL84 est loin de s’inscrire dans cette continuité (Carpentier, Rocher et al., 2025 ; Corbeil et Marcoux, 2025). C’est ce que ma présentation entend démontrer. Elle fait un retour sur les fondements et les enjeux politiques qui sous-tendent les politiques québécoises en matière d’intégration et d’interculturalisme depuis plus de 40 ans, afin d’éclairer à grand traits leurs convergences ou divergences avec le PL 84. Ma présentation questionne aussi les capacités du PL 84 a relevé les nombreux défis en matière d’égalité et de vivre-ensemble, en rappelant comment les polémiques publiques des 20 dernières années reflètent la lutte entre des visions concurrentes de l’interculturalisme, de l’intégration et de la laïcité.
François Côté (LL. D., PhD. Droit, chargé de cours, Université de Sherbrooke ; avocat et directeur de la recherche juridique pour Droits collectifs Québec) :
L’intégration nationale par la convergence culturelle : pour le modèle civil rassembleur d’une identité nationale commune ancrée dans l’histoire, les valeurs et le vivre-ensemble distinct du Québec
Un constat doit être posé : le multiculturalisme canadien comme modèle de (non-)intégration de la diversité, avec toute la culture des accommodements raisonnables et de l’interprétation néolibérale de common law des libertés civiles qui le caractérise, est un échec, socialement rejeté au Québec depuis des décennies qui plus est. La société québécoise, minoritaire et par définition vulnérable dans le contexte géopolitique nord-américain qui est le sien, ne s’est jamais reconnue dans ce modèle anglo-canadien ancré dans l’individualisme et le communautarisme subjectif niant la légitimité des États-nations et toute prétention à la primauté culturelle d’un groupe majoritaire sur son propre sol, sabordant ainsi en amont tout effort d’intégration cohérente de l’altérité au profit d’un communautarisme culturel éclaté, revendicateur et divisif. Quant au modèle de l’interculturalisme, celui-ci échoue tout simplement à se distinguer du précédent autrement que de manière purement académique.
Faisant suite aux nombreuses revendications civiles adressées en ce sens depuis des années, le législateur québécois vient de mettre sur pied le Projet de loi 84 : Loi sur l’intégration nationale, pour formellement affirmer la différence québécoise jusque dans nos conceptions du vivre-ensemble et de l’inclusion de la diversité, en y proposant un modèle d’intégration axé sur l’égalité formelle et universaliste, gravitant autour de l’idée d’une identité rassembleuse ancrée dans les valeurs, le droit, l’histoire, et plus largement le récit national de la société québécoise vue comme un tout cohérent et continu – invitant l’altérité à s’y reconnaître par adhésion volontaire tout en demeurant ouvert à ses enrichissements dans la mesure où ils y sont cohérents et compatibles. S’il y a une infinité de Québécois et de Québécoises de toutes les convictions, couleurs et origines, il n’y a par contre qu’une seule culture québécoise, vers laquelle tous sont appelés à tendre. Ce modèle, propre et cohérent à la société québécoise depuis l’époque où elle s’appelait Nouvelle-France, est aujourd’hui appelé à être formalisé en droit, par une réaffirmation profonde de la conception québécoise distincte des libertés de la personne et de l’inclusion sociale au travers de la représentation et de l’agir de l’État et des finances publiques.
A14 || Science et politiques publiques : enjeux, défis et perspectives des politiques publiques informées par la science
Responsables :
- Alizée Pillod (Université de Montréal)
- Antoine Lemor (Université de Montréal)
Type d’activité : Atelier
Section thématique : Politiques et administrations publiques
Horaire et salle :
- A14.1 : 21 mai 2025, 9h00 – 10h30 (Salle R-3465)
- A14.2 : 21 mai 2025, 10h45 – 12h15 (Salle R-3465)
Résumé : Dans un monde confronté à des crises sociales complexes telles que les changements climatiques, les problèmes de santé publique, la polarisation, la radicalisation, ou encore le développement des technologies, le rôle de la science dans l’élaboration des politiques publiques est devenu plus essentiel — et plus débattu — que jamais. Ce panel propose d’explorer les relations entre expertise scientifique, politique publique et société civile, en s’interrogeant sur les conditions nécessaires pour que les connaissances scientifiques contribuent efficacement aux décisions publiques et à l’intérêt général. L’interface entre science et politique se heurte toutefois à de nombreux défis : tensions entre autonomie scientifique et priorités politiques, influence des intérêts économiques, dynamique de polarisation sociale, et rôle des médias. Les scientifiques et les institutions de recherche sont souvent appelés à fournir des preuves pour éclairer les choix politiques, mais leur capacité d’influence varie considérablement selon le contexte politique, le type de preuve scientifique mobilisée (par exemple en sciences sociales) et les acteurs impliqués. Ce panel propose de réunir des chercheurs et des praticiens de divers horizons pour aborder les questions suivantes : Quels sont les principaux défis des politiques publiques informées par la science ? Comment les scientifiques peuvent-ils naviguer entre neutralité et engagement dans les débats publics ? Quel est le rôle des médias dans la diffusion et la réception des preuves scientifiques ? Et comment les décideurs publics peuvent-ils mieux intégrer ces preuves dans leurs décisions pour répondre aux défis globaux ? Les contributions au panel sont appelées à couvrir, de manière indicative et non-exhaustive, les thématiques suivantes : (1) le rôle des agences publiques de recherche et des think tanks dans la formulation des politiques publiques, en explorant comment ces organisations communiquent les résultats de la recherche aux décideurs et au public, ou comment la diplomatie scientifique peut agir dans cet objectif. (2) Les dynamiques de crédibilité et de confiance dans l’expertise scientifique, en examinant comment les crises récentes ont transformé les perceptions publiques de la science et des institutions scientifiques. (3) L’influence des médias et des réseaux sociaux dans la diffusion des preuves scientifiques, y compris la relation entre science et désinformation, en analysant comment les discours médiatiques façonnent la perception des problèmes publics et influencent l’acceptation des politiques basées sur la science. (4) Les tensions entre expertise et démocratie, en discutant des risques de technocratie et des moyens d’inclure la société civile dans les processus de décision basés sur les connaissances scientifiques. L’objectif de ce panel est de fournir un espace de réflexion interdisciplinaire sur les pratiques, les opportunités et les obstacles au renforcement de l’interface science-politique. En s’appuyant sur des études de cas empiriques et des analyses théoriques, ce panel vise à proposer des pistes concrètes pour améliorer la prise de décision informée par la science, tout en répondant aux exigences de transparence et de légitimité démocratique.
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A14.1 || Panel 1 : De l’expertise à l’action : Intégration des savoirs et résilience institutionnelle
21 mai 2025, 9h00 - 10h30 (Salle R-3465)Panel 1 : De l’expertise à l’action : Intégration des savoirs et résilience institutionnelle
- Sami Kedissa (Université Sherbrooke) : Crise de l’expertise ou l’expertise en crise?
- Rodrigue Tasse (Université de Yaoundé II et Groupe de recherche et d’études en relations internationales et stratégiques – GRERIS), Constant Fomekong Motsou (GRERIS) : L’intégration des connaissances scientifiques dans les politiques publiques : Obstacles, opportunités et stratégies pour un avenir durable.
- Antoine Lemor (Université Sherbrooke) et Philippe Bourbeau (HEC Montreal) : Construire une confiance durable : analyse de la résilience des institutions scientifiques en santé publique au Québec et en Suède durant la pandémie de COVID-19.
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A14.2 || Panel 2 : L’expertise en débat : Ignorance, crédibilité et influence des savoirs dans l’action publique
21 mai 2025, 10h45 - 12h15 (Salle R-3465)Panel 2 : L’expertise en débat : Ignorance, crédibilité et influence des savoirs dans l’action publique
- Gabriel Levesque (Université McGill) : La structure relationnelle de la production de l’ignorance.
- Emmanuel Henry (Université Paris Dauphine) : Ignorance, expertise et action publique : quels nouveaux enjeux pour l’action publique ?
- Serge Nguiffo Kayim (Université Sherbrooke) : L’expertise scientifique au service des politiques publiques : comment les think tanks construisent leur crédibilité dans l’espace public africain.
A15 || Politique étrangère et relations internationales
Type d’activité : Atelier
Section thématique : Relations internationales et politiques mondiales, Politique québécoise, canadienne et autochtone
Horaire et salle :
- A15.1 : 22 mai 2025, 9h00 – 10h30 (Salle DS-1540)
- A15.2 : 22 mai 2025, 10h45 – 12h15 (Salle DS-1540)
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A15.1 || Panel 1
22 mai 2025, 9h00 - 10h30 (Salle DS-1540)Modératrice : Sadio Soukouna (UQAM)
Panélistes :
Justin Massie, UQAM et Stéphane Roussel, ÉNAP
Comprendre la politique de défense du Canada et Roussel, Stéphane, Enap
Résumé : Le retour au pouvoir du président Donald Trump, à la tête d’un gouvernement unifié, met à l’agenda politique et médiatique un dossier habituellement peu saillant, à savoir la politique de défense du Canada. Cette communication propose un modèle d’analyse de la politique de défense fondée sur trois principaux ensembles de déterminants : les intérêts nationaux, les institutions publiques et les identités nationales. Au cœur de la politique de défense, les intérêts visent principalement la sécurité nationale, l’autonomie politique et la prospérité économique du Canada. En tant que puissance moyenne, le Canada cherche à stabiliser l’ordre international pour se protéger des menaces et renforcer son influence malgré sa proximité avec les États-Unis. Cette position encourage des relations multilatérales, notamment par le biais de l’OTAN et de l’ONU, afin de diluer les asymétries de puissance, de favoriser un environnement prévisible et de diversifier ses partenariats commerciaux, réduisant ainsi la dépendance envers les États-Unis. Au plan institutionnel, la politique de défense canadienne est façonnée par la concentration des pouvoirs dans les mains du premier ministre, épaulé par le Bureau du premier ministre et le Bureau du Conseil privé. Ceci limite l’impact des pressions parlementaires et sociétales sur la conduite de la politique de défense. Enfin, les identités culturelles et nationales du Canada influent fortement sur sa politique de défense. La dualité anglo-française pousse le pays à entretenir des liens privilégiés avec le Royaume-Uni, les États-Unis et la France. Cette orientation atlantiste renforce la cohésion nationale en unissant la société canadienne autour de valeurs communes et de liens historiques. Cette orientation entre parfois en contradiction avec l’identité de puissance pacifique et multilatéraliste du Canada, suscitant de ce fait des tensions internes dans l’exercice de la politique de défense du pays. À la lumière de ces trois dimensions, notre communication élabore quelques exemples tirés de l’histoire de la politique de défense depuis la Confédération en s’attardant notamment sur la structure et les tâches des Forces armées canadiennes, les budgets et acquisitions, ainsi que les interventions militaires. Ce modèle permet d’expliquer notamment pourquoi le Canada tend, en temps de paix, à peu investir dans son institution militaire et pourtant, paradoxalement, engager ses forces armées dans de nombreuses opérations extérieures.
Nicolas-Francois Perron, UQAM
La Stratégie Indo-Pacifique du Canada : Une quête de statut ou une approche stratégique ?
Résumé : Face aux appels internes et externes pour une position plus précise sur l’Indo-Pacifique, le Canada a publié sa première Stratégie indo-pacifique en 2022. D’une part, l’engagement dans la région est présenté par le gouvernement comme preuve de son engagement envers ses alliés, mettant en avant le rôle de leader et de partenaire fiable du Canada. D’autre part, cet engagement répondrait aux dynamiques de pouvoir changeantes dans l’Indo-Pacifique, en particulier à la montée des tensions entre la Chine et les États-Unis. Ainsi, l’implication du Canada semble motivée à la fois par des changements systémiques et par une quête de statut. Ancrée dans un cadre théorique de la théorie de l’identité sociale et de la théorie des rôles, nous soutenons que la posture canadienne y est en grande partie motivée par une quête de statut plutôt que par des considérations purement stratégiques. En d’autres termes, l’engagement du Canada dans la région est influencé par la recherche d’une position et d’un rang fondés sur des attributs collectivement valorisés. Par conséquent, les choix stratégiques du Canada sont souvent orientés par des techniques de gestion du statut, en alignement avec les attentes de ses alliés au profit d’une pensée stratégique alignant les moyens aux objectifs. Nous examinons les documents stratégiques canadiens et les acquisitions militaires pour la période de 2011 à 2024. Cette posture a des impacts importants. Quels signaux cela envoie-t-il aux alliés du Canada ? Pourquoi le Canada adopte-t-il une politique axée sur le statut ? Quelles sont les conséquences sur les capacités militaires canadiennes ?
David Morin (Université de Sherbrooke) : Le « 51 État » et la frontière canado-américaine : l’ultime défi du gouvernement Trudeau
Résumé : Alors qu’il s’apprête à quitter le pouvoir, le gouvernement Trudeau se retrouve face à un défi de taille suite au retour de l’administration Trump et à ses nombreuses déclarations concernant les mesures tarifaires de 25%, la sécurité transfrontalière, le « 51 État » et l’annexion du Canada par les Etats-Unis. Cette présentation sera l’occasion de revenir sur la gestion de la sécurité transfrontalière à l’ère Trudeau et de mettre en perspective les enjeux et les débats actuels entourant la question.
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A15. 2 || Panel 2
22 mai 2025, 10h45 - 12h15 (Salle DS-1540)Modératrice : Sadio Soukouna (UQAM)
Panélistes :
Samy Mesli (UQAM) et Jean-François Payette (UQAM)
L’échec de l’ouverture de la délégation générale du Québec à Dakar (1978)
Résumé : En 2016, le gouvernement du Québec ouvrait un bureau à Dakar – qui sera élevé deux ans plus tard au rang de Délégation générale -, inaugurant ainsi sa première représentation sur le continent africain. Ce projet avait toutefois été imaginé quarante ans plus tôt par le gouvernement de René Lévesque : en effet, en avril 1977, le premier ministre Lévesque écrivait dans une lettre au président Léopold Sédar Senghor, que le «moment était peut-être venu pour le Québec de resserrer davantage les liens l’unissant avec les pays d’Afrique», grâce à l’ouverture d’une représentation dans la capitale sénégalaise. Après avoir reçu un accord de principe des autorités sénégalaises, et de Senghor lui-même, le Québec va entamer d’âpres négociations avec le gouvernement fédéral ; et pendant deux ans, ce projet va se heurter à l’opposition d’Ottawa et de Pierre Elliott Trudeau, désireux de limiter la présence du Québec sur la scène internationale. En se basant sur la littérature existante (J.-F. Payette (2020); J. Hilliker, M. Halloran, G. Donaghy (2017); G. Duguay (2010); R. Gendron (2006); C. Morin (1987); A. Patry (1980)) et sur de nombreux fonds d’archives des autorités québécoises, cette recherche reviendra sur les raisons qui ont conduit à l’échec de l’ouverture de la délégation à Dakar. Face aux demandes du Québec, elle analysera les arguments évoqués par le gouvernement fédéral, du projet de Trudeau d’une « délégation “enveloppée” et contrôlée [par Ottawa], mais séparée de l’ambassade » (J.-F. Payette, 2020, p. 239), jusqu’à la proposition du ministre canadien des Affaires étrangères, Donald Jamieson, d’une présence du Québec à Dakar au sein des bureaux de l’ambassade canadienne, formule qui sera rejetée par le gouvernement québécois. Après l’invitation du Québec à Libreville en 1968 et son intégration à l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), et alors que les discussions sur l’organisation du premier sommet de chefs d’États de la francophonie achoppaient toujours sur la question de la présence du Québec, cette communication démontrera que l’échec de l’ouverture d’une délégation à Dakar a constitué un nouvel épisode des rivalités fédérales-provinciales en Afrique, mettant en lumière la ferme volonté du gouvernement canadien de restreindre les activités internationales du Québec.
Rainer Ricardo, UdeM
Dons et néocolonialisme : La gratitude cubaine comme instrument de l’impérialisme émotionnel américain
Résumé : En 1902, Cuba a officiellement atteint la « souveraineté » sous un protectorat américain, une situation consolidée par l’amendement Platt. Cette législation, promulguée par le Congrès américain, restreignait sévèrement les droits de Cuba en tant que nation souveraine. L’une de ses dispositions interdisait au gouvernement cubain d’établir des relations diplomatiques avec des États européens et légalisait l’intervention des États-Unis dans les affaires intérieures cubaines. Incorporée dans la première constitution cubaine en tant qu’annexe, la résolution Platt est restée en vigueur jusqu’à son abrogation en 1934. La question qui se pose alors est de savoir quels facteurs ont incité les autorités cubaines à accepter « volontairement » la résolution Platt. La réponse directe est que les Cubains n’avaient pas d’autre choix que d’acquiescer. Toutefois, une explication plus nuancée suggère que les autorités cubaines ont été contraintes de croire qu’elles avaient l’obligation morale d’exprimer leur gratitude aux États-Unis pour sa contribution significative à l’indépendance de Cuba. Par conséquent, les Américains considéraient que Cuba était moralement redevable envers les États-Unis pour le « don » international que représentait son indépendance vis-à-vis de l’Espagne. En retour, elle était censée leur offrir un contredon : un protectorat institutionnalisé par l’amendement Platt.
François Audet (ESG-UQÀM)
Bilan de l’ère Trudeau en matière d’aide internationale : Entre ambitions et réalités
Résumé : Depuis son arrivée au pouvoir en 2015, Justin Trudeau a positionné le Canada comme un acteur engagé en aide internationale. La Politique d’aide internationale féministe (PAIF), lancée en 2017, a marqué une volonté de transformer l’approche canadienne en priorisant l’égalité des genres. Cependant, malgré ces ambitions, le bilan de l’ère Trudeau présente des contrastes importants.
D’une part, le Canada a augmenté son engagement en faveur des crises humanitaires et du climat, tout en renforçant son leadership multilatéral. D’autre part, l’aide publique au développement (APD) en pourcentage du PIB est restée en deçà des engagements internationaux, soulevant des critiques quant à un écart entre discours et actions. Par ailleurs, la récente conjoncture économique et politique a entraîné des coupes budgétaires, remettant en question la pérennité des engagements pris.
Cette présentation analysera les principales réalisations et limites des politiques d’aide internationale sous Trudeau, en s’appuyant sur des données récentes et en considérant certains contextes incluant Gaza, l’Ukraine et Haiti. Elle examinera également les perspectives pour l’avenir, à l’aube d’un possible changement de leadership politique au Canada.
Mykola Durman (ENAP)
Les décisions politiques et « la balançoire » économiques : le point de vue d’un Ukrainien vivant au Canada
Résumé : L’instabilité politique et les fluctuations de l’économie mondiale sont devenues une constante. Les récentes décisions du président américain Donald Trump et de son gouvernement ont amplifié cette instabilité. Même sans documents législatifs concrets, elles obligent d’autres acteurs – organisations supranationales (UE), alliances politiques (OTAN), gouvernements et organisations publiques et privées – à réagir.
Ces réactions peuvent être de deux types : minimiser les effets immédiats de ces fluctuations (réaction) ou anticiper leurs conséquences potentielles (action proactive, planification stratégique). Si ces décisions peuvent être analysées sous un prisme militaire et sécuritaire, nous privilégions ici leur impact économique, notamment sur les relations internationales et le commerce mondial.
La relation économique entre les États-Unis et le Canada, bien que profondément intégrée, connaît une période de tensions croissantes. Ces tensions ont été exacerbées par les politiques commerciales américaines, telles que l’imposition de tarifs douaniers sur les produits canadiens comme l’acier et l’aluminium, ainsi que par les négociations complexes autour du nouvel accord commercial (USMCA), qui a remplacé l’ALENA. De plus, des divergences en matière de politique environnementale, de sécurité et de gestion des frontières ajoutent des couches de complexité à cette dynamique. Ces désaccords ont créé une atmosphère de méfiance, affectant non seulement les relations bilatérales, mais aussi la stabilité économique des deux nations.
Nous analyserons comment ces turbulences économiques affectent les relations entre les États-Unis et le Canada à travers le regard d’un chercheur ukrainien en politique réglementaire, vivant au Canada et observant ce phénomène de l’intérieur. Cette approche aidera à mieux comprendre la position des Européens, qui, après des décennies de stabilité dans la coopération euro-atlantique, cherchent aujourd’hui leur place dans un nouvel ordre économique mondial.
A16 || Populisme, régionalisme et nationalisme au Canada : débats théoriques et comparatifs
Responsables:
- Audrey Gagnon, Université d’Ottawa
- Efe Peker, Université d’Ottawa
Type d’activité : Table ronde
Section thématique : Politique québécoise, canadienne et autochtone, Politique comparée
Horaire et salle : 22 mai 2025, 9h00 – 10h30 (Salle R-3540)
Participantes :
Audrey Gagnon, Université d’Ottawa
Efe Peker, Université d’Ottawa
Frédérick Boily, Université de l’Alberta
Chedly Belkhodja, Université Concordia
Résumé : Alors que les études sur le populisme abondent, explorant particulièrement ce phénomène aux États-Unis, en Europe ou encore en Amérique Latine, certains cas d’étude demeurent négligés, comme le Canada. Toutefois, ce manque d’intérêt académique ne signifie pas qu’il n’y a jamais eu de partis et de mouvements populistes sur la scène politique fédérale ou provinciale canadienne. Au contraire, des partis et des mouvements populistes ont émergé tout au long de l’histoire et à travers les différentes régions du pays, partageant une critique féroce des élites politiques qui représenteraient leurs propres intérêts au détriment de la voix du peuple. Ces partis et mouvements ont pris différentes formes d’une région à l’autre et se sont situés aussi bien à gauche qu’à droite de l’échiquier politique. En effet, le populisme est souvent décrit comme ayant une propriété caméléonesque, ce qui signifie qu’il peut se manifester sous diverses formes et se croiser avec différentes idéologies telles que le néolibéralisme, le libertarianisme, le nativisme, le marxisme, le socialisme ou toute autre idéologie sur l’échiquier politique. Comment le populisme se manifeste-t-il au Canada ? Ce panel discutera des différentes formes de populisme que l’on trouve dans le pays, tout en les comparant à des cas ailleurs dans le monde. Il portera une attention particulière sur la relation entre le populisme et le régionalisme, la démocratie, et le fascisme.
Papier 1 – Titre : Les nombreux visages du populisme de droite au Canada
Audrey Gagnon, Université d’Ottawa, audrey.gagnon@c-rex.uio.no
Efe Peker, Université d’Ottawa, epeker@uottawa.ca
Si le populisme est devenu une force politique importante dans de nombreuses démocraties libérales, il est généralement considéré moins dominant dans les systèmes partisans au Québec et dans le reste du Canada. En effet, en raison de divers facteurs « d’offre » et de « demande » identifiés dans la littérature, le cas canadien est parfois dépeint comme une « exception » à la vague populiste dans le monde occidental. Pourtant, le Canada a connu, à travers le temps et sa géographie, plusieurs acteurs politiques populistes se revendiquant d’exprimer le mécontentement populaire à l’égard des élites. Cette étude offre un survol des partis populistes de droite au niveau fédéral et dans les provinces de l’Alberta, de l’Ontario, du Québec et du Nouveau-Brunswick, tout en abordant leurs relations avec le régionalisme canadien.
Papier 2 – Titre: Continuité idéologique entre populisme et fascisme : problèmes et confusions théoriques
Frédérick Boily, Université de l’Alberta, fboily@ualberta.ca
L’idée voulant que le populisme conduise au fascisme, voire au totalitarisme est très présente dans les débats entourant le phénomène. À la fois sur le terrain théorique avec des auteurs qui affirment que le populisme est en quelque sorte l’héritier direct ou indirect de ce qui s’est passé dans les années 1930 et 1940 ainsi que dans les médias où le lien entre populisme et fascisme est souvent fait de manière plus ou moins explicite. On a d’ailleurs assisté à ce phénomène lors de la présidentielle américaine de 2024 lorsque Donald Trump a été dépeint à la fois comme populiste ainsi que sous les traits d’un fasciste.
Or, cette façon de voir qui pose une continuité entre populisme et fascisme soulève de nombreuses questions d’ordre théorique qui, par la suite, déborde dans le champ partisan et militant. Établir un lien de continuité amène en effet à poser que la différence entre les deux consiste simplement en une question de degré et non de nature. Nous examinerons donc cette idée que le populisme soit le premier pas vers le fascisme en montrant qu’elle peut induire en erreur sur la nature du fascisme et du totalitarisme.
Papier 3 – Titre: Une tradition démocratique oubliée? L’expérience progressiste du populisme canadien
Chedly Belkhodja, Université Concordia, chedly.belkhodja@concordia.ca
Le Canada n’échappe pas à la grande confusion actuelle qui règne autour de l’emploi du vocable « populisme » dans la vie politique contemporaine. Il n’échappe pas à cette façon de présenter le populisme sous la forme d’une réaction démagogique ou d’une menace à la démocratie qui se fige autour des expressions politiques et populaires de la droite radicale. Depuis les années 2000, cette représentation domine le monde académique qui s’intéresse à comprendre le succès des partis populistes de droite et les révoltes populaires à l’image du convoi des camionneurs qui a occupé les rues du centre-ville de Ottawa durant l’hiver 2022.
Cette tendance à se focaliser sur le populisme de droite comme une expression d’une radicalisation du conservatisme canadien, voire son américanisation dans la tradition du néo-conservatisme réduit le champ d’analyse du concept. On se limite à considérer l’expression populiste sous la forme d’une idéologie perturbatrice d’un système politique fondé autour des idéologies libérales et conservatrices (Louis Hart, Horowitz). On considère le populisme à la périphérie du système, ce que la plupart des travaux empiristes en science politique considèrent d’usage dès les années 1950 et 1960 (ex : Edward Shils, Martin Seymour Lipset, Maurice Pinard, Michael Stein). Il me semble important de comprendre pourquoi la science politique adopte une posture anti-démocratique à l’endroit de la place à donner au peuple.
Dans ma communication, je revisite la place de la tradition du populisme progressiste dans l’étude du populisme au Canada. D’une part, en suivant l’analyse plus critique de Federico Tarragoni, Antoine Chollet et autres auteurs, je propose une lecture de la relation entre le populisme et la démocratie. Ensuite, je présente les travaux historiographiques de certains auteurs canadiens (ex : David Laycock, Alvin Finkel, Roger Gibbins, Richards) qui vont me permette de réintroduire des concepts oubliés de la tradition progressiste du populisme canadien, soit la démocratie participative, le progressisme, l’aliénation, le régionalisme. Notre objectif n’est pas de se limiter à une étude historique de la tradition progressiste mais de voir comment la considérer dans le temps présent.
Tables rondes
TB1 || La/le politologue dans la cité
Responsables :
- Philip-Emmanuel Aubry (Université McGill)
- Georges Mercier (Université de Montréal / Sciences Po Paris)
Type d’activité : Table ronde
Section thématique : Politique québécoise, canadienne et autochtone, Politique comparée, Politiques et administrations publiques, Politiques locales et urbaines, Relations internationales et politiques mondiales, Sociologie et comportements politiques, Théories et pensées politiques, Médiatisation et communication politiques, Enjeux de méthodes, d’enseignement ou de développement professionnel
Résumé : L’inscription du/de la spécialiste des sciences sociales dans la cité a toujours été problématique. Depuis la conférence fameuse de Max Weber en 1917, la place des sociologues (et a fortiori des politologues) dans la communauté politique est suivie d’un point d’interrogation. Que peuvent-ils/elles dire ? Que doivent-ils/elles faire ? Quelles sont les bornes légitimes de leur engagement ? Ces questions, bien qu’elles soient anciennes, demeurent d’une actualité pressante dans un contexte où les sociétés contemporaines font face à de multiples défis, comme en témoignent la multiplication contemporaine des colloques autour du thème de la « crise ». L’ambition de cette table ronde est de discuter de cette question autour de trois axes : normatif, historique et ethnographique. Nous voulons proposer une réflexion collective au sujet de la pratique contemporaine des sciences sociales et, plus particulièrement, de la science politique. Par exemple, nous pouvons imaginer une présentation brève qui porterait sur l’explicitation du contexte de la fameuse conférence wébérienne et ses liens avec le nôtre ; une présentation portant sur l’idée du sociologue comme agent de consensus chez Edward Shils ; ou bien même une réévaluation critique de la critique de la neutralité axiologique chez Sandra Harding. Il s’agirait, dans tous les cas, de tester des hypothèses contemporaines sur l’imbrication du « savant »dans sa société, éventuellement à partir des enjeux qui sollicitent fréquemment les politologues québécois.es, tels que les questions liées à l’immigration ou à l’accommodement de la diversité culturelle dans une société plurielle. Nous estimons que cette table ronde, qui touche au cœur de notre pratique politologique, possède un haut potentiel de fédérer un grand nombre de participant.e.s.
- Philip-Emmanuel Aubry : La conférence de Max Weber sur la profession/vocation de savant dans son contexte et aujourd’hui
- Stéphanie Chouinard : Au-delà des solitudes dans la recherche et la communication médiatique
- Jean Mercier : L’expertise du politologue et sa contribution dans les commissions spéciales
- Guy Laforest : Entre le savant et le politique, et parfois les deux en même temps
- Georges Mercier : remarques d’introduction et de conclusion, modération
TB2 || Responsabilité et engagement politique des chercheurs et chercheuses
Responsable :
- Mahir Ergun (UQAM)
Type d’activité : Table ronde
Section thématique : Théories et pensées politiques, Enjeux de méthodes, d’enseignement ou de développement professionnel, Sociologie politique
Cette table ronde vise à discuter de la question de l’engagement et de la responsabilité politique des personnes chercheuses en science politique. Cela nécessite une discussion non seulement sur une question éthique, mais aussi sur une objectivité pratique et inhérente au-delà de ce qui est souhaité. Lors de la table ronde, la question sera abordée sous trois angles.
Premier angle: «Théoriser ou ne pas théoriser, telle est la question » : Les impacts politique de la théorie et la responsabilité des théoricien-e-s»
Mahir Ergun, UQAM et CAPED
Cette communication vise à discuter de l’impact du théoricien politique sur le champ politique et de sa responsabilité qui en découle. Pour mener cette discussion, il est d’abord nécessaire de comprendre ce qu’est la théorie politique. Il n’est cependant pas possible d’établir une définition sur laquelle chaque personne serait d’accord ; différentes auteures ont eu des approches différentes du sujet. Il existe également des débats de longue date afin de savoir si la théorie politique peut être considérée comme faisant partie de la science politique. Un phénomène politique peut être compris et interprété de différentes manières par différentes personnes observatrices. Les jugements de valeur de la personne observatrice et son rapport individuel au problème politique jouent ici un rôle. Cela est moins visible lorsqu’il s’agit de théories sur les phénomènes naturels. La subjectivité de la personne théoricienne joue moins de rôle dans la compréhension d’un problème naturel, et l’expérimentation plutôt que l’interprétation prend le pas. C’est le principal facteur qui rend la nature scientifique de la théorie politique controversée pour certains auteurs. Autrement dit, ce qui distingue un-e théoricien-ne politique d’un-e théoricienne physique, c’est que la subjectivité de la personne théoricienne, son rapport à son sujet et ses jugements de valeur sont plus significatifs pour expliquer les phénomènes politiques que pour expliquer les phénomènes physiques ou chimiques.
Il existe cependant une autre dimension à ce problème : Une théorie proposée sur des phénomènes naturels n’a pas d’effet direct sur son sujet, le développement d’une théorie pour la classification des éléments en chimie n’affectera pas le comportement des éléments. Cependant, les théories proposées sur les phénomènes politiques peuvent créer des conséquences politiques. Par exemple, lorsque Léo Strauss définit ce qu’est la théorie politique de son propre point de vue, il cite « Der Judenstaat » de Theodor Herzl comme un ouvrage de théorie politique. Quand on parle du sionisme aujourd’hui, il est presque impossible de ne pas mentionner le nom de Theodor Herzl. Ou, par exemple, la théorie de la valeur de Karl Marx a non seulement expliqué les lois du capitalisme, mais a également eu une grande influence sur de nombreux mouvements sociaux des cent cinquante dernières années.
Ainsi, le facteur fondamental qui distingue la théorie politique, ou plus généralement les théories des sciences sociales, des théories des sciences naturelles n’est pas seulement la méthodologie appliquée à l’élaboration de ces théories, ou des questions telles que la falsification empirique de la théorie, mais aussi l’impact que la théorie a sur son sujet après avoir été proposée. Cette situation place une responsabilité sur les théoriciennes politiques et influence souvent leurs décisions et leurs orientations.
Deuxième angle : « Tâtonner pour mieux trouver : les précautions de l’enquête »
Ornella Graziani, Université de Corse – UMR LISA / CESSP
L’étude des groupes d’activistes et des partis politiques repose souvent sur l’observation participante (Bachelot, 2011 ; Lefebvre, 2010) ou, à minima, sur une immersion partielle sur le terrain . Ce choix méthodologique soulève cependant des enjeux spécifiques, notamment le risque d’encliquage (Olivier de Sardan, 1995), c’est-à-dire une proximité trop grande avec le milieu étudié, pouvant influencer l’analyse. Dans les contextes les plus contraints – tels que les régimes autoritaires ou les structures considérées comme « illégales » –, l’établissement d’une relation de confiance avec les enquêtés devient essentiel. Cette relation implique souvent d’adopter une posture morale qui dépasse la simple neutralité scientifique (Vannetzel, 2018). Pourtant, cette proximité pose un dilemme : jusqu’où aller dans la collecte et l’analyse des données sans risquer de produire une forme d’enquête assimilable à un travail de renseignement ? Comment maintenir une éthique de recherche rigoureuse sans que l’investigation ne se transforme en un inventaire au service d’acteurs extérieurs ?
Face à ces tensions, le ou la politiste doit composer avec une posture ambivalente vis-à-vis de son objet d’étude, ce qui l’amène souvent à diversifier ses méthodes d’enquête. Cette communication propose d’examiner ces défis méthodologiques en mettant en lumière les tensions inhérentes à la production du terrain et les stratégies mises en place pour y répondre. Ainsi, deux questions principales structurent cette réflexion :
- Dans quelle mesure la confiance établie avec les enquêtés façonne-t-elle les stratégies d’enquête et la posture du chercheur ou de la chercheuse ? (Voir à ce sujet le numéro de Revue Internationale : Enquêter dans les partis politiques Perspectives comparées. (2010) 17, (4)
- Quelles précautions méthodologiques sont à adopter pour mener une recherche sur des groupes d’activistes et des partis politiques dans des contextes sensibles ?
Matériaux et méthodologie mobilisée :
Cette communication s’appuie sur un terrain de thèse réalisé entre 2018 et 2024 portant sur l’institutionnalisation du mouvement nationaliste corse dont la particularité est qu’il est pluripartisan. De plus, ce travail s’inscrit dans une perspective au-delà des partis en mobilisant une enquête autour des associations et syndicats reliés au mouvement. Ainsi, cette recherche repose sur une méthodologie pluridisciplinaire, combinant ethnographies, entretiens semi-directifs, prosopographie et analyse d’archives des renseignements généraux ainsi que d’archives partisanes et médiatiques. Elle vise à réfléchir sur les précautions méthodologiques mais également les contraintes qui s’imposent aux chercheurs et chercheuses.
Troisième angle : « Du rapport de force institutionnel au conflit idéologique : les obstacles multiformes d’une recherche politiquement orientée »
Soriya Kan, UQAM, CAPED et Observatoire des profilages policiers
Évoquer la responsabilité politique des personnes chercheuses en science politique doit être aussi compris dans une relation qui n’est pas exclusivement unilatérale. Autrement dit, le monde social et l’université à part entière agissent aussi en retour sur la chercheuse et produisent des effets sur elle et, partant, sa production. Ce troisième angle évoquera particulièrement les défis du milieu universitaire dans une production considérée comme « orientée » politiquement. Dans la perspective qui sera abordée, celle de ma recherche portant sur les pratiques et stratégies de défense envers la police française, les obstacles sont multi-positionnels. Ils peuvent conduire dans un premier temps à une errance institutionnelle au sein de l’académie : à quel(s) centre(s) de recherche se rattacher, par exemple. Dans un deuxième temps, la question des financements et in fine de la pérennisation de la production peut se révéler un problème dans l’optique d’une recherche non-consensuelle. Finalement, ces deux premiers freins sont en eux-mêmes débordés par le contexte idéologique et politique, où il nous faut redoubler de vigilance pour ne compromettre ni les personnes enquêtées, ni se mettre en danger à titre personnel. Ici se situe un tiraillement intéressant : dans un premier champ, celui universitaire, il faudra se défendre de toute prétention idéologique et militante pour s’assurer, stratégiquement, le financement et une avancée de carrière dans un milieu dont certaines instances prônent le primat de la neutralité scientifique. Dans le champ militant, nous pouvons faire face à des représentations de nos travaux comme posant une menace propagandiste, rarement abordés dans le contexte de leur scientificité. À partir de là, alors, se pose une question : dans un tel réseau de dynamiques de pouvoir, où commence la science sociale et où s’arrête l’engagement politique, quand ces délimitations semblent fréquemment nous être imposées ? Comment envisager une production de science politique qui se rapporte de près à des problématiques contemporaines et sensibles, lorsque nous sommes mises face, tour à tour, à des pressions institutionnelles et aux dangers des conflits idéologiques qui dépassent le milieu universitaire, voire le prennent pour cible ?
Cette intervention postulera que les conditions de production infuseront nos productions en ellesmêmes. Il y sera question du rapport de force qui peut nous amener à euphémiser nos questions de recherche voire changer nos cadres de référence pour épouser les codes d’une recherche respectable. Dans certains cas comme le mien, se délocaliser dans un contexte tierce est aussi tactique, dans la mesure où l’éloignement géographique peut être, sous divers aspects, une alternative féconde, moins soumises aux pressions politiques nationales, aux logiques disciplinaires des universités (françaises, dans le cas qui sera abordé) et à la menace concrète de groupes d’extrême- droite dont les assauts répétés envers les chercheur-ses en science sociale peuvent déstabiliser la bonne poursuite de nos contributions. L’élaboration de nos productions ne se limitera donc pas uniquement à nos conditions de travail en tant que chercheuse, mais bien en tant que sujet aux prises avec de multiples rapports de pouvoir qui traversent concomitamment université et champ militant.
TB3 || Méthodologies historiques appliquées aux problèmes contemporains : démêler les dynamiques sociopolitiques modernes par analogie avec d’autres périodes de transformation
Responsables :
- Lucas Jerusalimiec (Université McGill)
- Marcus Charlesworth (Université d’Ottawa)
Type d’activité : Table ronde
Section thématique : Politiques et administrations publiques, Politiques locales et urbaines, Sociologie et comportements politiques, Théories et pensées politiques
Résumé : Cette table ronde traite des façons dont nous pouvons utiliser les travaux historiques de science politique et de théorie politique pour reconceptualiser le problème de l’articulation des classes sociales ou des corporations dans les sociétés modernes individualistes. Alors que les analyses descriptives réussissent à décrire les attributs socioéconomiques des individus qui s’identifient à des étiquettes de groupe, tracer des limites autour de ces groupes pour permettre une analyse globale s’avère souvent difficile. Cela représente un défi pour les chercheurs en science politique qui reconnaissent que les dynamiques intragroupes sont des moteurs importants de la transformation sociale en cours. Les périodes historiques de transformation sociale ont généré des travaux idiosyncratiques de science politique et de théorie qui peuvent suggérer des méthodologies alternatives pour s’attaquer à ce problème. La table comprend des communications portant des racines de la société capitaliste au Canada, des implications théoriques et éthiques de tel développement pour les valeurs attribuées à la famille et aux identités régionales, et de la politisation des intérêts corporatifs des fonctionnaires face à aux développements constitutionnels qui ont jeté les bases pour toutes ces réalités socioéconomiques..
Panélistes et communications :
- Marcus Charlesworth (Université d’Ottawa) : Pourquoi je reste en ville
- Andrew Strebkov (Université d’Ottawa) : Roger Scruton : Famille versus individu
- Tristan Daboval-Singer (UQAM) : L’émergence du capitalisme au Québec aux XIXe et XXe siècles : continuité ou rupture?
- Lucas Jerusalimiec (Université McGill) : La couronne en tant que personne morale : une approche bodinienne de l’analyse des échecs de gouvernance
TB5 || Théories politiques de la légitimité et écologie politique
Responsable:
- Paul May, UQAM
Type d’activité : Table ronde
Section thématique : Théories et pensées politiques
Panélistes :
- Mathilde Michaud, UQAM
- Marie Alice Couturier, UQAM
- Antoine Quézel, UQAM
- Frédérick Guillaume Dufour, UQAM
Résumé : Cette table ronde vise à ouvrir un dialogue entre les théories politiques de la légitimité et la recherche portant sur l’écologie politique. Plus précisément, il s’agira de proposer une théorisation des problèmes de légitimité, d’une part, et de légitimation, d’autre part, qui puisse être appliquée au contexte inédit du dérèglement écologique. La littérature universitaire montre que toute autorité s’efforce d’apparaître légitime auprès de la population sur laquelle son pouvoir elle s’exerce. Ceci implique que l’État est confronté à la nécessité de faire évoluer les mécanismes de légitimation en fonction de l’évolution des mœurs au sein de la société civile. La littérature existante sur la légitimité présente toutefois certains points que nous souhaitons discuter dans ce panel. D’abord, contrairement à ce qu’affirment certains auteurs (Pye, 1971; Boisvert, 2002; Castell, 2015), la contestation, même massive, ne suffit pas pour qualifier une crise de légitimité. De même, nous nous inscrivons en porte-à-faux avec la thèse voulant que l’absence de recours à la contrainte physique soit un critère d’observation de la légitimité (Habermas, 1975; Dogan, 2008; Hermet, 2015). Nous avançons ici l’idée que la problématique de la légitimité s’entend comme une revendication fondée en justice formulée à l’endroit d’un objet d’évaluation potentiel (Quézel, 202.). La crise de légitimité, quant à elle, pour être avérée, doit également menacer directement l’existence même de l’objet contre lequel elle s’applique (Ibid.). Bien que la crise de légitimation ait déjà été définie dans la littérature (Habermas, 1975), l’opérationnalisation de la distinction problème/crise demeure équivoque. Afin de clarifier, il est nécessaire de rappeler la fonction de la légitimation qui consiste à faire adhérer d’autres personnes à notre légitimité. Elle se mesure donc par sa capacité à y parvenir (Quézel, 2024). Une première communication se penchera sur l’aspect théorique du débat et sur l’élaboration d’un cadre conceptuel issu des théories de la légitimation. Une seconde communication abordera deux courants d’écologie critique – le biorégionalisme (Evanoff, 2017) et l’environnementalisme de la Nouvelle droite (François, 2022) – qui sont en apparence éloignés l’un de l’autre mais qui posent un problème de légitimité convergent (Olsen, 2000) dans leur contestation des institutions libérales. Leurs discours contestataires s’inscrivent dans la longue tradition des courants romantiques des anti-Lumières (Frenkel, 1994; Forchtner, 2019), mais ils se voient bénéficier d’une légitimation supplémentaire et inédite dans le contexte écologique actuel. Une troisième communication se penchera sur les manières dont l’enjeu écologique peut agir comme mécanisme de reformulation et de redéfinition de la légitimité des institutions existantes, notamment lorsque celles-ci se pérennisent à travers l’anticipation et la récupération des contestations qui leurs sont adressées (Sklair, 2019; Xing et al., 2024). Il s’agira de présenter, à l’aide du champ des platform studies (Van Dijck, 2014; Van Dijck, Poell et de Waal, 2018), les stratégies de légitimation déployées par des institutions économiques, dont les mécanismes et les technologies de légitimation sont encore plus souples que ceux des institutions étatiques. (Montalban et al., 2019; Boyer, 2020)
TB6 || Les technologies numériques facilitatrices de la participation civile à la guerre : de la démocratisation de la guerre à la militarisation des sociétés
Responsable :
- Simon Hogue, UQAM
Type d’activité : Table ronde
Section thématique : Relations internationales et politiques mondiales
Animation : Simon Hogue, UQAM
Participants :
- David Grondin, professeur de communication, Université de Montréal
- Grégoire Hervouet-Zeiber, postdoctorant en anthropologie, Université McGill
- Simon Hogue, professeur de science politique, UQAM
- Fanny Tan-Therrien, étudiante à la maîtrise en science politique, UQAM
- Gabrielle Veilleux-Verreault, doctorante en bioéthique, Université de Montréal
Résumé : La table ronde se penchera sur la participation des populations civiles à la guerre, afin de problématiser le lien entre les technologies numériques et le rôle accru des civils dans les guerres récentes. Traditionnellement, les civils sont perçus comme des observateurs passifs d’une guerre menée par des hommes en armes. Or, cette distinction s’effondre avec la révolution numérique. Comme le notait Merrin (2019), les technologies numériques ont rendu possible la « guerre participative » « où tout un chacun peut participer ». De façon générale, les technologies numériques ont engendré une révolution participative, facilitant l’engagement politique citoyen. Cet engagement se constate également en contexte de conflit. Journalisme citoyen, enquêtes numériques mobilisant les données ouvertes, collectes de sociofinancement et combats de mèmes sont menés au nom de la guerre. À ces pratiques s’ajoutent des initiatives de surveillance de la guerre, où les citoyens armés de leurs téléphones intelligents peuvent partager les déplacements des troupes ennemies, sonner l’alarme face à des attaques de missiles ou enregistrer des preuves des crimes de guerre commis par l’agresseur. De leur côté, les individus engagés dans les unités de combats profitent des technologies numériques pour partager leurs expériences du front ou participer à d’autres activités en ligne au risque de menacer les chaînes de commandement. L’omniprésence des technologies numériques dans la guerre force la réflexion : d’abord, une réflexion sur leur impact sur la participation des individus à la guerre et, par extension, une réflexion sur l’impact de cette participation numérique sur la guerre et la société plus généralement. L’utilisation des technologies numériques brouille les catégories historiques de la guerre et la conduite de la guerre en mobilisant l’effort citoyen au service des États belligérants, poursuivant de fait la privatisation de la guerre en cours. Elle transforme les frontières de la guerre dans la mesure où ces technologies sont, par conception, transnationales et permettent de mettre en réseau des individus par-delà les frontières nationales. La démocratisation de la participation politique portée par les technologies numériques entraîne en outre un risque de militarisation des sociétés alors que de plus en plus de citoyens s’engagent et reproduisent les codes de la guerre dans leurs activités quotidiennes. La table ronde abordera ces questions en mettant en lumière, enfin, la dynamique de pouvoir entre les initiatives entreprises par les individus dans le cadre de la guerre (par exemple, la construction des récits, le sociofinancement, l’entrepreneuriat numérique, la résistance) et les efforts de réappropriation par l’État de ces initiatives au profit de la conduite de la guerre.
TB7 || Menaces à la démocratie : l’impact de l’ingérence étrangère, de la désinformation numérique et de l’intelligence artificielle sur les élections mondiales en 2024
Responsable :
- Frédérick Gagnon, UQAM
Animation : Frédérick Gagnon, professeur de science politique, UQAM
Participants :
- Yann Roche, professeur de géographie, UQAM
- Sarah-Myriam Martin-Brûlé, professeure de science politique, Université Bishop’s
- Danny Gagné, chercheur en résidence, Observatoire des conflits multidimensionnels à la Chaire Raoul-Dandurand
- Serge Granger, professeur de politique appliquée, Université de Sherbrooke
Commentaire : Simon Hogue, professeur de science politique, UQAM
Type d’activité : Table ronde
Section thématique : Relations internationales et politiques mondiales
Résumé : Dans son dernier numéro de l’année 2023, l’hebdomadaire britannique The Economist notait que l’année 2024 serait celle où le plus grand nombre de citoyens de la planète irait aux urnes. En effet, des élections étaient prévues dans plus de 70 pays, touchant près de 2 milliards de personnes. Ce qui aurait dû être une « année triomphale » pour la démocratie était toutefois source de stress, notamment en raison de la montée de l’illibéralisme et des risques que les scrutins soient la cible de vagues de désinformation en ligne nourries par l’intelligence artificielle. D’une certaine façon, The Economist actualisait des craintes qui circulent dans les débats politiques depuis près d’une décennie. Les menaces à la démocratie engendrées par l’ingérence étrangère et la désinformation numérique constituent un thème récurrent dans l’étude des relations internationales depuis au moins la présidentielle américaine de 2016. La Russie avait alors instrumentalisé les plateformes numériques, dont Facebook, pour promouvoir des discours extrémistes et clivants auprès des électeurs américains, en plus de voler et de divulguer publiquement des courriels confidentiels de l’équipe démocrate. Des actions similaires pendant les élections françaises et allemandes ont continué à alimenter les craintes de voir un État illibéral exploiter l’ouverture des démocraties occidentales contre elles-mêmes. Au Canada, ces inquiétudes se sont principalement concentrées sur les activités de la Chine, quoique la Commission d’enquête sur l’ingérence étrangère a aussi relevé des pratiques insidieuses provenant de l’Inde et, à moindre égard, de la Russie. Si les activités d’ingérence étrangère et de désinformation numérique dans le but de miner l’intégrité de la démocratie sont documentées et les craintes, bien réelles, les mécanismes d’influence – l’effet de la désinformation sur l’opinion publique – demeurent mal compris. Convaincre un individu d’adhérer à des idées diffusées en ligne est un processus complexe et la désinformation s’insère dans un ensemble de transformations sociopolitiques et médiatiques qui, comme la polarisation de nos sociétés et la perte de confiance envers les médias traditionnels, affectent tout autant l’opinion publique. Un an après la mise en garde faite par The Economist, cette table ronde évaluera les manières dont l’ingérence étrangère, la désinformation numérique et l’intelligence artificielle ont affecté diverses élections qui ont marqué le monde en 2024. Comparant des scrutins comme ceux ayant eu lieu à Taïwan, en Inde, aux États-Unis et sur le continent africain, les participant.e.s à la table ronde illustreront les similitudes et les différences entre les pratiques d’ingérence (leur nature, leurs commanditaires, etc.) observées dans ces divers pays. Il s’agira également d’évaluer si la désinformation et le recours à l’intelligence artificielle visent les mêmes objectifs ou exploitent les mêmes thèmes, indépendamment des dynamiques locales et des contextes nationaux propres aux divers pays étudiés.
TB8 || L’usage de la rhétorique complotiste dans les discours politiques actuels
Responsables et panélistes :
- Paul May (UQAM)
- Elyamine Settoul, Conservatoire National des Arts et Métiers / Sciences Po Paris
- Frédérick Guillaume Dufour, UQAM
- Mathieu Colin, UQAM
Type d’activité : Table ronde
Section thématique : Politique québécoise, canadienne et autochtone, Sociologie et comportements politiques
Résumé : Cette table ronde analyse les dynamiques complotistes présentes au sein de plusieurs mouvements politiques contemporains, notamment les groupes d’extrême droite et les islamistes radicaux. Le complotisme se définit ici comme « l’idée que certains individus ou groupes sociaux se concertent pour organiser la marche du monde alors que leurs agissements sont gardés secrets » (Rebillard, 2017). Certaines franges de l’opinion publique ont recours aux théories du complot dans le but de fournir une explication à des phénomènes politiques complexes et d’en proposer une interprétation manichéenne. La littérature universitaire a souligné les liens étroits qui existaient entre l’extrémisme politique et le complotisme (Lefebvre et Colin 2024). L’un et l’autre tendent : 1) à désigner un groupe spécifique d’individus comme responsable d’une crise sociale donnée; 2) à remettre en cause systématiquement l’expertise scientifique sur des sujets comme le changement climatique ou les crises sanitaires, 3) à légitimer l’usage de la violence, perçue comme un levier légitime pour faire avancer un agenda politique (Delouvée et Dieguez 2021). Dans la littérature universitaire actuelle, peu de comparaisons ont été effectuées entre l’usage du complotisme par l’extrême droite et par les mouvements islamistes radicaux. Cet atelier vise à corriger cette lacune en identifiant dans quelle mesure les discours complotistes de ces deux franges du paysage politique se rejoignent, et surtout de quelle manière ils puisent aux mêmes sources d’informations (à travers Internet notamment, mais aussi via des ouvrages destinés au grand public). Une première intervention, effectuée par Elyamine Settoul, sera consacrée à la présentation des résultats d’une enquête de terrain menée auprès des détenus de droit commun susceptibles de radicalisation (DCSR) en France. Cette étude, qui a donné lieu à une première publication aux Presses Universitaires de France, se penche sur les motivations idéologiques et les sources d’informations utilisées par les personnes soupçonnées de terrorisme islamique. Une seconde intervention, réalisée par Mathieu Colin, soulignera comment le complotisme se constitue en tant que réponse politique à la délégitimation des institutions traditionnelles. Il assure la construction de sens au sein de sous-cultures en véhiculant une vision du monde marquée par une volonté de changement structurel profond. La troisième présentation, proposée par Frédérick Guillaume Dufour, sera consacrée à l’étude de la corrélation entre éducation, niveau de vie, orientation politique et adhésion aux théories complotistes. Centrée sur le Québec et le Canada, l’analyse s’appuiera sur plusieurs études quantitatives effectuées depuis les années 2000. La quatrième présentation, réalisée par Paul May, analysera comment la thèse du « grand remplacement », élaborée par l’écrivain Renaud Camus, est perçue dans la presse nationale canadienne et française, et parvient à séduire certaines franges de l’opinion publique semblant a priori éloignées idéologiquement.
TB9 || Défis et enjeux de la crise migratoire en Amérique centrale : perspectives canadiennes
Responsable :
- Marc-André Anzueto, Université du Québec en Outaouais, Observatoire canadien sur les crises et l’action humanitaires (OCCAH), Équipe de recherche inclusion et gouvernance en Amérique latine (ÉRIGAL)
Type d’activité : Table ronde
Section thématique : Relations internationales et politiques mondiales
Résumé : La gouvernance migratoire et le contrôle des frontières prend de plus en plus de place dans les discours et politiques en Amérique du Nord. En 2016, le Canada s’est joint aux États de l’Assemblée générale des Nations Unies qui ont unanimement adopté la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants. Cette déclaration a « déclenché des processus distincts visant à créer deux accords internationaux non contraignants : l’un pour les réfugiés (le Pacte mondial sur les réfugiés) et l’autre pour les migrants (le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières) ». En 2022, le Canada s’est joint aux autres États du continent américain en signant la Déclaration de Los Angeles sur la migration et la protection afin de développer une « migration sûre, ordonnée, humaine et régulière » dans un contexte d’urgence migratoire particulièrement criante en Amérique centrale. De la frontière sud du Mexique jusqu’à la région du Darién au Panama, des centaines de milliers de personnes transitent en quête d’un meilleur avenir vers le « Nord ». Seulement au cours du premier trimestre de 2024, l’Organisation internationale pour les migrations et l’Institut national mexicain des migrations soulignaient que plus de 1,4 million de migrants irréguliers en provenance de 177 pays étaient passés par le Mexique pour tenter d’entrer aux États-Unis. Le plus grand nombre de personnes provenaient notamment du Venezuela, du Guatemala, du Honduras, de l’Équateur, de Cuba et d’Haïti, des pays latino-américains notamment frappés par l’insécurité, la violence, l’extorsion, le narcotrafic et l’influence des gangs qui s’ajoutent à la pauvreté endémique. Toutefois, depuis l’élection de Donald Trump en novembre 2024, les menaces de déportations massives de milliers de personnes sans papiers font redouter le pire pour plusieurs centroaméricains entrées de manière irrégulière aux États-Unis. Qui plus cette possible expulsion massive d’immigrants illégaux aux États-Unis dès 2025 font craindre un afflux de demandeurs d’asile au Canada. Au Canada et au Québec, une série de mesures récentes visent déjà à réduire l’immigration temporaire, dont un moratoire sur l’immigration économique destiné aux étrangers souhaitant s’établir de façon permanente en territoire québécois. Si les objectifs humanitaires et collaboratifs promis par le Canada dans le cadre de la Déclaration de Los Angeles (2022) se sont caractérisés par des efforts mitigés et des mesures timides, comment se profile la gouvernance migratoire nord-américaine face à l’ampleur de la crise migratoire centroaméricaine en 2025? Quels seront les nouveaux enjeux sécuritaires, humanitaires et de droits humains en lien avec la crise migratoire d’Amérique centrale? Comment les gouvernements dits « progressistes » au Mexique, au Guatemala, au Honduras et en Colombie traitent ou traiteront ces enjeux migratoires? Est-ce que les causes profondes de la migration irrégulière d’Amérique centrale peuvent être atténuées? L’Observatoire canadien sur les crises et l’action humanitaires (OCCAH) propose une première table-ronde pour stimuler la réflexion sur les défis passés, présents et à venir de la crise migratoire en Amérique centrale en combinant les perspectives issues du milieu de la pratique humanitaire et de la recherche universitaire.
Animation et modération :
Marc-André Anzueto (Université du Québec en Outaouais)
Communications :
- Laurence Déry (Candidate au Ph.D. en Études internationales à l’Université Laval) et Alexandre Pelletier (Professeur adjoint au Département de science politique Université Laval) : « De l’Amérique du Sud à l’Amérique centrale : l’impact des politiques nord-américaines sur le trafic des migrants et la migration irrégulière »
- Paméla Moya Carrera (Candidate à la maîtrise en études politiques appliquées à l’Université de Sherbrooke) : « Ils sont plus que la main d’œuvre : Les travailleurs saisonniers latino-américains au Canada, ou comment aller au-delà de l’utilitarisme migratoire »
- François Audet (Professeur titulaire à l’École des Sciences de la Gestion de l’Université du Québec à Montréal) : « Retour de terrain : les enjeux migratoires au Costa Rica et au Panama »
TB11 || Évaluation des conflits dans la Région des Grands Lacs d’Afrique : Une analyse comparative des perspectives des victimes au Rwanda et en République Démocratique du Congo
Responsable :
- Zanfongnon Serge Eric Migan (UQAM)
Type d’activité : Communication libre
Section thématique : Politique comparée
Panélistes et communications :
Zanfongnon Serge Eric Migan (UQAM) : Évaluation des conflits dans la Région des Grands Lacs d’Afrique : Une analyse comparative des perspectives des victimes au Rwanda et en République Démocratique du Congo
Cette communication s’intéresse à l’évaluation des conflits dans la région des Grands Lacs d’Afrique, en mettant l’accent sur les perspectives des victimes. Depuis les indépendances des années 1960, la région des Grands Lacs, qui comprend des pays tels que le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC), a été le théâtre de violences récurrentes. Ces violences se sont intensifiées de manière significative depuis 1990, atteignant leur paroxysme avec le génocide rwandais de 1994 et les conflits interethniques dans la région du Kivu en République Démocratique du Congo, qui ont entraîné des millions de morts (Musila, 2000). En 2006, Colette Braeckman, dans son article « Grands Lacs : l’Afrique du génocide », soulignait les conséquences dévastatrices des conflits armés dans cette région, en dressant un bilan accablant : « Quinze années de barbarie, des millions de victimes » (2006 : 182). En outre, la zone-Est de la RDC a subi des conflits ethniques récurrents, en particulier dans les provinces du Sud-Kivu et de l’Ituri, qui remontent au début des années 1960 (Rusamira, 2003). Actuellement, les hostilités entre le M23, soutenu par le Rwanda, et les forces de la RDC se poursuivent, entraînant de nouvelles pertes humaines dont l’ampleur reste difficile à évaluer. Dans ce contexte de crise séculaire, il est impératif d’inclure dans les processus d’évaluation d’autres parties prenantes, notamment les victimes, qui, n’ayant pas d’intérêts personnels dans les conflits, peuvent offrir des perspectives cruciales pour la prévention et la consolidation de la paix. Cette recherche adopte une approche de politique comparée, et se concentre sur deux cas d’étude : le Rwanda et la RDC. Ces pays présentent des contextes historiques et des défis distincts, permettant ainsi d’analyser les variables indépendantes, telles que l’héritage du génocide et les rivalités politiques, en relation avec la variable dépendante, qui est l’impact des conflits sur les victimes. L’approche théorique de cette étude repose sur les concepts de justice transitionnelle et de réconciliation post-conflit et mobilise des travaux de chercheurs tels que Minow (1998) et Hayner (2011) qui mettent en avant l’importance d’intégrer les voix des victimes dans les processus de justice afin de traiter les traumatismes engendrés par les violences. La méthodologie de recherche inclut la collecte de récits de vie des victimes, permettant d’approfondir la compréhension de leurs souffrances et besoins. Les victimes sont classées en deux catégories : les victimes directes, qui comprennent les civils, les réfugiés et les enfants soldats, et les victimes indirectes, c’est-à-dire les familles de ces dernières. Les retombées scientifiques de cette recherche sont significatives. Elle contribue à enrichir la littérature académique sur les conflits, à développer des cadres d’évaluation adaptés aux réalités locales, à influencer les politiques de prévention des conflits et à renforcer les capacités locales en matière de résolution des conflits. L’intégration des victimes dans l’évaluation des conflits est donc essentielle, car elle permet de reconnaître et de réparer les injustices tout en favorisant une paix durable dans la région des Grands Lacs d’Afrique.
Rodrigue Tasse (Université de Yaoundé II et Groupe de recherche et d’études en relations internationales et stratégiques – GRERIS) et Constant FOMEKONG MOTSOU (GRERIS) : Voix des victimes et justice transitionnelle : Analyse comparative entre le Rwanda et la RDC
Cette étude examine les voix des victimes dans les conflits au sein de la région des Grands Lacs, en réalisant une analyse comparative des perceptions et des mécanismes de justice transitionnelle au Rwanda et en République démocratique du Congo (RDC). Nous nous interrogeons sur l’intégration des voix des victimes dans les processus de justice transitionnelle dans ces deux pays et sur leur impact sur la réconciliation post-conflit. L’hypothèse formulée postule que les mécanismes de justice transitionnelle au Rwanda intègrent de manière plus systématique les voix des victimes par rapport à la RDC, où celles-ci sont souvent marginalisées, entraînant des effets distincts sur les perceptions des victimes et le processus de réconciliation. L’objectif de cette étude est donc d’explorer les différences et les similitudes entre les deux pays en matière de justice réparatrice et de réconciliation. La théorie du constructivisme est au cœur de notre analyse, car elle souligne comment les identités et perceptions des acteurs influencent les dynamiques politiques et sociales. Sur le plan méthodologique, nous adoptons une approche qualitative combinant des entretiens semi-structurés avec des victimes, des décideurs politiques et des experts en justice transitionnelle, ainsi qu’une analyse documentaire des archives, rapports, articles de revue et ouvrages relatifs au processus de paix au Rwanda et en RDC. Les résultats de cette recherche montrent que, bien que le Rwanda ait mis en place un système de justice transitionnelle plus structuré, la RDC éprouve des difficultés à intégrer efficacement les voix des victimes, ce qui contribue à une perception de justice inachevée et à une réconciliation plus fragile.
Mots clés : constructivisme, perceptions, justice transitionnelle, victimes, réconciliation.
Danilo KIBATONDO MAYAMBA (Université de Kinshasa-RDC) : La justice transitionnelle aux Grands Lacs Africains : Perceptions des victimes et défis persistants
La région des Grands Lacs africains occupe une position stratégique tant au niveau mondial qu’en Afrique. Cependant, cette situation est également à l’origine de nombreux conflits, tant nationaux qu’internationaux, aggravés par des violences notables dans les années 1950 et 1960, et culminant en 1990. Déjà dans les années 1930, l’argument du « trop plein-trop vide » avait justifié l’envoi de Rwandais en terres congolaises, entraînant l’enracinement d’une minorité d’origine rwandophone dans les Kivus. Cela a servi de prétexte à des incursions au nom de la sécurité face aux menaces des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) contre le régime Tutsi de Kigali. Les conséquences du génocide rwandais se sont fait ressentir longtemps après, avec des répercussions humaines et économiques désastreuses pour la République Démocratique du Congo (RDC). Le contrôle des ressources minérales et des circuits de sortie a permis au Rwanda de poursuivre le conflit sous une autre forme, tout en constituant une base d’accumulation de capital pour un pays pauvre en ressources naturelles et enclavé (Pierre Jacquemont, 2014). Dans ce contexte, l’est de la RDC a été le théâtre d’affrontements fréquents entre l’armée congolaise et des groupes armés d’origine rwandaise depuis 1997, entraînant de nombreuses victimes similaires à celles du génocide rwandais de 1994. Alors que le génocide rwandais était fondé sur des conflits ethniques (Tutsi et Hutu), la situation en RDC est marquée par des conflits régionaux aux causes multiples et souvent cachées. Cette étude vise à analyser la perception des victimes du génocide rwandais et des conflits en RDC concernant la justice transitionnelle, qui, malheureusement, semble être inefficace et ambiguë. Deux questions clés guident notre recherche : Pourquoi la justice transitionnelle dans la région des Grands Lacs ne répond-elle pas aux attentes des victimes du génocide rwandais et des conflits en RDC ? Comment la perception des victimes peut-elle contribuer à des solutions durables ? Nous souhaitons démontrer que cette ambiguïté et cette inefficacité sont liées à un réseau d’acteurs formels et informels, tant endogènes qu’exogènes, ayant des intérêts Machiavéliques qui cherchent à minimiser et étouffer la justice transitionnelle. Ainsi, il importe de prendre en compte les revendications des victimes, de réorganiser la politique africaine, de favoriser la fraternité entre les États africains et de promouvoir la conscience collective des peuples de la région des Grands Lacs. Pour approfondir cette réflexion, nous adopterons la théorie de la justice transitionnelle, qui propose un cadre institutionnel et juridique pour analyser les mécanismes mis en place (Ruti Teitel, 2000), ainsi que la théorie du traumatisme et de la mémoire collective, qui permet d’expliquer la perception des victimes face à ces mécanismes (Paul Ricœur, Maurice Halbwachs, 2000). Notre approche méthodologique repose sur des interviews avec des victimes rwandaises et congolaises, l’observation indirecte et l’analyse documentaire.
Mots clés : Grands Lacs, justice transitionnelle, génocide rwandais, conflits congolais, perceptions des victimes
Antoine Depadou FOUDA (Université de Dschang, Cameroun) : Le rôle actif des victimes dans les processus de réconciliation : Étude comparative entre le Rwanda et la RDC
Dans les contextes post-conflit, les victimes directes sont souvent perçues comme de simples bénéficiaires des politiques de réconciliation et de justice transitionnelle. Cette vision réductrice limite leur capacité à jouer un rôle actif dans la transformation sociale et politique. Au Rwanda, suite au génocide de 1994, des mécanismes participatifs institutionnalisés ont été instaurés, tandis qu’en République Démocratique du Congo (RDC), qui subit des conflits persistants depuis plus de trente ans, les initiatives locales prédominent dans un cadre fragmenté. Ces deux contextes africains, bien que marqués par des violences extrêmes, suivent des trajectoires de reconstruction distinctes, offrant ainsi une opportunité d’analyser les contributions des victimes directes dans des environnements variés. La participation des victimes directes s’avère cruciale pour garantir des processus de justice inclusifs, promouvoir la reconstruction communautaire et prévenir la récidive des conflits. Cependant, leur rôle demeure largement sous-étudié, notamment en Afrique, où les mécanismes de justice transitionnelle varient considérablement. Cette étude vise à explorer comment les victimes peuvent évoluer d’un statut de « bénéficiaires » à celui d’« agents actifs », tout en naviguant dans des environnements institutionnels, sociaux et psychologiques. La recherche s’articule autour de trois questions principales : Comment les victimes participent-elles aux processus de justice transitionnelle et de réconciliation dans ces deux pays ? Quels facteurs facilitent ou limitent leur rôle en tant qu’agents de consolidation de la paix ? Et en quoi les dynamiques observées peuvent-elles enrichir les approches internationales en matière de paix post-conflit ? Pour répondre à ces questions, cette communication adoptera une approche qualitative et comparative. Elle combinera une analyse documentaire des rapports d’ONG, des politiques publiques et des témoignages, avec des études de cas centrées sur les juridictions Gacaca au Rwanda et les initiatives locales en RDC. L’analyse se conclura par une évaluation comparative visant à identifier les points de convergence et de divergence entre le deux contextes, afin d’en extraire des leçons transférables pour la consolidation de la paix. La contribution escomptée de cette étude est de fournir une perspective critique sur le rôle des victimes dans la consolidation de la paix. Elle proposera également des pistes pour renforcer leur participation dans des processus inclusifs. En mettant en dialogue les leçons tirées des expériences rwandaise et congolaise avec des contextes internationaux, l’étude soulignera comment les victimes peuvent évoluer vers un statut d’« agents actifs », tout en naviguant dans des environnements institutionnels, sociaux et psychologiques complexes. Par ailleurs, elle mettra en avant l’importance d’approches centrées sur les communautés et d’initiatives locales pour bâtir une paix durable.
TB12 || Pensée et théories politiques
Type d’activité : Table ronde
Section thématique : Théories et pensées politiques
Panélistes :
Nicolas Lacroix, UdeM
« Mettre de l’égalité partout » : l’égalité démocratique au-delà du politique
Résumé : La démocratie, en tant qu’idéal politique et qu’ensemble d’institutions politiques et de rapports sociaux qui incarnent cet idéal, est souvent considérée comme étant étroitement liée à l’égalité. Pourtant, la plupart des théories de la démocratie semblent promptes à réduire l’étendue de ce lien, tantôt en considérant que l’égalité a trait au seul domaine politique, tantôt en considérant que si l’égalité importe au-delà du domaine politique, c’est en autant qu’elle la renforce en son sein. En d’autres termes, tandis que les premières soutiennent que la démocratie est surtout, voire uniquement affaire d’égalité politique, les secondes avancent que l’égalité sociale importe dans la mesure où elle conditionne l’exercice de l’égalité politique. Le rapport de l’égalité à la démocratie au-delà du domaine politique apparaît ainsi comme étant ténu et comme reposant sur une distinction marquée entre le politique et le social. En ce sens, cette communication entend s’interroger à savoir : quel est le rapport de la démocratie et de l’égalité? Et, par voie de conséquence, pourquoi les inégalités sont-elles un enjeu démocratique? À rebours des théories de la démocratie qui postulent ou bien l’extériorité du politique et du social, ou bien la subordination du second au premier, il s’agira d’avancer que la démocratie relève d’une lutte contre les inégalités dans l’ensemble des domaines de la vie sociale. Ceci implique d’abord que la démocratie soit pensée au-delà du domaine politique : si la démocratie fait signe vers la capacité collective du demos à agir, il semble que cette capacité s’affirme au-delà du domaine politique en ce qu’elle contribue à politiser les rapports sociaux. Ceci implique, ensuite, qu’eu égard à cette politisation des rapports sociaux, l’égalité doit être définie comme ayant trait à l’abolition des inégalités qui les grèvent. En prenant appui sur les propositions d’auteurs et d’autrices associé.es aux théories de la démocratie radicale (Rancière, 2005; Ober, 2008; Balibar, 2010; Hayat, 2020) et de l’égalité relationnelle (Anderson, 1999; Fourie, 2014; Young, 2022), cette communication se déploiera en trois temps. Elle avancera, dans un premier temps, que l’égalité est non seulement un concept démocratique, mais aussi un concept abolitionniste (Walzer, 2013; Deranty et Renault, 2016) et relationnel (Anderson, 2012; Young, 2001; Young, 2022). Elle soutiendra, dans un deuxième temps, que ces deux dimensions du concept d’égalité permettent de comprendre autrement les théories de la citoyenneté héritées de la typologie de T.H. Marshall relative aux droits civils, politiques et sociaux (Marshall, 1992; Lamoureux, 2000; Holston, 2008; Somers, 2008; Cohen, 2009; Clarke et al., 2017). À l’aune de cette relecture critique de la typologie de Marshall, l’égalité apparaitra comme concernant, sur son versant négatif, l’abolition des inégalités qui imprègnent différents domaines de la vie sociale et, sur son versant positif, l’instauration de rapports sociaux égalitaires dans ces mêmes domaines. Cette communication proposera, dans un troisième et dernier temps, de réfléchir aux implications d’une telle conception de l’égalité pour notre compréhension de la démocratie en tant que forme politique et sociale, et pour notre appréciation des conflits démocratiques.
Mahir Ergun, UQAM
Un regard comparatif sur les effets de la dialectique hégélienne sur Marx et Nietzsche
Résumé : Cette étude vise à présenter un regard comparatif sur les effets de la « dialectique maître-esclave » et des concepts d »en-soi » et de « pour-soi » dans la philosophie de Hegel sur la pensée de Marx et de Nietzsche. Il est possible de trouver une littérature abondante comprenant des études et des discussions sur l’influence de Hegel sur la pensée de Marx. En revanche, les études et les discussions sur l’influence de Hegel sur Nietzsche sont relativement rares. L’hypothèse de cette étude est que l’influence des concepts de la pensée de Hegel sur la pensée de Nietzsche est plus décisive que leur influence sur la pensée de Marx. Cette étude adopte une approche basée sur la réception de l’histoire des idées et une perspective de « lecture stratégique ». Ainsi, quel que soit le positionnement politique, social ou intellectuel de l’auteur-e examiné-e, ou le contexte dans lequel iel se situe, la lectrice lit inévitablement l’auteur-e à travers sa perspective stratégique et l’interprète en conséquence. Cette étude affirme que les racines de la dialectique hégélienne et ses concepts se trouvent dans la théologie. Tout d’abord, la dialectique hégélienne trouve sa référence principale dans la Trinité. De plus, la métaphore du « maître » peut être associée à « dieu ». Lorsque les concepts hégéliens sont envisagés dans cette perspective, il ne semble pas possible de « renverser » la dialectique hégélienne et de la placer sur une base matérialiste. Car dans la dialectique hégélienne, l’idéalisme n’est pas la « coquille » ni la forme mais l’essence. Cependant, dans la pensée de Marx, l’essence est matérialiste. Si l’on considère la pensée de Marx comme une théorie de la politique révolutionnaire, on conclut que la dialectique hégélienne et ses concepts n’y sont pas d’une importance décisive. Les concepts de « classe en soi » et de « classe pour soi », que l’on retrouve dans les textes de Marx et qui s’appuient sur des concepts empruntés à Hegel, restent obstinément idéalistes lorsqu’il s’agit de replacer la pensée de Marx dans les contextes pratiques politiques. L’utilisation de ces concepts n’est, en dernière analyse, que formelle. Par conséquent, à première vue, cela peut conduire à une similitude formelle entre la pensée de Hegel et celle de Marx. En revanche, l’influence de Hegel sur Nietzsche est plus décisive qu’il n’y paraît à première vue. Bien qu’il n’y ait aucune similitude méthodologique ou systématique entre Nietzsche et Hegel, ou que les concepts d’esclave et de maître utilisés par les deux semblent très différents, les deux pensées se nourrissent de la même racine : la pensée de Nietzsche a aussi une essence théologique. La compréhension de Dieu joue un rôle fondamental dans leurs deux pensées, bien qu’avec des approches différentes. Ainsi, les concepts hégéliens ont été introduits dans la pensée de Nietzsche en changeant de forme, mais son essence a été préservée. La similitude n’est donc pas perceptible au premier coup d’œil. En d’autres termes, c’est la pensée de Nietzsche, et non celle de Marx, où l’essence de la dialectique hégélienne et ses concepts sont reproduits en les changeant de forme et en les renversant.
Nicolas Gauvin, UQAM
L’esthétique d’Adorno comme éthique de résistance et théorie politique antifondationaliste
Résumé : Considérer Theodor Adorno, un des fondateurs de l’École de Francfort, comme un penseur politique peut sembler étonnant surtout qu’il déclara dans son vivant être peu concerné par les luttes politiques de son temps. Dans cette communication, je vais pourtant montrer que l’on peut extraire de sa théorie esthétique un contenu politique qui met en exergue son appartenance au marxisme (Jameson, 2007). Plus précisément, je vais dégager les ramifications éthico-politiques de ses réflexions sur l’œuvre d’art. Dans un premier temps, j’expliquerais que l’œuvre d’art authentique selon Adorno est nécessairement à distance de la société.En ce sens, elle s’oppose frontalement aux impératifs capitalistes de production marchande et résiste à la réification ambiante (Adorno 2011). Dans un second temps, je montrerais que, chez Adorno, l’œuvre d’art authentique en tant que forme esthétique, intègre les éléments les plus dissonants de la société sans les effacer, contrairement par exemple aux produits de l’industrie culturelle (Adorno & Horkheimer, 1974). La bonne forme esthétique selon lui est donc celle qui aménage le particulier en son sein. J’affirmerais que l’on peut en déduire de ce postulat une théorie politique antifondationnaliste : la bonne forme politique selon Adorno est donc celle qui, à l’instar de la forme esthétique accommode le discordant. Elle ne peut donc reposer sur des fondements solides et assurés.
TB13 || Construction sociale et dimensions stratégiques des enjeux environnementaux et énergétiques
Type d’activité : Table ronde
Section thématique : Politiques et administrations publiques
Modératrice : Michèle Rioux (UQAM)
Panélistes :
Bruno Arcand, Université Carleton
Perdre des gagnants : Expliquer le défi que représente la création de champions nationaux dans le secteur des technologies vertes au Canada
Résumé : Pourquoi certains pays peinent à retirer des avantages économiques de leurs investissements dans les technologies vertes ? Le recherche sur la politique industrielle verte s’est concentrée sur les défis d’investir dans les « bonnes » technologies (« choisir les gagnants ») (Rodrik, 2014; Meckling et al., 2022), sans expliquer pourquoi les économies avancées diffèrent dans leur capacité à récolter les bénéfices économiques de leurs investissements climatiques. Cette étude introduit le concept de « perte des gagnants » pour combler cette lacune. Il s’agit de l’incapacité des États à tirer des avantages économiques de la réussite d’entreprises dans le domaine des technologies vertes qui ont reçues du financement public. À travers une étude de cas des programmes de financement des technologies vertes au Canada, l’étude avance l’idée que les petites économies ouvertes avec des États de type libéral sont particulièrement vulnérables au défi de « perte des gagnants ». L’analyse d’une base de données originale de 799 bénéficiaires de subventions du gouvernement du Canada pour la recherche et le développement (R&D) dans le domaine des technologies vertes révèle que les bénéficiaires sont deux fois plus susceptibles de faire l’objet d’une acquisition étrangère que d’une acquisition nationale ou d’une introduction en bourse. Les bénéficiaires sont également deux fois plus susceptibles de faire l’objet d’une acquisition étrangère que l’ensemble des entreprises canadiennes du secteur des technologies vertes, et près de huit fois plus susceptibles que l’ensemble des entreprises américaines du secteur des technologies vertes. Finalement, l’analyse révèle une tendance constante d’acquisitions étrangères dans des domaines technologies considérés comme clés pour placer l’économie sur une trajectoire carboneutre. Dans un contexte où l’on assiste à une compétition croissante entre les nations pour définir l’emplacement des chaînes de valeur à faible émission de carbone (Allan & Nahm, 2024), l’incapacité de certaines nations à tirer des gains économiques de leurs investissements verts risque de compromettre la viabilité politique de leurs actions climatiques (Terzi, 2023). Expliquer le défi asymétrique auquel sont confrontées les nations pour développer des entreprises nationales est donc crucial pour que les politiques climatiques contribuent à la fois à la décarbonation et au développement économique dans divers contextes (Meckling, 2021). En ce sens, cette recherche contribue à mieux comprendre les défis uniques auxquels sont confrontées les petites économies ouvertes avec des États dits « libéraux » pour assurer leur prospérité dans l’économie verte.
Miryana Emma Dagher, UdeM
Étude des politiques migratoires encadrant l’accueil des déplacés environnementaux dans l’Union européenne
Résumé : À travers les années, quelques États ont tenté d’implanter des politiques pérennes d’accueil des déplacés environnementaux. Les déplacements liés au changement climatique et aux évènements environnementaux constituent un problème croissant. Cependant, les déplacements environnementaux n’étant pas considérée dans la Convention de Genève, une réponse non uniforme est adoptée à travers les États. Cette disparité de traitement et de reconnaissance législative constitue une opportunité sans pareil d’étudier la variation dans les politiques publiques apportées par les États. Ce projet a pour but de déterminer les facteurs qui amènent un État à adopter une politique publique sur la migration, particulièrement dans le cas des déplacés environnementaux. Plus particulièrement, il sera question de vérifier grâce au cadre théorique de l’Advocay coalition framework : comment expliquer l’adoption en Italie d’une politique de protection des déplacés environnementaux ? L’objectif de la recherche est de comprendre les raisons qui peuvent expliquer l’adoption d’une législation en faveur des déplacés environnementaux malgré la présence d’une attitude hostile de l’Italie face à l’immigration. En effet, l’Italie est le seul État européen, qui depuis 2018, à l’extérieur de traité bilatéraux ou d’accords régionaux offre un permis de séjour aux populations déplacés par les changements climatiques et les dégradations environnementales. Le contexte de ma recherche s’inscrit dans une époque où les enjeux migratoires liés aux changements climatiques prennent une importance cruciale pour les sociétés modernes. Les politiques publiques en matière d’immigration doivent s’adapter aux réalités de ces changements. Grâce à une analyse de contenu, je vise à apporter des éclairages nouveaux sur les défis et les opportunités liés à l’immigration en Europe.
Johannes Lorenz Müller Gómez, McGill
Décrypter la résistance provinciale à la protection de l’environnement / Unpacking Provincial Pushback on Environmental Protection
Résumé : Le gouvernement fédéral dépend fréquemment de la coopération et de l’engagement actif des provinces pour mettre en œuvre ses objectifs politiques. Cependant, les provinces s’opposent souvent à la réalisation de ces objectifs fédéraux. Cet article vise à mieux comprendre les facteurs derrière le rôle joué par les gouvernements provinciaux en utilisant la politique environnementale comme étude de cas. À travers une Analyse Quali-Quantitative Comparée, j’examine les conditions et les combinaisons de conditions qui expliquent le soutien ou l’opposition des provinces aux objectifs climatiques du gouvernement de Justin Trudeau. Je formule l’hypothèse que l’« ownership » d’une politique par un gouvernement constitue la cause originale déterminant l’engagement des provinces dans les initiatives fédérales. Toutefois, si cet « ownership » se traduit par un soutien ou, au contraire, par une opposition, dépend de conditions supplémentaires : l’opinion publique au sein de chaque province, le pouvoir et l’influence de la province au sein de la fédération canadienne, ainsi que les coûts relatifs à la mise en œuvre des politiques au niveau provincial.
Estelle Pouliot-Ménard, UQAM
Bâtir une bibliothèque de la pensée politique paysanne
Résumé : Par cette contribution, je présenterai les résultats d’une analyse de discours à partir de textes produits par les fermiers engagés dans l’agriculture dite paysanne. La notion de « paysan » doit être saisie dans sa dimension de résistance à une agriculture industrielle qui entretient « des relations de dépendance, de marginalisation et de privation » (Van der Ploeg, 2009).
Au croisement de la pensée politique subalterne (Scott 1987, 1990, 2013) et de l’analyse des changements en politiques publiques (Mahoney et Thelen, 2010), l’objectif de cette présentation est double. D’une part, je veux esquisser les contours d’une pensée politique paysanne en m’attardant aux façons dont les fermiers composent avec les règles dans leurs pratiques quotidiennes (politiques publiques, programmes d’aide, réglementation, etc.). D’autre part, je cherche à déterminer si ces pratiques produisent ou non des changements institutionnels ou des bouleversements dans les rapports de force entre l’État, l’agro-industrie et les fermiers engagés dans une démarche d’agriculture écologique.
Cette analyse de discours s’inspire de l’approche par le bas des idées politiques, qui nous invite à « saisir les idées incarnées dans la pratique » (Bonin et Dupuis-Déri, 2019). Elle permet de révéler la pensée politique de groupes qui n’ont pas accès à la production et à la diffusion dans les sphères académiques. L’analyse des productions textuelles telles que des manifestes, des pamphlets ou des comptes-rendus d’assemblée générale permet de mettre en valeur cette pensée politique subalterne.
À un premier niveau d’analyse, les positions syndicales de l’Union paysanne (Québec) et de la Confédération paysanne (France) permettront d’identifier un discours de résistance ouverte et institutionnalisée. À un second niveau, l’analyse de textes écrits par des fermiers et publiés dans des réseaux restreints permettra d’incorporer des prises de positions indépendantes, voire dissonantes, par rapport aux syndicats paysans.
Les résultats de cette recherche constituent la première phase de ma collecte de données dans le cadre de ma thèse. Par cette démarche, je souhaite contribuer à l’avancement des connaissances sur l’approfondissement démocratique et les transformations de l’État par les travailleurs.
Maxime Kertzinger, UQAM
La construction sociale de la criticité des matières premières européennes : le cas de l’Aluminium
Résumé : L’intérêt pour les ressources critiques ne fait que croître cette dernière décennie. Au niveau politique, nous pouvons observer l’émergence de nombreux rapports et discours qui y font référence. Alors que d’un point de vue académique, nous notons une augmentation des articles, notamment en économie et géopolitique. Les ressources
critiques apparaissent comme un artefact mouvant, multidimensionnel et différencié. Ainsi, il est difficile de définir la criticité d’une ressource sans la contextualiser dans un espace et un temps donné. La pluralité de définitions qui entoure le concept de ressources critiques mène les États à développer leur méthode d’évaluation de la criticité, renforçant l’opacité et les difficultés dans l’appréhension objective de la criticité. Par ailleurs, force est de constater qu’un usage politique de ce terme apparaît, notamment lors de la mise en place de politiques de gestion des risques. Outre le fait que le concept de criticité semble relever d’une subjectivité relative, une question demeure en suspens : celle du processus de construction de la criticité des ressources. Ici, l’Union européenne apparaît comme un producteur de la criticité. De son initiative sur les matières premières en 2008 à la Loi sur les matières premières critiques (CRMA) en 2024, l’Europe s’est engagée comme un modèle dans la gestion et la définition des ressources critiques.
Ce présent mémoire vise à contribuer à la recherche sur la construction sociale de la criticité des ressources européennes. Une telle étude invite à explorer les rapports de force sociaux et leurs trajectoires dans le processus de production de la criticité européenne. Pour cela une analyse de documents et de discours ainsi qu’une série d’entretiens, au côté d’experts, d’industriels et de décideurs.
Il en ressort un processus de production de la criticité qui dépasse le cadre d’objectivité des méthodologies d’évaluation, cela au profit de mécanismes de lobbying et de défense des intérêts politiques et économiques. La criticité des ressources apparaît comme modulable et modifiable, dépendamment des interactions entre les parties prenantes.
TB14 || La transformation des institutions par des mouvements de mobilisation et de protestation
Type d’activité : Table ronde
Section thématique : Politique comparée, Sociologie et comportements politiques
Animation : Francis Dupuis-Déri, UQAM
Panélistes :
Garance Robert, UdeM, ÉRIGAL, CPDS
Aspirations démocratiques, mobilisations et leurs héritages : une comparaison Guatemala (2015) – Nicaragua (2018)
Résumé : Je souhaite comparer deux mouvements populaire récents de grande ampleur dans deux pays d’Amérique centrale. Le premier, en 2015 contre la corruption au Guatemala et le second, l’insurrection d’avril contre Daniel Ortega au Nicaragua en 2018. Je proposer d’en analyser les conséquences sur les évolutions des régimes politiques de ces deux pays à partir d’une analyse historique, et, plus généralement, de m’interroger sur le rôle des mobilisations dans l’apparition de « conjonctures critiques ».
Sara Marie Klein, UQAM
Mouvements féministes et démocratie
Résumé : Dans le cadre de mon mémoire, j’ai réalisé une enquête en sociologie politique sur le mouvement français #MeTooPolitique et l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique. Je souhaite présenter ma recherche qui se focalise à la fois sur les pratiques militantes du mouvement MeTooPolitique à l’intérieur et à l’extérieur des institutions politiques, et sa relation avec les médias. Il s’agit aussi d’interroger les rapports de genre dans le milieu politique.
Francis Dupuis-Déri, UQAM, Chantier sur l’antiféminisme du RéQEF
« Les écoles face à l’antiféminisme, l’homophobie et la transphobie : les cas de l’Australie, du Canada, des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne »
Résumé : Cette communication présentera de manière croisée les résultats de deux enquêtes, la première sur les évènements protestataires rapportés dans les médias de 5 pays en 2023 et 2024, la seconde de plusieurs entretiens de groupe (focus groups) de membres du personnel enseignant dans des écoles primaires et secondaires du Québec. Ces recherches sont menées dans le cadre des activités du Chantier sur l’antiféminisme du Réseau québécois en études féministes (RéQEF), et la deuxième recherche est menée en partenariat avec la Fédération autonome d’enseignement (FAE), grâce à une subvention du CRSH Engagement partenarial.
Martin Bertolotti, UQAM
Expansion du mariage égalitaire en Amérique latine : convergence politique et réseaux de militant·e·s
Résumé : En 2010, le mariage entre personnes de même sexe en Amérique latine n’était possible qu’à la ville de Mexico et en République Argentine. Aujourd’hui, près de 80 % de la population latino-américaine vit dans un endroit où ce droit est reconnu. Comment expliquer ce progrès dans un contexte aussi complexe et diversifié que celui de l’Amérique latine ? Tandis que certains auteurs trouvent l’explication dans la diffusion normative internationale (Corrales, 2022 ; Encarnación, 2016) voire dans le néocolonialisme (Friedman, 2012), d’autres mettent en avant des constructions purement nationales (Ben et Insausti, 2021). Cependant, bon nombre de ces auteurs se concentrent sur des sources secondaires ou des comparaisons réductrices (Hassenteufel, 2005) concernant les droits obtenus, sans analyser en détail la construction de la lutte locale pour ce droit. Je propose une solution intermédiaire entre ces positions (nationale vs internationale), mais aussi mon travail apporte surtout des données empiriques recueillies lors d’entretiens avec 20 militant·e·s d’Argentine, du Brésil, de Colombie et d’Uruguay qui ont participé aux campagnes pour le mariage égalitaire. On abordera les processus de convergence politique internationale (Bennet, 1991 ; Snow et Benford, 2000) qui ont conduit à l’établissement de l’idée normative du mariage égalitaire en Amérique latine et à sa diffusion dans la région dans un contexte d’ouverture à l’inclusion des droits des groupes historiquement marginalisés. De même, la construction d’un réseau transnational de revendication LGBTIQ+ (Keck et Sikkink, 1998) dans la région et la manière dont agissent ces types de réseaux seront expliquées. En observant l’utilisation des mêmes cadres d’action collective (Gamson, 1992) et des mêmes stratégies dans les quatre cas étudiés l’Argentine, le Brésil, la Colombie et l’Uruguay, nous pouvons mettre en évidence la circulation d’idées dans la région. Des idées qui ont été positivisées dans les normes nationales et aussi internationales, telles que l’Avis Consultatif 24/17 de la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme, qui oblige virtuellement tous les États de la région à reconnaître le droit au mariage entre personnes du même sexe.
TB15 || La construction des discours médiatiques et partisans entourant des enjeux clivants
Type d’activité : Table ronde
Section thématique : Politique québécoise, canadienne et autochtone, Relations internationales et politiques mondiales, Politique comparée, Sociologie et comportements politiques
Animation : Xavier Lafrance (UQAM)
Panélistes :
Olivier Salomon, UdeM
La gauche et l’antiracisme, défiance et alliances. Analysée comparée de Québec Solidaire et La France Insoumise
Résumé : Les démocraties occidentales sont de plus en plus structurées par un clivage identité / cosmopolitisme. C’est le cas en France où cette dimension du conflit politique s’est ajoutée au clivage gauche – droite sur l’économie (Tiberj, 2017) ; et au Québec où le clivage sur la souveraineté n’a plus la même centralité (Bélanger etal., 2022). Cette communication analyse et compare le positionnement de deux partis de gauche quant aux enjeux liés à ce clivage : Québec Solidaire et La France Insoumise. QS et LFI sont positionnés du côté libéral / libertaire de ce nouveau clivage et sont a priori favorables à la diversité ethnoculturelle. Néanmoins, une analyse en termes de clivages n’épuise pas les contradiction internes à la gauche et ne permet pas de saisir dans le détail le positionnement de ces deux partis sur les enjeux auquel renvoient le clivage identité / cosmopolitisme. En effet, au Québec et en France, certains de ces enjeux sont clivants au sein même de la gauche. Sur la laïcité, différentes conceptions existent, elles mettent tantôt l’accent sur la neutralité, tantôt sur la séparation (Milot, 2012), et les deux peuvent être énoncées au nom du progressisme. La lutte contre l’islamophobie provoque des tensions, et plus généralement, la façon d’aborder l’antiracisme ne fait pas consensus. Le positionnement sur l’immigration est également source de division, entre valeurs morales universalistes et pragmatisme électoraliste. Au vu de ces tensions, comment QS et LFI se positionnent-ils sur ces enjeux ? À travers une série d’une vingtaine d’entretiens (d’autres sont prévus d’ici mai 2025) avec élus et membres de parti, ainsi qu’une analyse de l’évolution du programme et de la doctrine, il apparaît que LFI a fait de l’antiracisme un axe majeur de sa stratégie électorale tandis que QS accorde à cet enjeu une place moins importante. Pour expliquer ces différences, notre analyse met en lumière trois facteurs : 1) L’évolution des systèmes partisans : en France la présence d’une extrême-droite forte, à rebours des théories de la « contagion », pousse LFI vers une stratégie adversariale clairement antiraciste pour se poser en opposant principal au parti de Marine Le Pen. Au Québec, QS dispute avant tout des voix au Parti Québécois et a choisi une stratégie davantage accommodante quant aux enjeux liés à l’immigration et à la diversité 2) La démocratie intra-partisane : QS a fait évoluer son programme sur la laïcité, dans un sens moins restrictif ; mais ce changement est causé par des membres et a été rendu possible par le fonctionnement démocratie ascendant du parti. Ce changement n’est pas le fruit d’une stratégie électorale. 3) La densité du mouvement antiraciste et les interactions parti – mouvements : en France, les mouvements antiracistes ont connu un profond renouvellement dans les années 2000 et ils influencent les partis de gauche. LFI a tissé des liens avec certains de ces mouvements antiracistes. Au Québec, les mouvements antiracistes sont moins forts, et la contestation est en partie orientée vers l’arène judiciaire, moins vers l’arène partisane.
Vincent Gosselin, Université Laval
Communication de recherche : La dynamique religieuse et partisane du conflit israélo-palestinien au Parlement canadien (titre préliminaire)
Résumé : L’objectif de cette communication est d’examiner la corrélation entre les prises de position publiques et les votes des députés fédéraux au Canada concernant la guerre entre Israël et le Hamas et leur confession religieuse (juive ou musulmane) par rapport à l’évolution de la position de leurs partis politiques respectifs et de la position diplomatique officielle émise par Affaires mondiales Canada depuis le 7 octobre 2023. Notre hypothèse considère que la confession religieuse des élus influence en grande partie leur sensibilité dans le cadre du conflit israélo-palestinien, causant parfois des désaccords fondamentaux avec des collègues, et que ce lien peut être mesuré. D’abord, il est possible de déterminer l’appartenance religieuse d’un élu à partir d’informations disponibles publiquement par le biais des médias ou de déclarations antérieures ou bien par l’origine religieuse familiale. Nous en dresserons une liste la plus exhaustive possible. Se concentrer sur les élus juifs et musulmans permettra de limiter la base de données et de déceler plus clairement des tendances s’il y a lieu, tout en conservant un échantillonnage pertinent au sujet de l’étude. Ensuite, les prises de position seront compilées à partir des interventions médiatiques des élus juifs et musulmans, des déclarations publiques répertoriées sur leurs réseaux sociaux et des communiqués de presse publiés sur leurs sites Internet officiels. Nous analyserons également les votes tenus en ce sens en Chambre, dont la motion néo-démocrate M-113 déposée en février 2024, largement amendée avant d’être adoptée le mois suivant. Il sera ainsi déterminé si les prises de position contiennent la mention des deux camps ou bien d’un seul, le cas échéant, lequel; si un cessez-le-feu est exigé ou demandé, le cas échéant, sous quelles conditions et conformément à quelles modalités; si une critique de l’État hébreu est énoncée, le cas échéant, son degré de force (acerbe, modérée, timide); si le droit à l’autodéfense d’Israël est mentionné, le cas échéant, s’il est défendu ou pourfendu; si l’aide humanitaire et le rôle du Canada et de la communauté internationale sont abordés, le cas échéant et dans la mesure du possible, s’ils tendent vers une position propalestinienne ou pro-israélienne. La catégorisation des données selon la tendance (et le degré de la tendance) servira à les comparer entre elles et avec l’identité religieuse de celui ou celle qui en est l’auteur(e). Nous croyons pouvoir observer une tendance évolutive des différentes positions, du ton et du lexique employés depuis le 7 octobre 2023 au fil de la prolongation du conflit et de l’accumulation des conséquences humanitaires. Il sera pertinent de constater les changements rhétoriques en fonction de l’appartenance religieuse des députés et de voir si une tendance peut en être décelée. Le cas échéant, des lignes de fracture ou des moments charnières de la guerre auront été marqués et pourront être observés dans l’émission des discours. Enfin, nous arriverons peut-être à déchiffrer une influence des prises de parole individuelles des élus libéraux juifs et musulmans dans l’évolution de la position diplomatique officielle émise par Affaires mondiales Canada et la ministre des Affaires étrangères.
Janika Gilham-Leblanc, UQAM
Populisme et crise : le style communicationnel populiste de l’AfD et de l’Alliance Sahra Wagenknecht dans le contexte des élections fédérales allemandes de 2025
Résumé : Les partis populistes de droite font une montée remarquée dans le paysage politique en Europe et en Amérique du Nord. En Allemagne, l’Alternative für Deutschland (AfD) se taille une place importante sur la scène politique allemande depuis sa création en 2013. Le parti a récemment remporté une élection régionale dans le land de Thuringe en plus de se positionner deuxième en Saxe et à Brandebourg, tous d’anciens länder de l’Allemagne de l’Est. En route vers une élection fédérale prévue en février 2025, l’Allemagne traverse actuellement une crise économique importante, qui met en lumière la perte de popularité croissante de la coalition tripartite au pouvoir depuis 2021. Dans ce contexte, des partis politiques souvent taxés de populisme, comme l’AfD et l’Alliance Sahra Wagenknecht – BSW (idéologiquement à gauche et fondée en janvier 2024), gagnent en popularité et atteignent des sommets dans les intentions de vote. Ces deux partis risquent de mobiliser une stratégie de communication semblable lors de la prochaine campagne électorale afin d’atteindre sensiblement le même électorat (les retraités, les travailleurs du milieu agricole, etc) malgré leur positionnement opposé sur l’échiquier politique. Dans cette communication, nous nous intéressons au populisme en tant que phénomène communicationnel distinct de l’idéologie (Mudde et Kaltwasser, 2017). Nous utiliserons le contexte de crise économique allemande pour tester la proposition selon laquelle l’AfD et l’Alliance Sahra Wagenknecht mobilisent un style communicationnel populiste.
Benjamin Moffitt (2014) conçoit le populisme comme une performance qui s’articule autour d’une crise. Dans cette optique, le populisme se caractérise par l’identification d’une crise et son amplification en ciblant un ou des groupes en tant que responsables. Des solutions simples à des problèmes complexes sont proposées par les leaders populistes et propulsées dans l’espace public par l’usage des médias, surtout sociaux. Nous prévoyons donc une mobilisation du discours de la crise par l’AfD et la BSW dans leurs communications en ligne en période de campagne électorale. Plusieurs enjeux seront au coeur de cette élection et se retrouveront certainement au coeur des discours respectifs des chef-fe-s, à savoir les difficultés économiques du pays et la place de l’Allemagne au sein de l’UE et de l’OTAN. Une analyse croisée des thèmes abordés permettra de voir s’ il y a une influence du discours d’un parti sur l’autre. Une analyse de contenu des publications en ligne des deux partis politiques nous permettra également d’identifier (1) la manière dont le parti « performe » la crise; (2) qui en est responsable; et (3) les différentes solutions proposées. Le corpus sera composé des publications Facebook (sur une période de quatre semaines) des chef-fe-s de l’AfD et de la BSW qui se présenteront aux élections fédérales allemandes de février 2025.
Lancement de livre
LDL1 || L’économie politique de l’efficacité de la finance climatique dans les pays en développement : les marchés du carbone, les fonds pour le climat et l’État (OUP 2024) – traduction de l’anglais
Responsable :
- Mark Purdon, UQAM
Participants:
- Mark Purdon (UQAM)
- Johannes Lorenz Muller Gomez (McGill University)
- Zhixiang Wang (UdeM)
Type d’activité : Lancement de livre
Section thématique : Politique comparée & Relations internationales et politiques mondiales
Résumé : Il est amplement démontré que l’engagement des pays en développement dans l’atténuation du changement climatique aurait un impact significatif sur les efforts déployés au niveau mondial pour lutter contre le changement climatique. Cependant, la stratégie la plus efficace pour débloquer ces possibilités d’atténuation fait l’objet de nombreux débats. Alors que le Mécanisme de développement propre (MDP) s’est imposé comme le principal instrument de financement du climat pour engager les pays en développement dans le cadre du Protocole de Kyoto, l’approche du marché du carbone qu’il incarne sera largement remplacée par une série d’instruments de financement du climat qui s’appuieront sur des fonds climatiques—y compris la réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD+) et les mesures d’atténuation appropriées au niveau national (MAAN). Le virage vers les fonds climatiques a fait partie d’un changement plus large au sein du régime de lutte contre le changement climatique de l’ONU, de l’environnementalisme libéral associé au Protocole de Kyoto vers l’environnementalisme développemental de l’Accord de Paris. Dans The Political Economy of Climate Finance Effectiveness in Developing Countries, l’auteur soutient que malgré ce changement dans les normes environnementales mondiales, les différences dans l’économie politique nationale—en particulier les idées et les intérêts de l’État—expliquent les tendances durables d’efficacité des instruments de financement climatique à travers la Tanzanie, l’Ouganda et la Moldavie. Grâce à une recherche détaillée et basée sur le terrain concernant l’efficacité de trois instruments de financement climatique différents à travers ces trois pays d’étude de cas sur une période de 10 ans (2008 à 2018), l’auteur démontre que le MDP, le REDD+ , et les MAAN ont toujours été mis en œuvre plus efficacement en Ouganda et en Moldavie qu’en Tanzanie—malgré les différences de capacité de l’État entre l’Afrique de l’Est et un pays de l’ex-Union soviétique. Compte tenu des faibles niveaux de financement climatique offerts par la communauté internationale, l’efficacité a plutôt dépendu de l’interaction entre les paradigmes politiques de développement et les intérêts de l’État à promouvoir les différents secteurs de leur économie. Les instruments de financement climatique ont été plus efficaces lorsqu’ils ont été utilisés pour étendre la mise en œuvre d’activités politiques déjà menées par l’État à des fins de développement. Bien que ces résultats soient plutôt décevants, ils indiquent une meilleure stratégie pour s’engager avec les pays en développement dans l’atténuation du changement climatique. Alors que ni les instruments de financement climatique dérivés de l’environnementalisme libéral (MDP) ni l’environnementalisme développemental (REDD+ et NAMAs) ne se sont avérés suffisamment efficaces, une combinaison d’éléments des deux est prometteuse : l’environnementalisme développemental libéral.
Version PDF du Programme final
Version PDF du Programme final
Il est possible de le télécharger le programme final en version pdf en cliquant ici.


