Programme du Congrès 2021

A01.2 – Les logiques et les discours issus de la médiatisation de la politique

Communications :

  • Colette Brin, Université Laval, Valérie-Anne Mahéo Le Luel, Université Laval, Virginie Hébert, Université Laval, Claudia Baptista Claros, McGill University, Kimiz Dalkir, McGill University, Normand Landry, TELUQ, Philip Jackson et Thierry Giasson, Université Laval : « Éducation aux médias : logiques d’information et de médiation »

Au cours des dernières années, de nombreuses initiatives ont été lancées au Canada et ailleurs dans le monde afin de répondre aux inquiétudes suscitées par le phénomène de la désinformation en ligne. Parmi celles-ci, plusieurs outils et ressources numériques ont été conçus pour aider les internautes à se prémunir contre les « fausses nouvelles » sur Internet. L’efficacité de ces interventions, tout particulièrement pour des personnes de milieux défavorisés et hors du cadre scolaire, n’est toujours pas établie.  De manière générale, l’abondante littérature scientifique sur la désinformation numérique et ses concepts voisins (p.ex. propagande, mésinformation, malinformation) fait état de résultats contradictoires, voire paradoxaux quant aux conditions de réception et de propagation de contenus problématiques par des usagers. Ces travaux s’intéressent peu aux inégalités sociales et numériques, et négligent d’observer les manières avec lesquelles ces inégalités peuvent interférer avec les initiatives cherchant contrer la désinformation en ligne.  Cette étude est née du constat d’un manque de connaissances scientifiques à cet égard. Le chapitre présentera un état des lieux de la recherche et les résultats préliminaires d’une expérience de terrain randomisée (avec mesures pré/post, groupe témoin et placebo) auprès de plusieurs centaines de participants dans différentes régions du Québec. Avec notre partenaire HabiloMédias, ONG canadienne spécialisée en éducation aux médias, nous avons créé un atelier entièrement nouveau avec du contenu directement lié à la pandémie, facilement accessible sur téléphone mobile. Nous examinons si cet atelier en ligne stimule la sensibilisation à la désinformation, augmente la capacité d’identifier des contenus douteux et celle d’appliquer certaines techniques de vérification de l’information.

  • Dominic Duval, UQAM et Philippe R. Dubois, Université Laval : « Couverture médiatique des promesses électorales: enjeux de médiatisation et de reddition de comptes »

Ce chapitre propose d’étendre la réflexion entourant les promesses électorales en considérant celles-ci comme des produits de l’offre politique. Jusqu’à présent, l’ensemble de la littérature sur les promesses électorales prend son ancrage dans la « représentation promissoire » de Janes Mansbridge (2003). Cette approche théorique rend bien compte des dynamiques associées à la reddition de compte, mais exclue implicitement un certain nombre de considérations que nous estimons importantes. Plus spécifiquement, les plateformes électorales dans lesquelles se retrouvent les promesses sont des documents de communication. Celles-ci s’inscrivent dans une logique de marketing politique (Lees-Marshment, 2001) où l’offre politique est construite pour répondre aux besoins et aux intérêts de segments précis de l’électorat, ciblés pour leur « rentabilité » électorale. De ce fait, les programmes électoraux servent à rejoindre des publics bien précis, et non pas l’ensemble des citoyens. En plus de contribuer à l’effort de d’agenda-building et de priming dans l’espace médiatique, les promesses jouent aussi un rôle dans la mobilisation électorale de segments précis à titre de composante à part entière de la stratégie communicationnelle. De ce fait, nous estimons qu’il est problématique d’évacuer ces considérations en ne considérant les promesses électorales qu’uniquement comme des véhicules de politiques publiques. Afin d’appuyer cette réflexion, ce chapitre compare l’offre politique, c’est-à-dire les promesses électorales retrouvées dans les plateformes du Parti Libérals (PL), des Néo-Démocrates (NPD) et des Conservateurs (PPC puis PC), aux demandes des citoyens, ou plus spécifiquement l’item d’opinion publique « Support for Spending » de CORA pour différents domaines de politiques et ce pour la période allant de 1993 à 2015.

  • Tania Gosselin, UQAM : « Médiatisation et genre »

La médiatisation est rarement mise en lien direct avec le genre. Pourtant, arguer qu’une ou des logiques médiatiques caractérisées notamment par la personnalisation, la conversationalisation et la dramatisation influencent la sphère politique invite à se pencher sur les effets de cette transformation sur le lien entre femmes et politique. En mettant à l’avant-plan les personnes, notamment les leaders de parti/gouvernement, et les caractéristiques personnelles plutôt que les partis ou les idéologies, la personnalisation et la conversationalisation pourraient avoir des effets variables selon le genre des politicien.nes et candidat.e.s. Il en va de même pour la dramatisation, avec l’accent qu’elle place sur les émotions dépeintes et suscitées. Des travaux récents montrent que les contenus médiatiques sont moins différenciés qu’auparavant dans le traitement des candidats et élu.e.s, notamment en Amérique du Nord. Des études sur les effets des stéréotypes de genre sur les évaluations des candidates montrent également des effets variables selon les contextes partisans, les sujets saillants, etc. La médiatisation donne une prime aux marqueurs d’authenticité et « d’ordinarité », à l’accessibilité des politicien.nes, de même qu’aux émotions; elle pourrait donc contribuer à changer les discours et les comportements des femmes en politique, de même que la manière dont ils sont perçus. Il ne s’agit pas ici de nier la prévalence des stéréotypes ni la pertinence de continuer à les étudier – au contraire. Si la médiatisation participe à un changement significatif de l’organisation même de la sphère politique et publique, elle peut offrir une perspective pertinente sur les stéréotypes de genre et leurs effets.

  • Philippe R. Dubois, Université Laval, Thierry Giasson, Université Laval et Alex Marland, Memorial University of Newfoundland : « Le marketing et le branding des institutions politiques »

Les partis politiques, et les candidats qui se présentent sous leur bannière, doivent composer avec plusieurs défis importants comme la perte de confiance envers les institutions politiques, la transformation du militantisme politique, la fluctuation de la participation électorale ou la baisse de l’attachement partisan. Pour répondre aux exigences d’un électorat à la fois plus exigeant envers les élites politiques, mais aussi plus imprévisible dans ses décisions, les partis politiques canadiens ont adopté une approche marketing – le marketing politique – qui influence autant l’élaboration de leurs campagnes électorales (phase stratégique) que leur déploiement sur le terrain (phase tactique). S’ajoute au marketing politique le branding, utilisé pour présenter une image globale de l’offre politique. La théorie sur le marketing politique pose que les élites politiques ont intégré et adapté les techniques du marketing commercial à la sphère politique afin de répondre aux intérêts et aux demandes de cibles électorales, de rétablir et d’entretenir une relation de confiance avec elles et, ultimement, de remporter des élections. Cette présentation expose les éléments centraux du marketing politique, et s’intéresse plus particulièrement au concept de branding politique. Par l’étude du cas du Premier ministre canadien Justin Trudeau, elle met en lumière les logiques qui y sont inhérentes, à la fois en contexte électoral et de gouvernance. Enfin, la présentation expose les perspectives de recherche futures associées au branding politique compte tenu de son intégration grandissante au sein des démocratie occidentales et, ce, à tous les niveaux de gouvernement.

  • Thierry Giasson et Virginie Hébert, Université Laval : « Les stratégies de marketing social : le cadrage des enjeux sociaux et environnementaux »

Le concept de cadrage est désormais l’un des plus populaires du champ de la communication politique. Néanmoins, il demeure peu exploité dans la littérature sur la médiatisation du politique (de Vreese, 2014, p. 137), processus par lequel la logique médiatique transforme les rapports entre politique et médias (Strömbäck, 2008 ; Esser et Strömbäck, 2014). Pourtant, les pratiques de cadrage peuvent être révélatrices du degré de médiatisation ; elles témoignent à la fois de l’interventionnisme des journalistes dans les contenus médiatiques, et des efforts stratégiques déployés par les acteur.trice.s politiques pour adapter leurs communications à la logique des médias. Dans cette présentation, nous entendons montrer l’utilité du concept de cadrage pour mieux comprendre les processus dynamiques de la médiatisation du politique. Après avoir présenté différentes définitions et approches du cadrage, nous nous attarderons à sa dimension stratégique. Nous insisterons sur la phase de construction des cadres (frame building) en traitant : 1) du cadrage stratégique des acteur.trice.s de la communication politique qui s’affrontent pour définir et promouvoir leurs propres grilles de lectures des enjeux, et 2) du cadrage journalistique par lequel les journalistes sélectionnent, contestent ou adoptent ces cadres politiques. À la lumière de différents travaux, nous réfléchirons enfin à l’interaction entre ces deux formes de cadrage, à leur implication sur les pratiques de communication politique et, plus largement, sur le processus de médiatisation.

  • Vincent Raynauld, Emerson College et Mireille Lalancette, UQTR : « Médias socionumériques et politique : enjeux de personnalisation, d’intimisation et de célébritisation à l’ère digitale »

La personnalisation du politique a joué un rôle majeur dans les stratégies de communication et de mobilisation des politicien.ne.s canadien.ne.s au cours des dernières décennies. Cette approche se distingue par le fait que les caractéristiques personnelles et professionnelles des politicien.ne.s, ou de manière plus spécifique des leaders des partis politiques, occupent une place de choix dans le message politique contemporain. Elles peuvent également influencer la manière dont les membres du public sont exposé.e.s à la chose politique ainsi que leur évaluation et leur compréhension des enjeux d’importance. Plusieurs facteurs sociaux, économiques et technologiques liés à la médiatisation du politique ont contribué à l’évolution de la personnalisation du politique. Ce chapitre de livre s’intéresse plus particulièrement aux changements plus récents en lien avec l’émergence et la popularisation successive de différents médias socionumériques. En effet, les propriétés structurelles et techniques des médias socionumériques ont engendré une redéfinition de la personnalisation du politique, ainsi que plusieurs sous-dynamiques dont l’intimisation et la célébritisation. Il est possible d’identifier deux volets à cette redéfinition. En premier lieu, les propriétés des médias socionumériques ont forcé les politicien.ne.s à revoir plusieurs facettes de leurs stratégies de communication, que ce soit la structure et le ton de leurs messages ou les tactiques utilisées pour diffuser et attirer l’attention sur ces derniers. En second lieu, elles ont mené à une refonte des attentes du public en lien avec leur réception des messages politiques et de leur contacts avec les politicien.ne.s. Bien que plusieurs chercheur.euse.s se soient intéressé.e.s à la médiatisation du politique, ce chapitre offre une contribution particulière et importante en se concentrant sur la personnalisation du politique sur les médias socionumériques qui risque de gagner en importance au cours des prochaines années.

17 mai 2021 @ 10h30-12h00