Appel contribution

La place de la vérité en politique et l’avenir du service public : où en sommes-nous 25 ans plus tard?

Numéro spécial pour les 25 ans de la revue Éthique publique

Présentation générale
Dans le tout premier numéro de la Revue, nous avions choisi d’aborder les thèmes de la vérité en politique et de l’avenir des services publics. Pour marquer les 25 ans de la Revue, nous avons décidé de nous intéresser à nouveau aux enjeux éthiques de l’univers politique et du service public. Dans le présent numéro, nous convions les auteurs et auteures à porter un regard critique sur l’actualité politique des dernières années, ainsi que sur le devenir et l’avenir du service public.
Au-delà du clin d’oeil à ce premier numéro, nous devons reconnaître que l’actualité des dernières années s’est faite riche d’événements qui nous obligent à réfléchir à des thèmes et des réalités politiques, qui pouvaient nous sembler plutôt marginaux il y a 25 ans. Tout d’abord, qu’en est-il aujourd’hui de l’idéal de la démocratie libérale ? Peut-on parler d’une démocratie en crise ? En 1992, Francis Fukuyama annonçait pourtant la fin de l’histoire qu’il associait à une suprématie définitive de cet idéal que représentait la démocratie libérale. Dans les années 1990, toujours, tous les pays de l’OCDE avaient pris le virage du nouveau management public (NMP) et rêvaient d’un État plus modeste et discret. Or, au cours des 25 années d’existence de la Revue, nous avons assisté à ce qui paraît bien être aujourd’hui une profonde transformation, voire une régression, de ces idéaux et objectifs !
Que ce soit avec la montée en force de plus en plus affirmée et décomplexée de certaines formes d’autoritarismes et des populismes de tous acabits qui se veulent représentatifs de la posture du peuple, il ne fait aucun doute que la culture politique de nos communautés s’est radicalement transformée. La question de la vérité en politique s’en trouve du même coup forcément affectée. Il n’est qu’à penser à la généralisation des fausses nouvelles sur les réseaux sociaux et aux intérêts que cela sert pour s’en convaincre. Bien que de façon moins éclatante, une transformation du service public a également eu lieu, entraînant son lot de questionnements et de critiques. Il ne suffit évidemment pas de
constater et de déplorer ce que l’on pourrait juger être des dérives ; il faut se donner les
moyens de comprendre ce qui les anime et les provoque. Où en sommes-nous dans la réflexion
sur ces enjeux publics si importants ? Où allons-nous en matière de culture politique et à quoi
ressembleront les services publics de demain ?

Thèmes et questions
Nous étudierons les analyses et réflexions qui nous seront proposées autour des deux
thématiques suivantes :
A) La place de la vérité en politique
Notre numéro abordera d’abord la question de la place de la vérité en politique. Nous
nous intéressons directement aux hommes et aux femmes politiques et à leurs façons de
pratiquer ce métier de pouvoir. Ce thème, que nous avions abordé il y a 25 ans, est
constamment demeuré d’actualité. On peut d’ailleurs considérer que la question de la vérité
et de son contraire – le mensonge – fait partie des interrogations et des préoccupations
récurrentes de l’éthique publique à l’endroit du politique. Ce qui a changé toutefois au fil des
ans, ce sont les contextes et les moyens par lesquels la vérité se dit, se dissimule ou se voit
bafouée. Par exemple, le rôle des stratèges et des spécialistes des communications n’a jamais
été aussi important dans la communication politique. Nous en avons vu des formes extrêmes
pendant la pandémie de COVID-19 alors que des pouvoirs politiques ont délégué à des firmes
privées de grands pans de la gestion de la crise, y compris les stratégies de communication. À
partir de quel moment la communication stratégique devient-elle du mensonge ? La
délégation par le politique du pouvoir de dire mérite également d’être interrogée. Il importe
aussi de s’intéresser aux usages des médias sociaux, alors que se voient diffusées des fake
news par les acteurs politiques eux-mêmes (les désormais célèbres Tweets de l’ex-président
Trump) ou par des partisans, ou des groupes organisés plus ou moins occultes qui visent à
manipuler l’opinion publique. Comment penser la responsabilité du politique vis-à-vis de ces
usages pervertis de la communication qui peuvent en servir les intérêts ? Qu’en est-il,
également, de l’apparente banalisation des demi-vérités ?

En outre, on peut se demander s’il est toujours souhaitable de dire la vérité, toute la
vérité, en politique. L’intérêt public le commande-t-il toujours ? Quels critères faire valoir à cet
effet ? Faisant un pas de plus, on se demandera si les hommes et les femmes politiques
doivent tout dire, jusqu’à cultiver une transparence qui déborde sur les zones autrefois
privées de leur vie. Ici encore, l’impact qu’ont les réseaux sociaux sur la culture politique se
dessine en arrière-plan. La vie politique s’est transformée en bulle de verre où tous les faits et
gestes des élites politiques sont épiés, commentés, dévoilés et surtout attaqués. Une
première ministre scandinave qui se voit accusée d’avoir une vie un peu trop débridée parce
que des images de fêtes privées ont été diffusées ! Un ministre de l’Environnement français qui se fait pointer du doigt parce que son rapport sur son patrimoine remis à la Haute Autorité
pour la transparence de la vie publique démontre sa passion pour les autos de collection ! Bref,
sommes-nous dans une nouvelle ère où le voyeurisme prend de nouvelles cibles, où le
puritanisme et le moralisme s’imposent ? Vérité et transparence vont-elles forcément de
pair ? Et cette dernière doit-elle être illimitée en politique ? Est-ce que le choix de la politique
oblige les acteurs politiques à tout dire sur leur vie privée ? Ne pas tout dire, est-ce mentir ?

B) L’avenir des services publics
Notre seconde thématique porte, comme dans notre premier numéro, sur l’avenir des
services publics, 25 ans après. Il apparaît assez clairement que le NMP n’est plus l’avenir du
service public. Aujourd’hui, il n’est plus permis d’aborder cette question comme cela pouvait
se faire à partir des modèles idéologiques et des modes de gouvernance managériale des
années 1990. Cette vision du service public et son modèle de gestion ont montré leurs limites
au cours des dernières années, et ce, tant dans les hôpitaux que dans plusieurs autres
services publics stratégiques lorsqu’est venu le temps de faire face à la crise sanitaire de la
COVID-19. L’heure n’est plus à la glorification de la vision comptable, de la perspective client
ou à la valorisation du tout au privé. Pénurie de main-d’oeuvre, absence de biens publics de
première nécessité, incapacité de certains services publics à faire face aux demandes, perte
des expertises, dépendance extrême à des entreprises privées qui, parfois, surfacturent leurs
services ; bref la liste des problèmes découlant des différentes moutures du NMP nous oblige
à revoir les paradigmes de gestion des services publics et les modalités de l’offre de ces
services. Comment, dès lors, penser l’ère post-NMP ? Faut-il revaloriser l’internalisation de
l’expertise ? Quelle est la place que l’on accordera à l’intérêt public et au bien commun, dans
cette reconfiguration des services publics ? Les services à la population vont-ils se faire sous
l’angle de l’équité ou celui de l’égalité ?
On s’intéressera ainsi de façon particulière à la zone d’influence du service public :
qu’est-ce qui relève du service public aujourd’hui ? Comment cela a-t-il évolué ? Cette
réflexion amène à penser la définition de la « publicitude » ainsi que la frontière qu’entretient
le service public avec le secteur privé, dont l’éthique des relations avec le secteur public
mérite aussi notre attention. On pourra, dans la foulée, examiner l’hybridation de la décision
publique, ce grand mouvement amorcé depuis 25 ans et qui suscite des questionnements sur
la légitimité de l’influence des entreprises sur la décision publique.
Les auteures et auteurs sont également invités à se pencher sur l’innovation publique
qui se définit comme l’introduction, la mise en oeuvre et la diffusion d’une nouveauté dans la
sphère publique afin d’améliorer le service rendu aux usagers. On se questionnera également
sur les enjeux éthiques de la nouvelle gouvernance qui implique une place différente pour
chaque partie prenante et notamment les agents du service public. La formation de l’élite
administrative requiert-elle dès lors d’importantes révisions ? Finalement, la question de l’information et du poids de la population dans les décisions publiques soulève à son tour son lot de questions éthiques.

Démarche qualité de la Revue
Avant publication, tout article reçu fait obligatoirement l’objet d’une double évaluation par les
pairs, qui évaluent son acceptabilité. La personne qui l’a proposé est ensuite invitée à modifier
son texte à la lumière des commentaires formulés par les pairs. Le Comité de direction de la
Revue peut refuser un article s’il ne répond pas aux normes minimales attendues d’un article
scientifique ou s’il n’est pas lié à la thématique choisie.

Modalités de soumission
Les personnes désireuses de proposer un article doivent faire parvenir une proposition
d’article par le formulaire prévu à cet effet (voir Conditions de soumission ci-après). Les
propositions d’article doivent compter de 150 à 200 mots. Le Comité de direction de la Revue
fera part de sa décision dans les vingt jours suivant la date limite de remise des propositions.
Les personnes dont la proposition aura été retenue pourront envoyer leur article complet. Les
articles définitifs doivent compter environ 40 000 caractères (espaces, bibliographie et
résumés non compris), inclure un résumé et des mots-clés (en français et en anglais), ainsi
qu’une bibliographie (n’excédant pas trois pages).

Conditions de soumission
Les propositions d’article, sous forme de résumés de 150 à 200 mots, doivent être envoyées
au moyen du formulaire, d’ici le 6 janvier 2023.
Comme indiqué dans ledit formulaire, toute proposition devra être accompagnée du nom et
des coordonnées de trois expertes ou experts potentiels intervenant dans le domaine de
l’appel de propositions.
Date limite pour remettre les textes : 15 mai 2023
Parution prévue (en ligne, en libre accès immédiat) : décembre 2023

Comité de direction
Luc Bégin (Université Laval), Nicholas Jobidon (École nationale d’administration publique),
Lyne Létourneau (Université Laval), Allison Marchildon (Université de Sherbrooke) et David
Talbot (École nationale d’administration publique)

Comité scientifique
Catherine Audard (London School of Economics), Georges Azarria (Université Laval), Yves
Boisvert (ENAP Montréal), Ryoa Chung (Université de Montréal), Speranta Dumitru
(Université Paris-Descartes), Isabelle Fortier (ENAP Montréal), Jean Herman Guay (Université
de Sherbrooke), André Lacroix (Université de Sherbrooke), Jeroen Maesschalck (University of
Leuven), Ernest-Marie Mbonda (Université catholique d’Afrique Centrale à Yaoundé),
Dominique Payette (Université Laval), Dany Rondeau (Université du Québec à Rimouski),
Margaret Sommerville (Université McGill), Daniel Weinstock (Université McGill)

Responsables du numéro
Yves Boisvert, ENAP, yves.boisvert@enap.ca
Luc Bégin, ULaval, luc.Begin@fp.ulaval.ca
Madina Rival, Cnam, madina.rival@lecnam.net