Programme du Congrès 2021
A01.1 – Les pratiques de médiatisation du politique
Communications :
- Mireille Lalancette, UQTR et Frédérick Bastien, Université de Montréal : « Médiatisation de la politique: le regard de la communication politique »
Dans le cadre de cette communication d’introduction de l’Atelier, nous présenterons les notions clés liées à la médiatisation. Ce qui permettra de répondre à ces questions : Qu’est-ce que la médiatisation de la politique et comment celle-ci informe-t-elle les enjeux de communication politique? Quelles logiques sont mises de l’avant par la médiatisation? Quelles influences ces logiques ont-elles sur les pratiques de la communication politique? Pourquoi est-il important d’étudier la communication politique dans ce contexte? Cette présentation permettra de mettre la table pour les communications qui seront au cœur de l’Atelier (Frédérick Bastien et Mireille Lalancette)
- Stéphanie Yates, UQAM et Justine Lalande, UQAM : « Lobbying des acteurs politiques et gouvernementaux : enjeux d’influence et d’acceptabilité sociale »
Si le lobbyisme est souvent associé aux discussions derrière des portes closes entre les puissants de ce monde, dont les pourparlers sont vus comme visant à avantager leurs intérêts respectifs, le lobbyisme dit « indirect », largement mobilisé, fait de la place publique le principal lieu d’influence. La médiatisation des revendications des groupes d’intérêt – qu’ils soient privés, publics ou même citoyens – vise à rallier l’opinion publique afin que celle-ci fasse à son tour pression sur les décideurs publics. Plusieurs stratégies peuvent être déployées en ce sens : création de coalitions, campagnes de relations publiques, usage des médias sociaux, instrumentalisation de l’expertise, recours à des figures d’autorité, mobilisation directe des citoyens (mieux connue sous son appellation anglaise grassroots lobbying) ou son pendant factice, l’astroturfing. Dans tous les cas, ces stratégies de médiatisation, qui se déploient souvent en parallèle à des démarches de lobbyisme plus conventionnelles, contribuent à donner l’impression d’un large appui aux positions ainsi défendues. En vertu de cette logique médiatique, celles-ci gagnent en légitimité, leurs défenseurs faisant valoir que les revendications mises de l’avant, parce que largement appuyées, sont socialement acceptables et devraient donc guider la prise de décision publique. Nous proposons, dans ce chapitre, de nous pencher sur ces jeux d’influence indirecte ultimement destinée aux décideurs publics, en décrivant les principales stratégies de médiatisation déployées dans ces contextes et les effets de telles démarches sur les dynamiques d’acceptabilité sociale. Des exemples concrets seront mobilisés afin d’illustrer le propos.
- Olivier Turbide, UQAM : « Relations journalistes-politiciens à l’ère numérique. Entre collaboration obligée et compétition pour le contrôle de l’information »
Même à l’ère des médias sociaux, la relation journaliste-politicien demeure au cœur de l’exercice de la démocratie et n’a rien perdu de sa pertinence. Au-delà de leur dimension rituelle, l’entrevue et la conférence de presse, pour ne nommer que ces deux activités de presse, constituent des moments phares au cours desquels les citoyens, via les questions des journalistes, peuvent demander des comptes (accountability) aux politiciens (Kumar, 2005; Montgomery, 2011). Cela étant dit, en se soumettant à la critique journalistique, ces derniers ne font pas seulement preuve d’une transparence que l’on pourrait qualifier de «calculée», mais, à travers cette médiatisation, ils peuvent profiter de l’autorité attribuée à la parole journalistique (Thompson, 2005). Parce que celle-ci est réputée indépendante des manœuvres marketing, le discours politique qui y prend place, soupesé, contextualisé, confronté aux avis d’experts et d’opposants, se présente dès lors comme (plus) fiable, jouant un rôle stratégique dans l’édification d’une indispensable relation de confiance avec les citoyens. Considérant l’importance de ces enjeux, cette coopération obligée, on le devine, est généralement marquée par une dynamique conflictuelle où « chacun essaie d’exercer une influence sur le comportement de l’autre et, finalement, tente d’acquérir et de maintenir, à l’encontre de l’autre, une maîtrise sur le mécanisme de construction de l’actualité politique » (Charron, 1994, p. 11). À la faveur de travaux récents (Chiblois, 2014; Broustau et Francoeur, 2019), il apparaît que ce constat que dressait Jean Charron en 1994 demeure pertinent. Cependant, les changements technologiques et culturels, la professionnalisation de la politique de même que la précarité du travail journalistique ont modifié les modalités d’accomplissement de cette relation. Le présent chapitre propose en ce sens de faire un retour sur les relations journalistes/politiciens un peu moins de trente ans après le portait qu’en dressait Charron, en abordant, d’abord, à un niveau macro : 1) les contraintes actuelles du journalisme politique et des relations médias en politique et 2) les grandes stratégies mises en place par les acteurs pour atteindre leurs objectifs respectifs. Ensuite, à un niveau micro, à partir de travaux en analyse du discours (Erriksson et Östaman, 2013; Clayman et al. 2006; Turbide, 2015; Hutchby, 2017), nous rendrons compte de certaines tactiques discursives, rhétoriques, interactionnelles impliquées dans la négociation de ce rapport de pouvoir et ce, dans deux activités de communication : l’entrevue télévisée et la conférence de presse.
- Éric Montigny, Université Laval : « Organisation électorale et transformation interne des partis à l’ère numérique »
La médiatisation du politique à l’ère du numérique a beaucoup été conceptualisée en considérant l’influence des médias d’information. On a donc davantage étudié l’intégration des outils technologiques dans les stratégies de communication politique. En revanche, il existe peu de travaux nous permettant d’évaluer les effets de ces changements sur l’organisation interne des partis politiques. Avec l’intégration des technologies numériques, une véritable révolution est en cours quant à la façon de faire campagne et de mobiliser les électeurs. Cela survient au moment où le militantisme partisan classique est également remis en question par les nouvelles générations. La tempête est donc parfaite. Cela a des implications sur l’organisation même des partis politiques. Tant sur le plan de leurs structures que pour le déploiement de leurs ressources humaines et matérielles, ceux-ci tentent d’évoluer pour s’adapter. Dans cette nouvelle ère, quels sont les besoins des partis quant au nombre et aux types de militants ? Quelles sont les effets de ce virage numérique sur l’expertise recherchée, donc sur le profil des professionnels qu’ils recrutent? Quelle influence cela a-t-il sur leur démocratie partisane interne? Dans cette contribution, j’expliquerai en quoi l’organisation interne des partis s’ajuste au développement des technologies numériques. C’est notamment le cas de cadres qui ne recrutent plus autant d’organisateurs locaux qu’autrefois et ce, au profit de professionnels ayant des compétences avancées en informatique et en traitement de données. De la même manière, les dirigeants de campagnes électorales se questionnent sur les tâches à confier à leurs militants. En plus de réfléchir aux effets structurants de ces transformations, les constats présentés s’appuient sur une série d’entrevues réalisées avec des élus, des militants, des organisateurs et des cadres de partis politiques représentés à l’Assemblée nationale et à la Chambre des communes.
- Pénélope Daignault, Université Laval : « Les stratégies de marketing social : le cadrage des enjeux sociaux et environnementaux »
Le marketing social est à la fois une pratique et un champ de recherche. Il se distingue principalement de son pendant commercial par la nature de ses objectifs : les changements comportementaux. D’abord utilisé en santé publique, le marketing social a depuis investi de nombreux autres domaines d’intervention, dont la sécurité, l’environnement, l’humanitaire et l’éducation à la citoyenneté. Les démonstrations de son efficacité pour influencer certaines pratiques et normes sociales sont nombreuses, au point où il constitue aujourd’hui l’un des principaux leviers du changement social. Dans un premier temps, j’aborderai le concept incontournable de marketing mix, en y ajoutant les composantes « publics » et « politique ». Les notions de bénéfices attendus, de coûts et de barrières comportementales, de même que celles de segmentation du public-cible, de publicité sociale et de cadrage émotionnel seront présentées à travers le prisme du contexte social et médiatique actuel. L’inscription d’un problème social dans les préoccupations du public passe souvent par sa médiatisation. À cet effet, de nombreuses problématiques mises en exergue par des campagnes de marketing social, tout en étant liées à des enjeux politiques (ex. : la lutte aux changements climatiques), sont imbriquées dans un système d’inter-influence entre des instances – citoyennes, communautaires, médiatiques, politiques, etc. – qui négocient la visibilité d’un problème social dans l’agenda médiatique. Dans certains cas, cette médiatisation exerce une pression politique qui mène vers le développement de politiques publiques (ex. : une taxe carbone). En ce sens, les domaines d’intervention investis par le marketing social peuvent tous être considérés comme « politisables ». C’est notamment ces rapports d’inter-influence qui seront discutés et illustrés dans la seconde partie. Dans les sections suivantes, il sera question des pratiques de marketing social à l’aune des multiples enjeux et défis posés par les récentes transformations sociales et technologiques.
- Shelley Boulianne, McEwan University et Thomas Galipeau, Université de Montréal : « Médias socionumériques et citoyens: enjeux d’engagement politique et engagement civique »
Cette communication examine les concepts et les thèses qui font débat sur l’étude du rôle des médias sociaux dans l’engagement civique. Le chapitre montrera d’abord qu’il est crucial de bien comprendre l’architecture numérique des différentes plateformes pour analyser l’impact des algorithmes et des autres concepts qui se rattache à ce type de médias. Il sera notamment question de présenter les travaux qui soutiennent et ceux qui critiquent l’importance des chambres à écho et l’exposition accidentelle aux messages politiques. La communication décrira comment les diverses plateformes s’en remettent aux algorithmes pour fournir du contenu aux utilisateurs. De plus, ces algorithmes sont déterminants dans le processus de dissémination de la désinformation, c’est-à-dire du contenu qui peut être vérifié comme étant avéré ou faux. Bien qu’il y ait de grandes préoccupations par rapport aux chambres à échos, à l’exposition accidentelle et à la désinformation, ces débats sont recadrés dans le plus large contexte de l’usage des médias sociaux, par exemple, l’effet d’information. Les individus qui recourent aux médias sociaux dans le but de s’informer tendent à augmenter leur engagement social et le capital social. Cependant, ces effets sont assez limités. En effet, la majorité des utilisateurs se connectent pour socialiser avec leurs proches ou leurs amis, se distraire, ou mettre à jour leur profil en ligne.
17 mai 2021 @ 8h30-10h00